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Chrétiens d'Irak: une communauté sous la menace de l'Etat islamique

Lors d'une manifestation anti Etat islamique, les manifestants brandissent le "n" arabe dont les jihadistes se servent pour marquer les maisons chrétiennes.

Lors d'une manifestation anti Etat islamique, les manifestants brandissent le "n" arabe dont les jihadistes se servent pour marquer les maisons chrétiennes. - -

L'Etat islamique a chassé les chrétiens de Mossoul jeudi dernier, et menace de s'attaquer aux communautés de tout le pays. Mais qui sont les 400.000 chrétiens d'Irak? Et qu'ont-ils à craindre?

Après des manifestations à Paris et à Lyon dimanche, des politiques de tous bords ont appelé lundi à se mobiliser contre les discriminations antichrétiennes en Irak.

Qui sont les chrétiens restés en Irak, et qu'ont-ils à craindre de l'Etat islamique (EI)? BFMTV.com a interrogé Natalia Trouiller, membre d'une délégation du diocèse de Lyon, partie ce lundi en Irak, et Joseph Alichoran, historien spécialiste des Chrétiens d'Orient, lui-même né en Irak.

> Combien reste-t-il de chrétiens en Irak?

Entre 400.000 et 450.000 chrétiens vivent encore en Irak. Les plus grandes communautés sont à Bagdad, dans la région du Kurdistan irakien, au nord, et dans la plaine de Ninive, autour de la ville de Mossoul, au sud du Kurdistan.

Les deux tiers de la population chrétienne a quitté le pays depuis la première guerre du Golfe, en 1991, estime Joseph Alichoran. Elle vit aujourd'hui en Europe (environ 6.000 en France) ou dans certains pays limitrophes.

Plusieurs communautés chrétiennes cohabitent dans le pays, dont les principales sont l'Eglise chaldéenne catholique, l'Eglise syrienne catholique ou l'Eglise de l'Orient. Selon Joseph Alichoran, "elles sont unies les unes avec les autres, notamment depuis la première guerre du Golfe".

Ds cette école du diocèse chaldéen d'Erbil, se pressent ts les notables de Mossoul. Ils ont tt perdu #CEFIrak pic.twitter.com/6gnDNsjCuI
— Natalia Trouiller ن (@ntrouiller) 28 Juillet 2014

> Que signifie le symbole peint en rouge sur les maisons des chrétiens de Mossoul et repris sur les réseaux sociaux?

I hate, hate this vile sign MT @noofasee ISIS marked christian houses in Mosul, gave them 24 hours to leave pic.twitter.com/cuG4AEB3It #Iraq
— Rawya Rageh (@RawyaRageh) 20 Juillet 2014

C'est le "n" arabe, pour "Nazaréen", qui est synonyme de chrétien dans la terminologie du Coran. Sur les réseaux sociaux, la lettre est devenue un symbole de soutien à la communauté chrétienne.

C'est ce symbole qu'EI tague sur les maisons des chrétiens à Mossoul. Une pression accompagnée de menaces: le 17 juillet dernier, des voitures ont silloné Mossoul pour demander aux chrétiens de partir. Ceux qui restent sont priés de se convertir à l'Islam -payant de lourdes taxes au passage- ou il ne restera "rien d'autre pour les chrétiens que l'épée", selon EI.

Les chrétiens de Mossoul quittent donc la ville, pour rejoindre leur communauté dans des villes de la plaine de Ninive. "Les comptes en banque des réfugiés que nous avons rencontrés étaient bloqués. Et les gens ont été sévèrement passés à tabac. Une femme nous a même montré ses radios, c'était surréaliste", raconte Natalia Trouiller.

> Est-ce que ces violences anti-chrétiens sont inédites en Irak?

Non. L'épisode rappelle même un autre chapitre de l'histoire de Mossoul à Joseph Alichoran. "En octobre 2008, 2.351 familles de chrétiens de Mossoul avaient dû quitter la ville après les menaces, la diffusion de messages anti-chrétiens et l'assassinat de quinze membres de leur communauté, pour la plupart tués par balle, à bout portant. Leurs maisons et appartements occupés depuis par leurs agresseurs", raconte-t-il.

Selon l'historien, les persécutions ont commencé en 2004. S'il y a eu 1.300 morts depuis cette date, "pour l'instant, il n'y a pas de preuve que des chrétiens aient été tués par l'EI depuis le 9 juin", estime-t-il.

> Les manifestants parlent de "génocide" ou de "massacre". Ont-ils raison?

Joseph Alichoran juge "scandaleuses" les rumeurs qui circulent: dimanche, "les manifestants criaient des choses comme 'stop au massacre', alors qu'il n'y a pas eu de morts depuis plusieurs mois. C'est de la désinformation, il y a forcément des intérêts politiques ou autres derrière", s'insurge-t-il.

Natalia Trouiller confirme qu'il n'y a pas eu de massacre. Mais la différence avec les persécutions du passé, selon elle, c'est que "l'EI ne se contente pas de chasser les chrétiens de la ville." "Ce sont des barbares, qui ne viennent pas d'Irak, et ils l'ont dit dès le début: après Mossoul, ils s'attaqueront au reste du pays. Pour l'instant, ils ont toujours tenu parole", prévient-elle.

Joseph Sotinel