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Poursuite de la contre-attaque gouvernementale en Libye

Insurgés libyens près d'une maison touchée par une frappe aérienne à Ras Lanouf, dans l'est de la Libye. Les forces gouvernementales ont poursuivi mardi leurs attaques contre les rebelles, dont les représentants politique ont de leur côté donné 72 heures

Insurgés libyens près d'une maison touchée par une frappe aérienne à Ras Lanouf, dans l'est de la Libye. Les forces gouvernementales ont poursuivi mardi leurs attaques contre les rebelles, dont les représentants politique ont de leur côté donné 72 heures - -

par Alexander Dziadosz RAS LANOUF, Libye (Reuters) - Les forces gouvernementales libyennes ont poursuivi mardi leurs attaques contre les insurgés...

par Alexander Dziadosz

RAS LANOUF, Libye (Reuters) - Les forces gouvernementales libyennes ont poursuivi mardi leurs attaques contre les insurgés dans l'est du pays ainsi qu'à Zaouïah, à l'ouest de Tripoli, et les rebelles ont donné soixante-douze heures à Mouammar Kadhafi pour abandonner le pouvoir.

Si le "guide", maître du pays depuis 1969, accepte de se retirer d'ici trois jours, il ne sera pas poursuivi pour les crimes qu'il a commis contre son peuple, a affirmé Moustafa Abdeldjeïl, président du Conseil national libyen (CNL) qui représente les insurgés dans l'Est.

Sur le front oriental, des correspondants de Reuters ont fait état de quatre raids aériens des loyalistes contre des positions rebelles à Ras Lanouf, port pétrolier sur la route de Syrte, et dans ses environs. Des chars et des lance-roquettes ont également pilonné dans le secteur les lignes des rebelles qui se sentent impuissants devant une telle puissance de feu.

Dans l'Ouest, l'artillerie et les chars des forces pro-Kadhafi ont de nouveau pilonné la ville de Zaouïah, à 50 kilomètres de Tripoli, où la population est prise au piège.

Sur le plan diplomatique, la Grande-Bretagne et la France cherchent à faire approuver la mise en place d'une zone d'exclusion aérienne au-dessus de la Libye afin de mettre un terme aux raids gouvernementaux. Les Etats-Unis et d'autres pays, comme la Chine, restent réservés sur la pertinence et les modalités d'une telle initiative.

ZONE D'EXCLUSION AÉRIENNE À L'ÉTUDE

Le secrétaire au Foreign Office, William Hague, a dit mardi que l'établissement d'une telle zone était une "possibilité concrète et réaliste" mais nécessitait une base juridique claire, le soutien de la communauté internationale et également l'appui des Etats de la région.

Pour le ministre français des Affaires étrangères, Alain Juppé, également, Paris est disponible "pour intervenir avec d'autres afin de protéger les populations en empêchant Kadhafi d'utiliser ses moyens aériens" mais "il est nécessaire de le faire en pleine liaison avec la Ligue arabe et l'Union africaine".

Les attaques aériennes et les tirs de mardi ont visé les positions rebelles derrière le no man's land établi entre les villes côtières de Ras Lanouf, aux mains des insurgés, et de Bin Djaouad, reprise par les gouvernementaux, à 550 km à l'est de la capitale.

Une frappe aérienne a atteint une maison d'habitation. Une grande partie de la ville semble avoir été évacuée et on ne fait pas état de victimes.

Les insurgés partis de la région de Benghazi, capitale de la Cyrénaïque, ont progressé vers l'est la semaine dernière, avec pour objectif de prendre Syrte, la ville natale de Kadhafi, et de poursuivre leur offensive jusqu'à Tripoli.

Mais la contre-attaque des troupes loyalistes, appuyées par l'aviation, l'artillerie et les chars, a bloqué leur avance et les a même contraints à évacuer la ville de Bin Djaouad pour regagner Ras Lanouf, 60 km plus à l'est.

"ILS VEULENT DETRUIRE ZAOUIAH"

A l'autre bout du pays, les chars et l'artillerie des pro-Kadhafi ont de nouveau tiré sur Zaouïah. Un habitant a déclaré au cours d'une brève liaison téléphonique que les gouvernementaux cherchaient à "détruire la ville".

Un porte-parole du gouvernement de Tripoli, Moussa Ibrahim, a affirmé que les forces loyalistes avaient repris le contrôle de la ville et que seule une poignée de rebelles résistait. "Il reste des poches de résistance, peut-être 30 ou 40 personnes, qui se cachent dans certains rues et dans le cimetière. Mais ce sont des combats désespérés", a-t-il dit à Reuters à Tripoli.

Dans la ville rebelle de Misrata, entre Tripoli et le front oriental, la situation humanitaire est difficile et les hôpitaux manquent de lits. Les blessés sont couchés à même le sol.

A Tripoli, les partisans de Kadhafi semblent encore renforcer leur mainmise sur la capitale et les déplacements des journalistes étrangers ont été limités.

Des informations ont couru lundi soir sur des offres d'ouverture du dirigeant libyen aux rebelles. Kadhafi aurait ainsi proposé de quitter le pays en échange de garanties, notamment financières.

Le CNL a confirmé avoir été contacté mais a assuré qu'il ne négociait pas avec un homme "qui a répandu le sang libyen et continue de le faire". Un responsable du ministère des Affaires étrangères à Tripoli a quant à lui démenti toute tractation.

Face aux accusations de crimes, le gouvernement libyen a proposé à l'Union européenne d'ouvrir une enquête indépendante.

L'un des fils Kadhafi, Saadi, a affirmé à la chaîne de télévision Al Arabia que son père n'avait pas encore jeté toutes ses forces dans la bataille.

Le terminal pétrolier de Ras Lanouf est fermé en raison des combats, ainsi que le port de Marsa el Brega. Le prix du baril de Brent a dépassé les 118 dollars lundi avant de revenir à 115 dollars.

Valerie Amos, qui dirige le Bureau de coordination des Affaires humanitaires de l'Onu à Genève, estime que plus d'un million de personnes ont besoin d'une assistance humanitaire d'urgence, soit qu'elles ont fui la Libye - elles seraient 215.000 dans ce cas depuis deux semaines - soit qu'elles vivent dans des conditions précaires en raison des affrontements.

Une réunion de la Ligue arabe sur la Libye, prévue vendredi prochain au Caire, a été reportée de vingt-quatre heures.

Avec Michael Georgy à Tripoli, Mohammed Abbas à Ras Lanouf, Stefano Ambrogi à Londres, Guy Kerivel pour le service français, édité par Gilles Trequesser