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Manifestations, répressions, black-out: ce qu'il faut retenir des derniers jours en Iran

Selon plusieurs ONG dont Amnesty International, la répression du régime en place aurait fait plus d'une centaine de morts.

Ces derniers jours, l'Iran a connu une grave crise sociale dont les contours ne sont apparus que quelques jours plus tard à l'échelle internationale. Depuis le 15 novembre dernier, ce pays du Golfe persique a été en proie à d'imposantes manifestations contre la hausse du prix de l'essence qui ont rapidement dégénéré en heurts dans de nombreuses villes.

Selon différentes agences de presse locales dont Irna, les mobilisations ont été importantes à Sirjan, dans le centre du pays, où "des gens ont attaqué un dépôt d'essence et essayé d'y mettre le feu."

Des manifestations ont également lieu dans d'autres villes telles que Machhad, dans le sud à Ahvaz, Chiraz, Bandar Abbas et Birjand, mais aussi à Gachsaran, Abadan, Khoramshahr et Mahshahr dans le sud-ouest.

Tirs à balles réelles

Une situation qui a alerté de nombreuses ONG dont Amnesty International ainsi que l'ONU, selon qui des dizaines de personnes pourraient avoir été tuées par les autorités. Interrogée par Libération, Mansoureh Mills, chercheuse à Amnesty International, explique les raisons d'un chiffre si dramatique.

"Les forces de sécurité tirent directement sur les manifestants. Des vidéos partagées sur les réseaux sociaux, dont certaines ont été vérifiées par Amnesty, montrent que les forces de l’ordre utilisent des armes à feu, des canons à eau et des gaz lacrymogènes pour disperser les manifestations", détaille-t-elle.

Dès le 17 novembre, le guide suprême, l'ayatollah Ali Khamenei, avait dénoncé la présence de "hooligans" parmi les manifestants et avait assuré ne "pas autoriser l'insécurité" face aux "émeutes."

"Les autorités iraniennes ont lancé une répression brutale et complète contre des manifestations pacifiques, dessinant un atroce schéma de meurtres illégaux par les forces de sécurité", ajoute de nouveau Mansoureh Mills.

Depuis samedi passé, l'Iran avait quasiment été coupé du monde et le gouvernement de Téhéran a averti qu'Internet ne serait rétabli qu'en cas de retour au calme durable. Du fait du black-out, la situation reste très difficile à évaluer à l'échelle du pays.

Black-out total

Ce n'est que ce mardi que des informations "officielles" ont été transmises par le pouvoir en place. Lors d'un discours télévisé diffusé tard dans la soirée, le guide suprême, l'ayatollah Ali Khamenei, a affirmé que "l'ennemi" avait été repoussé dans le pays. "Nous avons repoussé l'ennemi dans la guerre politique", a ajouté ce dernier.

"Les actions récentes étaient un problème de sécurité, (elles n'émanaient) pas du peuple", a estimé le numéro un iranien. "Nous avons repoussé l'ennemi", a-t-il poursuivi.

Les autorités ont confirmé la mort de cinq personnes, dont trois membres des forces de l'ordre tués "à l'arme blanche" par des "émeutiers." Le numéro un iranien n'a pas identifié cet "ennemi", mais les autorités ont accusé ces derniers jours des puissances étrangères, notamment les États-Unis, leur ennemi juré, de fomenter les troubles.

Les meneurs interpellés

Ce jeudi, ce sont les Gardiens de la Révolution qui ont loué l'action "rapide" des forces armées face aux "émeutiers." Selon eux, qui représentent l'armée idéologique de la République islamique d'Iran, "des incidents, petits et grands [...] ont eu lieu dans [un peu] moins de cent villes" auxquels il a été mis fin "en moins de 24 heures, et dans certaines villes en 72 heures."

"C'est le résultat de la perspicacité et de l'action rapide des forces armées et des forces de l'ordre", jugent les Gardiens, ajoutant que les "principaux meneurs" ont été arrêtés dans les provinces de Téhéran, et d'Alborz (limitrophe de la capitale) ainsi qu'à Chiraz.

"Chaque émeutier, où qu'il se trouve en Iran, sera identifié et puni", a conclu le contre-amiral Ali Chamkhani, secrétaire du Conseil suprême de la sécurité nationale, cité par l'agence Mehr.

Hugo Septier avec AFP