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Etat Islamique: les Etats-Unis devront-ils travailler avec Bachar al-Assad contre l'Etat Islamique?

Une manifestation de Syriens brandissant le portrait de Bachar al-Assad au Yémen.

Une manifestation de Syriens brandissant le portrait de Bachar al-Assad au Yémen. - Mohammed Huwais - AFP

L'aviation américaine survole le territoire syrien depuis lundi, pour repérer les positions des jihadistes de l'Etat Islamique. Le régime de Bachar al-Assad se dit prêt à travailler avec elle.

Après avoir fait face à l'armée kurde au Nord de l'Irak et à l'armée du gouvernement au Sud, les jihadistes de l'Etat Islamique pourraient voir les Etats-Unis les attaquer en Syrie... Quitte pour Washington à renforcer le pouvoir de Bachar al-Assad.

Barack Obama a, en effet, autorisé l'armée américaine à survoler les positions de l'EI en Syrie lundi, ce qui devrait mener à des bombardements. A terme, Damas et Washington pourraient ainsi se retrouver à échanger des informations pour combattre l'EI. Les Etats-Unis et l'Europe ont pourtant coupé les ponts depuis 2011 avec le régime de Bachar al-Assad.

Est-ce que la communauté internationale a besoin du gouvernement syrien pour combattre l'EI?

> Le combat contre l'Etat Islamique passe forcément par la Syrie

L'Etat Islamique s'est d'abord développé en Syrie, où il contrôle une partie du pays. "L'action contre l'EI ne peut pas avoir d'effet si on agit d'un côté sans agir de l'autre", explique à BFMTV Isabelle Feuerstoss, chercheuse en géopolitique et auteur de La Syrie et la France (Ed. L'Harmattan).

Selon elle, "Aux yeux des combattants de l'EI, le territoire syrien peut apparaître plus sanctuarisé que l'Irak". D'ailleurs, des sources syriennes ont affirmé mardi à l'AFP que Washington et Damas échangeaient déjà des informations sur l'EI. Et ce même jour, un des premiers bombardements des positions des jihadistes a été lancé par l'aviation de Bachar al-Assad.

> Bachar al-Assad a réussi à rendre le conflit binaire

Le régime syrien a sauté sur l'occasion: lundi, le chef de la diplomatie syrienne, Walid Mouallem, avait proposé aux Etats-Unis et à la communauté internationale de collaborer pour combattre l'EI, tout en réclamant de valider toutes les actions américaines. Mais pour Isabelle Feuerstoss, "il est un peu trop précoce de parler de réhabilitation. Avant tout, le régime entend assurer sa position, il y joue sa survie".

Selon elle, Bachar al-Assad "rend progressivement le rapport des forces binaire, avec d'un côté le régime et de l'autre l'EI." Une mission presque réussie aujourd'hui: "Sur le terrain, de très nombreux combattants anti-régime se sont ralliés à l'EI, mieux équipé, structuré et qui dispose de financements très importants."

> La population syrienne a peur de l'Etat islamique

"Les populations sunnites d'Irak et de Syrie nous considérerait comme leurs ennemis si nous joignons nos forces à Bachar al-Assad, et nous avons besoin d'eux pour nous débarrasser de l'EI", a déclaré Benjamin J. Rhodes, conseiller national de la Défense américain, au New York Times.

Mais Isabelle Feuerstoss précise que "l'EI fait peur. Les médias syriens et occidentaux diffusent des vidéos de décapitation, et il faut savoir que les chrétiens ne sont pas les seuls à être persécutés. De nombreux sunnites ne veulent pas qu'on leur impose un mode de vie contraire au leur et archaïque. Certains même commencent à penser qu'avec le régime d'Assad, au moins, ils savent à quoi s'attendre."