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Nobel de chimie: le Français Sauvage, l'Ecossais Stoddart  et le Néerlandais Feringa récompensés

Un chercheur français figure parmi les récompensés du prix Nobel de chimie, attribué ce mercredi. Il a été un précurseur des travaux sur les systèmes moléculaires.

Le prix Nobel de chimie a été conjointement attribué mercredi au Français Jean-Pierre Sauvage, au Britannique Fraser Stoddart et au Néerlandais Bernard Feringa, pères des minuscules "machines moléculaires" préfigurant les nanorobots du futur.

"Les machines moléculaires seront très probablement utilisées dans le développement d'objets comme les nouveaux matériaux, les capteurs et les sytèmes de stockage d'énergie", a expliqué le jury Nobel.

La "grande joie" du chercheur français

Jean-Pierre Sauvage, 71 ans, professeur à l'Institut de science et d'ingénierie Supramoléculaires (ISIS) à Strasbourg, s'est dit "très surpris" par cette distinction et "éprouver une grande joie. "On ne peut pas avoir une récompense plus chic", a-t-il dit en riant.

"Ce prix Nobel, c'est le coeur de la chimie. Il s'agit de fabriquer des molécules de synthèse, de les concevoir pour qu'elles aient des propriétés bien particulières, qui sont dynamiques. (...) Ces tout petits objets se comportent comme des machines moléculaires de type moteur rotatif, moteur linéaire, objets capable de se contraster, de s'étirer etc", a expliqué Jean-Pierre Sauvage reconnaissant "qu'aujourd'hui, il n'y a presque pas d'application" à ces travaux.

Un précurseur qui s'est inspiré du vivant

Jean-Pierre Sauvage, 71 ans a été le premier à penser ces nanomachines, qu'il présente comme un "assemblage moléculaire capable de se mettre en mouvement de manière contrôlée en réponse à divers signaux: lumière, changement de température, etc". 

"De tels systèmes existent en grand nombre dans les cellules vivantes, et interviennent dans tous les processus biologiques importants", avait-il expliqué en 2008.

A la base de sa découverte, il a lié deux molécules en forme d'anneau pour former une chaîne, appelée "catenane". 

Ascenseurs et autres moteurs moléculaires

Une expérience développée ensuite par Fraser Stoddart, 74 ans professeur à la Northwestern University (États-Unis), qui a créé un "rotaxane": il a enfilé une bague moléculaire sur un axe moléculaire fin et a démontré que la bague a été en mesure de se déplacer le long de l'axe. Cette découverte lui a permis de créer un ascenseur et un muscle moléculaires.

Enfant, Fraser Stoddart, a grandi dans la ferme parentale en Ecosse. "Il n'avait ni télévision, ni ordinateur. Il s'occupait en faisant des puzzles, développant ainsi une qualité essentielle pour un chimiste: reconnaître les formes et s'exercer à les assembler", rappelle l'Académie royale des sciences qui décerne le prix. Stoddart se rêvait alors "artiste moléculaire", souligne-t-elle.

Bernard "Ben" Feringa, 65 ans professeur à l'Université de Groningue (Pays-Bas), est le premier à avoir développé un "moteur moléculaire" ce qui lui permis de créer une nanovoiture avec quatre roues motrices.

Des possibilités "infinies"

Interrogé en direct par l'Académie suédoise, il a dit "avoir l'impression d'être un peu comme les frères Wright, qui ont volé (en avion) pour la première fois il y a 100 ans. Les gens ont dit : pourquoi aurions-nous besoin de machines volantes? Et maintenant, nous avons le Boeing 747 et Airbus".

 "Si vous pensez aux matériaux que nous pouvons créer de nos jours grâce à la chimie, à notre capacité à introduire des fonctions dynamiques et construire des machines, ou produire des matériaux qui peuvent changer de fonction, les possibilités sont infinies", a-t-il ajouté.

Selon le jury, à terme, ces machines miniatures "seront très probablement utilisées dans le développement d'objets comme les nouveaux matériaux, les capteurs et les systèmes de stockage d'énergie". La création d'ordinateurs moléculaires qui permettraient de stocker et traiter l'information au niveau moléculaire, ou des robots microscopiques, capables de remplir une grande variété de fonctions dans la médecine ou la vie quotidienne, comptent parmi les applications potentielles de ces machines.

Le prix s'accompagne d'une récompense de huit millions de couronnes (832.000 euros). La chimie est le dernier des Nobel en sciences naturelles à être décerné. Suivront la paix vendredi, seul prix Nobel remis à Oslo, le prix d'économie lundi et la littérature le 13 octobre.

David Namias avec AFP