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Israël: pourquoi le déménagement de l'ambassade américaine à Jérusalem mettrait le feu à la région

L'ambassade américaine à Tel Aviv.

L'ambassade américaine à Tel Aviv. - AFP

Donald Trump a annoncé ce mercredi la reconnaissance de Jérusalem comme capitale de l'Etat hébreu, ainsi que le futur déménagement de l'ambassade américaine dans cette ville. De quoi enflammer une région déjà très instable.

Une décision à très haut risque. Comme prévu, le président américain Donald Trump s'est prononcé ce mercredi sur l'épineuse question du statut de Jérusalem, en annonçant reconnaître cette ville comme capitale d'Israël et le déménagement futur de l'ambassade américaine en Israël de Tel Aviv à Jérusalem.

La mesure, hautement symbolique, et contre laquelle Donald Trump était pourtant mis en garde depuis plusieurs jours par de nombreux dirigeants, dont Emmanuel Macron, risque de mettre le feu aux poudres, dans une région où la stabilité ne tient qu'à un fil. Explications. 

Que représente Jérusalem?

Les Juifs considèrent Jérusalem comme leur capitale historique depuis plus de 3.000 ans pour des raisons religieuses et politiques, le judaïsme ayant toujours évoqué un retour à Jérusalem. La ville est l'ancienne capitale du royaume d'Israël du roi David (Xe siècle avant JC) et plus tard du royaume juif hasmonéen (IIe siècle avant JC).

Mais les Palestiniens, qui représentent environ un tiers de la population de la ville, revendiquent Jérusalem comme la capitale de l'Etat auquel ils aspirent. Par ailleurs, au-delà du conflit, la question a une dimension religieuse essentielle, étant donné que la ville est la capitale spirituelle des trois grandes religions monothéistes puisqu'elle abrite les plus hauts lieux saints du christianisme et du judaïsme, ainsi que le troisième lieu saint de l'islam, la mosquée Al-Aqsa.

Une ville au coeur de positions très divergentes

Pour rappel, l'Etat d'Israël, créé en 1948, a fait de Jérusalem-Ouest sa capitale, Jérusalem-Est étant alors sous contrôle de la Jordanie. Mais Israël s'empare de Jérusalem-Est au cours de la guerre des Six-Jours en 1967, et l'annexe. Une loi fondamentale entérine en 1980 le statut de Jérusalem comme capitale "éternelle et indivisible" d'Israël. Le gouvernement israélien l'a d'ailleurs rappelé ce mardi: "Jérusalem est la capitale du peuple juif depuis 3.000 ans et la capitale d'Israël depuis 70 ans".

Dans les faits, la situation est bien plus complexe. Car L'Autorité palestinienne, interlocutrice de la communauté internationale et d'Israël, revendique Jérusalem-Est comme la capitale d'un futur Etat palestinien indépendant. De son côté, le Hamas islamiste, qui ne reconnaît pas Israël, évoque Jérusalem tout court comme la capitale d'un futur Etat de Palestine.

L'ONU, elle, ne reconnaît pas l'annexion de Jérusalem-Est, qu'elle considère comme territoire occupé. Les Nations unies ont d'ailleurs déclaré la loi israélienne de 1980 comme étant une violation de la loi internationale. Pour elles, le statut final de Jérusalem doit être négocié entre les parties directement concernées.

Enfin, les Etats-Unis, grand allié d'Israël, ont adopté en 1995 le Jerusalem Embassy Act, qui appelle à un déménagement de l'ambassade de Tel Aviv à Jérusalem, qui serait alors reconnue de facto comme "capitale de l'Etat d'Israël". C'est ce que pourrait annoncer Donald Trump mercredi, alors que ses prédécesseurs ont repoussé cette mesure pendant plus de vingt ans.

Quelles conséquences risque d'entraîner la décision de Donald Trump?

La reconnaissance par les Etats-Unis de Jérusalem comme capitale d'Israël pourrait provoquer la colère des Palestiniens, mais aussi du monde arabe dans sa globalité par un effet domino, tant la question est sensible. Jérusalem est en effet la cité au coeur du conflit israélo-palestinien et son statut reste aujourd'hui l'une des questions les plus épineuses à régler, et cristallise les tensions.

Certaines réactions pourraient être très violentes, à commencer par celle du Hamas, le mouvement islamiste palestinien. Ce dernier a ainsi appelé à une nouvelle Intifada si cette reconnaissance venait à arriver. Dès mercredi, après l'annonce de Donald Trump, le Hamas a d'ailleurs directement agité la menace en déclarant que la décision prise par le président des Etats-Unis ouvre "les portes de l'enfer pour les intérêts américains dans la région".

Pour le président de l'Autorité palestinienne Mahmoud Abbas, reconnaître Jérusalem comme capitale d'Israël "détruirait le processus de paix". Un processus de paix que Donald Trump s'était pourtant dit déterminé à relancer et même à faire aboutir. 

Trump face à un dilemme

Pour cette décision, le président américain s'est retrouvé confronté à un dilemme: respecter sa promesse de campagne, et satisfaire ainsi son socle électoral chrétien-conservateur, qui voulait voir Jérusalem devenir la capitale d'Israël, ou bien limiter la casse au Proche-Orient, et dans ses relations avec le monde arabe, en repoussant à nouveau cette idée. Le milliardaire a fini par trancher, malgré de nombreuses mises en gardes émanant du monde arabe, mais aussi de puissances occidentales, dont la France, ces derniers jours.

Pour rappel, Donald Trump a confié la lourde tâche de réconcilier Israéliens et Palestiniens à son gendre, Jared Kushner. Aux yeux de ce dernier, cette paix est indispensable pour ramener la stabilité dans la région et souder Israéliens et pays arabes contre un ennemi commun: l'Iran. Une tâche devenue ce mercredi encore plus ardue. 

Adrienne Sigel avec AFP