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Gaza: des soldats israéliens accusent l'armée d'usage indiscriminé de la force

Des écolières palestiniennes dans Gaza détruit, en avril 2015. (Illustration)

Des écolières palestiniennes dans Gaza détruit, en avril 2015. (Illustration) - Thomas Coex - AFP

En prônant un principe de "risque minimum" Tsahal a-t-elle frappé indistinctement des victimes civiles ne représentant aucune menace réelle? C'est ce qui ressort d'un rapport de l'organisation israélienne "Briser le silence" concernant une centaine de cas lors de la guerre à Gaza en 2014.

Tsahal a-t-elle, au nom de la doctrine du "risque minimum", transgressé tout principe moral en frappant indistinctement civils et combattants? C'est ce que soutient une organisation israélienne donnant la parole à des soldats qui a publié lundi un document accusant l'armée israélienne d'avoir causé un nombre sans précédent de victimes civiles en recourant à la force sans discrimination pendant la guerre de Gaza en 2014.

Dans le document qui compile les témoignages anonymes de plus de 60 officiers et soldats ayant participé à la guerre de juillet-août 2014, "Briser le silence" dénonce une centaine de cas de mauvais comportements, imputables pour une grande part au principe du "risque minimum" adopté par l'armée israélienne pour protéger ses soldats. Ce principe ainsi que les efforts déployés contre les combattants palestiniens "ont causé dans la population et sur les infrastructures civiles un nombre de victimes et des dégâts massifs et sans précédent", écrit "Briser le silence".

Des zones soi-disant débarrassées de tous civils

"Briser le silence" dénonce l'hypothèse de travail de l'armée selon laquelle, à la suite de ses frappes préparatoires et de ses avertissements aux civils, les zones où se déployaient ses soldats avaient été désertées par les civils, "faisant de chacun se trouvant dans la zone une cible légitime".

L'armée israélienne a répondu avoir demandé à "Briser le silence" de lui fournir des preuves ou des informations sur les faits dénoncés, pour qu'elle puisse enquêter. Mais l'organisation a refusé selon l'armée, qui a clairement remis en question ses intentions.

Le document est publié alors que les agissements des soldats israéliens pendant la guerre de juillet août 2014 continuent d'être examinés à la loupe par l'ONU et par les Palestiniens qui veulent faire juger les dirigeants israéliens par la justice internationale pour crimes de guerre, et par l'armée israélienne qui mène ses propres investigations.

Règle d'engagement: "Ouvrir le feu partout"

Dans un témoignage recueilli par "Briser le silence", un soldat d'infanterie affirme que "les règles d'engagement dispensées aux soldats sur le terrain consistaient à ouvrir le feu, ouvrir le feu partout (...)".

"Le postulat de départ était qu'à partir du moment où nous entrions (dans la bande de Gaza), quiconque osait montrer sa tête était un terroriste".

Un soldat raconte que deux femmes marchant dans un verger avaient été repérées puis tuées simplement parce qu'elles étaient trop près des lignes israéliennes. Après inspection des corps, il s'est avéré qu'elles n'étaient pas armées. "Elles ont quand même été listées comme terroristes. On leur avait tiré dessus, alors évidemment elles devaient être des terroristes", affirme le soldat, amer.

Un autre sergent relate comment un garde a ouvert le feu sur un vieux Palestinien approchant son poste parce qu'il redoutait qu'il ne se fasse exploser avec des grenades. Le vieillard atteint se tordait de douleur. Personne n'osait l'approcher de crainte que son corps ne soit piégé, dit le sergent. "Tout le monde savait qu'il n'y avait que deux possibilités: soit nous le laissions mourir doucement, soit nous mettions fin à ses souffrances". Les soldats l'ont finalement achevé.

Le document fait aussi état d'agressions, de pillage, de racisme et de vandalisme aux dépens des civils palestiniens. La conduite de la guerre "suscite de graves doutes sur la morale" de l'armée israélienne, conclut-il.

D. N. avec AFP