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Faut-il intervenir en Irak?

Des combattants sunnites engagés contre les partisans de l'Etat islamique en Irak, le 7 août 2014.

Des combattants sunnites engagés contre les partisans de l'Etat islamique en Irak, le 7 août 2014. - -

Les Etats-Unis ont bombardé vendredi des positions d'artillerie de l'Etat Islamique, en Irak, pour ralentir leur progression dans le Nord du pays. Comment est-ce que la communauté internationale peut intervenir contre EI? Et quel danger représentent les jihadistes?

Les Etats-Unis ont bombardé des positions d'artillerie de l'EI, ce vendredi, dans le Kurdistan irakien.

A l'appel de la France, le Conseil de sécurité de l'Organisation des Nations Unies a condamné, jeudi, la persécution des minorités irakiennes par les jihadistes de l'Etat Islamique (EI).

Jeudi, l'EI avait pris une des dernières grandes villes chrétiennes d'Irak, et s'approchait de la capitale du Kurdistan, dans le Nord du pays.

Que visent les jihadistes? Quelle est la situation sur place? Quelle aide ont promis les Etats-Unis et la France? BFMTV.com fait le point avec Frédéric Encel, spécialiste du Moyen Orient et auteur de Géopolitique du Printemps arabe (PUF).

> Que visent les jihadistes de l'EI?

"L'El vise une purification ethnico-religieuse", explique Frédéric Encel. Le groupe, créé en Irak en 2004 et qui a fait ses armes en Syrie, vise principalement trois groupes: les Chrétiens, qu'ils veulent forcer à se convertir, les Kurdes, pourtant sunnites comme eux mais qui ne sont pas arabes, et les Yazidis.

Ce dernier groupe, peu connu avant la semaine dernière, est considéré par l'EI comme des adorateurs de Satan. "L'EI veut les exterminer de la surface de la terre, c'est très clair", rappelle Frédéric Encel.

La semaine dernière, des centaines de Chrétiens et de Yazidis ont été massacrés autour des montagnes de Sinjar. Mais pour l'instant, "on ne peut pas parler de génocide", selon Frédéric Encel: les Yazidis et les Chrétiens sont chassés de chez eux, et n'ont pas pour l'instant été tués systématiquement.

> Pourquoi l'EI vise-t-il le Nord de l'Irak?

Les communautés persécutées se sont réfugiées dans le Kurdistan irakien, au Nord du pays. Mais c'est également de cette région que vient l'El, qui a été créé en Irak en 2004 et qui voudrait gagner le contrôle de son bastion historique.

La contrôler permettrait aussi de joindre les zones qu'ils contrôlent en Syrie et en Irak, pour s'approcher de la création d'un réel Etat.

Si le Kurdistan est également riche en pétrole, "ce n'est pas une priorité, car ils n'ont pas de pipeline. Ils ne peuvent le vendre qu'en petites quantités en contrebande", selon Frédéric Encel.

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> Qui peut s'opposer à l'El sur le sol irakien?

Dans les premiers jours de l'offensive, l'armée irakienne s'est complètement effondrée face à l'EI, et peine à se ressaisir depuis. L'Iran et la Turquie, voisins de l'Irak, ne semblent pas prêts à porter main forte à l'Etat irakien. "Si l'EI n'a pas d'allié dans la région, il n'a pas d'ennemis non plus", résume Frédéric Encel.

Les forces armées du Kurdistan irakien, les peshmergas, qui avaient tenu tête à Sadam Hussein, n'ont pas non plus pu faire face à la menace. Ce vendredi, l'EI avançait en direction de la capitale du Kurdistan, Erbil.

> Que prévoit la communauté internationale?

Comme l'avait annoncé Barack Obama jeudi, les Etats-Unis ont bombardé les positions de l'EI. Pour l'instant, la France est le seul autre pays à avoir proposé d'intervenir au côté des Américains.

Dans un communiqué, l'Elysée a annoncé qu'elle "soutiendrait" les Irakiens qui luttent contre les jihadistes.

Impossible de savoir pour l'instant quelle forme prendra cette aide. Il est peu probable que François Hollande engage la France dans un troisième conflit au sol, mais elle pourrait apporter un soutien logistique.

Selon Frédéric Encel, les frappes aériennes le moyen le plus approprié de s'opposer à l'EI: "Pour l'instant, le combat a lieu dans des plaines, où les jihadistes avancent en colonne. Une intervention pourrait être très efficace".

Et la France aurait les moyens techniques de se joindre à l'intervention: "il y a six chasseurs Rafale prépositionnés aux Emirats arabes unis. La mise en œuvre des frappes aériennes n'est pas difficile, et et comme ils n'ont à priori pas de batterie anti-aérienne, elle serait relativement peu risquée."

Joseph Sotinel