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Pourquoi les Libanais manifestent massivement depuis cinq jours?

Une réunion gouvernementale décisive doit se tenir ce lundi afin de tenter de sortir le pays d'une crise qui semble jour après jour un peu plus inextricable.

Ce dimanche, à Beyrouth et dans de nombreuses ville libanaises, marquait le quatrième jour de contestations où des dizaines de milliers de personnes demandaient le départ d'une classe politique jugée corrompue et accusée d'avoir enfoncé le pays dans une crise sans fin.

  • D'où est parti le mouvement?

Le mouvement, qui paralyse le pays avec la fermeture des banques, des institutions publiques et de nombreux magasins, a démarré de manière spontanée jeudi après l'annonce d'une taxe sur les appels effectués via WhatsApp. Une mesure destinée à renflouer un peu les finances exsangues du pays mais qui a dû être aussitôt annulée sous la pression de la rue.

Partout, sous une nuée de drapeaux libanais, des foules compactes ont repris les slogans du Printemps arabe qui rythment désormais leur révolte: "Révolution, révolution", "le peuple veut la chute du régime"...

Après des incidents violents et des actes de vandalisme dans le centre de Beyrouth dans la nuit de vendredi à samedi, une ambiance joyeuse et bon enfant a repris le dessus. A Beyrouth, on fumait dimanche des chichas et on jouait aux cartes dans la rue. Certains accompagnaient les slogans avec des instruments de musique. A Tripoli, une ville pourtant conservatrice, la foule massée place al-Nour a dansé tard samedi soir au rythme d'une musique animée par un DJ et diffusée via haut-parleurs. Fait marquant, la contestation a aussi gagné des fiefs du Hezbollah et du mouvement Amal, dans le sud du pays.

Si de nouvelles manifestations sont prévues ce lundi, des manifestants ont dès ce matin coupé de nombreuses routes à travers le pays pour empêcher les employés d'aller sur leurs lieux de travail, tandis que les appels à descendre dans la rue se multipliaient sur les réseaux sociaux, le gouvernement tente de réagir.

  • Une réaction trop tardive du gouvernement?

Vendredi dernier, Saad Hariri, Président du Conseil des ministres, avait donné 72 heures à sa fragile coalition gouvernementale pour soutenir ses réformes bloquées par les divisions politiques. Mais son discours a été largement interprété par les manifestants comme une tentative de sauver in extremis la classe politique.

Ce lundi, le gouvernement devait se réunir en milieu de matinée dans le cadre d'une réunion présidée par le chef de l'Etat Michel Aoun, pour se prononcer sur les réformes proposées. Dimanche, les principaux partis ont accepté notamment de ne plus imposer de nouveaux impôts et un programme de privatisations, selon un responsable du gouvernement.

Comme moyen de pression, Saad Hariri avait laissé entendre qu'il pourrait démissionner ce lundi s'il ne réussissait pas à obtenir un feu vert pour ses réformes.

  • Un fossé qui se creuse

Malgré cette volonté affichée de solutionner le conflit au plus vite, le fossé entre Libanais et classe politique semble être creusé de manière ineffable. A Beyrouth ce dimanche, Zalfa Aboukaïs, une employée de 27 ans, "manifeste contre les voyous au pouvoir depuis 30 ans", soit depuis la fin de la guerre civile en 1990. Elle a écrit le nom de députés libanais sur des bouts de papier qu'elle accroche patiemment sur les barbelés installés par les forces de l'ordre pour contenir la foule. "Tous des voleurs", cingle-t-elle.

"Ils sont tous des chefs de guerre (...) On attend depuis plus de 30 ans qu'ils fassent des changements et ils n'en ont pas été capables", a affirmé dimanche soir Patrick Chakar, un manifestant de 20 ans.
Hugo Septier avec AFP