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Les "trolls" russes ont perturbé la présidentielle américaine en s'inspirant de House of Cards

Maksim

Maksim - Capture d'écran du reportage de la chaîne "Rain"

Un ancien membre de la section anglophone de l'Agence de recherches internet russe a témoigné dimanche sur une chaîne de télévision de son pays. Il a expliqué comment lui et ses équipiers devaient perturber la scène publique américaine, à l'approche de la présidentielle. Parmi leurs tâches: se former à la politique américaine en regardant la série House of Cards.

C'est en regardant la série House of Cards qu'une équipe russe de "trolls" s'est formée à la politique des Etats-Unis. Son but était de perturber l'opinion américaine à l'approche de la dernière présidentielle. Ce feuilleton raconte l'ascension vers le pouvoir, et son difficile maintien au sommet, de Frank Underwood, un membre du Congrès devenant président des Etats-Unis à grands coups de mensonges, de corruptions, de crimes.

C'est l'une des révélations du témoignage d'un ex-membre du département anglophone d'un organisme russe appelé l'Agence de recherches internet.Yahoo, qui a relayé cette information, attribue la paternité de cette agence à Evgueny Progozhin, un riche oligarque et restaurateur, réputé proche de Vladimir Poutine. 

Les sujets de discussion préférés des "trolls" russes

C'est ce dimanche que la chaîne russe Dozhd (qu'on pourrait traduire par "Pluie") a diffusé l'entretien d'un homme du nom de "Maksim", le visage dissimulé sous une capuche. "Troll" professionnel de l'organisme russe pendant environ un an à partir de 2015, alors que se profilait la présidentielle américaine de 2016, il a raconté en détail les méthodes employées pour dérouter l'opinion américaine.

La mission essentielle était de laisser des commentaires hostiles à Hillary Clinton sur des sites d'informations grand public comme ceux du New York Times et du Washington Post. L'utilisation controversée d'un serveur e-mail privé par la future candidate démocrate alors qu'elle était secrétaire d'Etat, ou son état de santé, figuraient parmi les thèmes privilégiés. Maksim et les siens s'appuyaient aussi sur les scandales qui ont éclaté du temps de son mari Bill Clinton: "Le principal message était: Vous n'êtes pas fatigués, mes chers compatriotes américains, des Clinton? On en a connus combien déjà?", a-t-il expliqué à la télévision. 

Mais il existait d'autres cibles en dehors de Hillary Clinton: le président Barack Obama par exemple. "Nous avions l'objectif de monter les Américains contre leur gouvernement, de créer une agitation, du mécontentement et de faire baisser la cote de popularité d'Obama", a admis le témoin de la télévision russe.

Interdiction de parler de la Russie

Et pour se faire une meilleure idée des rapports de force au sein de la politique américaine, le fonctionnement de celle-ci, et ses thématiques actuelles, les "trolls" se sont donc mis à visionner la série House of Cards. "C'était nécessaire pour connaître les principaux problèmes des Etats-Unis. La question fiscale, la question des homosexuels, des minorités sexuelles, des armes", a développé Maksim, qui a reconnu que les deux cordes sur lesquelles il jouait le plus volontiers avec ses collègues étaient le port d'arme et les homosexuels: "Quand on parlait des homosexuels, il fallait presque toujours qu'on cite des thèmes religieux. Les Américains sont des gens très religieux, et en particulier ceux qui écrivent des commentaires sur Internet. On devait dire que la sodomie est un péché".

Mais les "trolls" russes ne pouvaient pas se lancer de but en blanc sur le sujet de leur choix. Le "troll" le plus efficace est celui qui rallume les braises d'une discussion animée déjà engagée précédemment. Il leur fallait donc lire les commentaires pour dégager une tendance générale. On mesurait la réussite des membres de l'Agence de recherches internet à l'aune des mentions "J'aime" reçues ou des dialogues générés.

En revanche, ceux-ci devaient prendre garde à ne pas attirer attention sur leur nationalité russe: obligation leur était formulée de masquer leur localisation et interdiction était faite de mentionner la Russie ou Vladimir Poutine. 

Robin Verner