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Libye : catastrophe humanitaire en vue

En tout, plus de 80.000 personnes sont arrivées à Ras Jedir en Tunisie depuis le 20 février, dont 31.000 Egyptiens.

En tout, plus de 80.000 personnes sont arrivées à Ras Jedir en Tunisie depuis le 20 février, dont 31.000 Egyptiens. - -

En Libye, des dizaines de milliers de réfugiés cherchant à fuir le régime de Mouammar Kadhafi, attendent toujours le long de la frontière tunisienne, dans des conditions difficiles. Reportage sur place, où l’aide humanitaire prend de l’ampleur.

La Ligue libyenne des droits de l'Homme affirme que la répression de la révolte a fait 6 000 morts en moins de trois semaines. Et tandis que Mouammar Kadhafi promet des milliers de morts en cas d'intervention des Occidentaux en Libye, la situation humanitaire devient très préoccupante dans les zones frontalières, où s’amassent des migrants tentant de fuir le pays.
Face au risque de catastrophe humanitaire, la France a décidé d’envoyer le porte-hélicoptères Mistral vers la Libye. Répondant à l'appel d'urgence renouvelé par la Haut Commissariat aux réfugiés (HCR), Paris a indiqué hier mercredi être prêt à évacuer au moins 5 000 travailleurs égyptiens actuellement bloqués à la frontière avec la Tunisie.

« Des avions pour rapatrier chez eux des milliers d’Egyptiens »

La France a en effet annoncé le lancement d'une importante opération humanitaire, que détaille Bernard Valéro, porte-parole du ministère des Affaires étrangères : « Première étape : le rapatriement et la mise en sécurité en France de l’ensemble de nos ressortissants qui étaient présents en Libye. Deuxième étape : l’envoi d’une aide médicale pour l’aéroport de Benghazi, qui devrait arriver dans les prochaines heures. Troisième étape – déclenchée seulement maintenant car le flot a augmenté – : les rotations d’avions destinés à rapatrier chez eux des centaines, des milliers de réfugiés égyptiens qui ont fuit les combats, les violences de ces dernières semaines en Libye. »

« Le moindre mouvement de panique risque de dégénérer »

Car en Libye, des dizaines de milliers de réfugiés cherchant à fuir le régime de Mouammar Kadhafi, attendent toujours le long de la frontière tunisienne, dans des conditions difficiles, comme en témoigne sur place Virginie Goubier, l'envoyée spéciale de RMC : « En quelques jours, la situation est devenue complètement ingérable. Le HCR a installé des tentes qui peuvent accueillir quelque 10 000 réfugiés, mais des centaines de personnes ont encore passé la nuit dehors, sous des abris de fortune construits avec des bâches et des couvertures. La vie quotidienne s’organise petit à petit sur le campement. Mais, des sanitaires à la distribution de nourriture, le moindre mouvement de panique risque de dégénérer.
Et derrière la frontière ils sont encore des milliers d’Egyptiens, d’Africains, de Philippins, à attendre de pouvoir rentrer eux aussi en Tunisie [NDLR : en tout, plus de 80.000 personnes sont arrivées à Ras Jedir en Tunisie depuis le 20 février, dont 31.000 Egyptiens].
Hier nous avons assisté à une scène assez incroyable : des partisans de Kadhafi sont venus distribuer de la nourriture à ces réfugiés ; une véritable opération de communication et on les voit désormais tous arriver avec un sachet de provisions, gracieusement offert par l’Etat libyen. »

« Le programme d’évacuation humanitaire prend de l’ampleur »

Et face à cet afflux massif, les organismes d'aide internationale se mobilisent plus que jamais. En particulier l'Organisation internationale pour les migrations (OIM), qui a lancé ce mercredi un appel d'urgence pour une évacuation massive de dizaines de ces réfugiés démunis. Témoin lui aussi des « conditions difficiles pour les dizaines de milliers de personnes qui sont encore dans ces zones frontalières », le porte-parole de l’OIM, Jean-Philippe Chauzy, reste optimiste : « On a aussi des personnes, du côté libyen de la frontière, qui essaient toujours de passer. Mais le programme d’évacuation humanitaire est en train de prendre de l’ampleur ; de plus en plus de moyens logistiques sont mis à disposition. Et on espère que dans les prochains jours, on pourra être plus efficace pour rendre les conditions de vie dans cette zone, plus acceptables, et permettre à tous ces milliers de travailleurs migrants de rentrer en toute dignité. »

La Rédaction, avec V. Goubier et M.A. de Montesquieu