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De retour d'Afghanistan, les reporters de BFMTV racontent leurs conditions de travail à Kaboul

Juan Palencia et Clémence Dibout ont suivi dans la capitale afghane les premières semaines du gouvernement taliban.

Ils sont de retour et peuvent raconter ce qu'est en train de devenir l'Afghanistan. Deux semaines après le retrait des troupes américaines du pays tombé aux mains des talibans, les reporters de BFMTV Clémence Dibout et Juan Palencia étaient en plateau ce mercredi pour raconter leur mission. Et d'abord, leur long périple pour rejoindre Kaboul, alors que l'aéroport de la capitale afghane est toujours fermé. Ils sont passés par le Pakistan:

"C'est une route très dangereuse, on est passés par Islamabad (la capitale du Pakistan, NDLR), on a pris la route vers Peshawar, et on a rejoint la frontière à Torkham, au nord-est du pays", détaille Juan Palencia. "On a traversé grâce à des contacts des deux côtés, côté pakistanais et côté afghan, car c'est une frontière un peu dangereuse, la route est réputée pour les kidnappings."

Grâce à des éclaireurs sur la route, nos journalistes ont été informés du moment où ils pouvaient passer ou quand ils devaient au contraire s'arrêter. Au total, ils auront mis environ six heures et demi pour aller de la frontière pakistanaise jusqu'à Kaboul. Plus de trente heures depuis Paris.

"Je me suis fait mettre en joue plusieurs fois"

Sur place, les deux reporters de BFMTV rencontrent des conditions de travail très particulières. Mais Clémence Dibout avoue qu'ils ont pu "bien travailler" avec les talibans et qu'il n'était par exemple pas très compliqué d'avoir le droit de monter avec des patrouilles. En revanche, tout cela se faisait à condition d'avoir "les bons papiers", administrés par le ministère de l'Information. Une sorte de "carte de presse" locale avec les noms des journalistes et de la chaîne. Et grâce à cette autorisation, ils ont pu être relativement tranquilles lorsqu'ils se faisaient arrêter, notamment lors des manifestations qu'ils ont couvert.

"Je me suis fait mettre en joue plusieurs fois", admet néanmoins Juan Palencia. "Ils ne maîtrisent pas leurs soldats sur le terrain. Donc il peut y avoir aussi bien des gens souriants, qui aiment bien les caméras car ils sont jeunes, que d'autres plus âgés qui ne sont jamais sortis de leur territoire, qui se retrouvent dans la ville à voir des Occidentaux, des femmes à peine voilées, et ils sont fébriles".
Notre reporter Juan Palencia montre l'autorisation qu'ils devaient fournir aux talibans lors des contrôles.
Notre reporter Juan Palencia montre l'autorisation qu'ils devaient fournir aux talibans lors des contrôles. © BFMTV

À ce propos justement, Clémence Dibout explique qu'à aucun moment dans ses contacts avec les talibans on ne lui a adressé un regard ou la parole. Les échanges se faisaient uniquement avec son collège Juan Palencia, ou avec leur fixeur, la personne qui habite sur place, qui parle la langue et qui sert aussi bien de guide que d'interprète.

"Une petite anecdote par exemple, c'est que notre fixeur a demandé à un haut dignitaire de faire une photo avec lui, et sur la photo on voit le haut-dignitaire regarder ostensiblement de l'autre côté car comme j'étais une femme et que je prenais la photo, il ne fallait surtout pas me regarder", explique la journaliste.

La peur de l'après

En revanche, Clémence Dibout reconnaît également avoir pu tirer profit de la situation, comme lors des fouilles très régulières que les journalistes ont subi, et qu'il était alors impensable pour les talibans de toucher une femme. À de nombreux barrages notamment, ils ont ainsi pu passer sans problème.

Pour les femmes afghanes en revanche, c'est une toute autre histoire. Elles vivent "dans la peur" et la situation est toujours confuse sur la possibilité pour certaines de travailler, ou non. Une situation d'autant plus dure à vivre pour les jeunes femmes nées après 2001, qui n'ont jamais connu les talibans:

"Elles sont allées à l'école, avaient des espoirs, des ambitions, une vie sociale. Là elles sont dans la crainte, dans l'attente et ont vraiment très peur de ce qu'il peut leur arriver", raconte Clémence Dibout.

Que va-t-il se passer lorsque les caméras occidentales ne seront plus là? Nos journalistes expliquent avoir vu circuler de nombreuses vidéos amateurs, filmant ce qu'il se passe dans les provinces.

Juan Palencia évoque des "sortes de rafles" et les images d'une femme battue en marge d'une manifestation, dans les rues de Kaboul, alors même que les journalistes étaient présents. "Imaginez lorsque tous les médias occidentaux seront partis", conclut-il.

Louis Augry