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Les Tories en tête, la Grande-Bretagne dans l'expectative

Le Parti conservateur de David Cameron est en passe de redevenir la première force politique à la chambre des Communes, en Grande-Bretagne, sans toutefois atteindre la majorité absolue, ouvrant la voie à des tractations en vue de la création d'une coaliti

Le Parti conservateur de David Cameron est en passe de redevenir la première force politique à la chambre des Communes, en Grande-Bretagne, sans toutefois atteindre la majorité absolue, ouvrant la voie à des tractations en vue de la création d'une coaliti - -

LONDRES - Le Parti conservateur britannique était en passe vendredi de redevenir la première force politique à la chambre des Communes sans toutefois...

par Keith Weir et Jodie Ginsberg

LONDRES (Reuters) - Le Parti conservateur britannique est redevenu vendredi la première force politique à la chambre des Communes mais n'a pratiquement plus de chance d'atteindre la majorité absolue, ouvrant la voie à des tractations en vue de la création d'une coalition ou d'un gouvernement minoritaire.

Après proclamation des résultats dans 612 des 650 circonscriptions du pays, les conservateurs disposent de 289 sièges, le Labour du Premier ministre sortant Gordon Brown de 245 et les Libéraux démocrates (centristes) de 51.

En termes de voix, cela représente 36,1% pour les Tories, 29,2% pour les travaillistes et 22,9% pour les "Lib dem".

David Cameron, chef de file des Tories qui entendent bien sortir de treize ans d'opposition, a affirmé que le Labour de Gordon Brown avait perdu toute légitimité à se maintenir au pouvoir.

Mais dans les rangs travaillistes, on souligne que la pratique institutionnelle donne au Premier ministre sortant la priorité pour tenter de former un gouvernement dans le contexte d'un "Parlement bloqué".

Car les élections législatives de jeudi, auxquelles plusieurs centaines d'électeurs n'ont pu prendre part du fait d'une trop forte participation, n'auront pas de vainqueur clair.

D'après les projections réalisées pour les chaînes de télévision britannique, la Grande-Bretagne va se retrouver dans la configuration particulière d'un "hung parliament", sans précédent depuis 1974.

"Le peuple a parlé, mais nous ne savons pas exactement ce qu'il a dit", déclarait dans la soirée Ed Miliband, ministre travailliste de l'Environnement.

"PRIORITÉ AU GOUVERNEMENT SORTANT"

En pleine crise économique, ce scénario est une source d'inquiétude pour les marchés financiers. La livre sterling a du reste reculé face au dollar.

Les projections créditent au final les Tories de 305 sièges, le Parti travailliste en obtiendraient 255 et les libéraux-démocrates 61, soit deux de moins que dans le parlement sortant, ce qui serait une surprise.

"Je pense qu'il est d'ores et déjà clair que le Parti travailliste a perdu son mandat pour gouverner notre pays", a lancé Cameron après la proclamation de son élection dans la circonscription de Witney, dans l'ouest de Londres.

Nombre d'observateurs parient du reste sur un gouvernement minoritaire dirigé par ce "conservateur compassionnel" qui pourra tenter de négocier l'appui ponctuel des petits partis nationalistes d'Irlande du Nord, d'Ecosse et du Pays de Galles, quitte à organiser plus tard de nouvelles élections.

"Cameron va obtenir la mise en oeuvre de son programme, faire la preuve de ses compétences et convoquer de nouvelles élections cet automne ou au printemps", prédit Mark Wickham-Jones, professeur de sciences politiques de l'université de Bristol.

Mais le Labour n'a pas l'intention de céder sans résistance. "Les règles sont qu'en cas de 'hung parliament', la priorité ne revient pas au parti ayant le plus de sièges, mais au gouvernement en place", a souligné Peter Mandelson, ministre des Entreprises.

De source travailliste, on confirme que Brown tentera de former un gouvernement de coalition avec les Lib Dem. Son porte-parole a toutefois indiqué que le Premier ministre n'avait pas encore pris de décision à ce sujet.

Pour Jonathan Tonge, directeur du département de sciences politiques à l'université de Liverpool, il est toutefois "pratiquement inconcevable que Gordon Brown puisse essayer de se maintenir au pouvoir".

En outre, si l'on en croit les projections, l'addition des groupes Labour et Lib Dem aux Communes ne formerait pas une majorité absolue.

"Le Labour ne peut espérer rester au gouvernement après ce rejet humiliant. Avec 100 sièges perdus, ce serait une insulte faite aux électeurs que de prétendre le contraire", a quant à lui commenté Henry McRory, porte-parole du Parti conservateur.

HOMME CLÉ

Quel qu'il soit, le prochain locataire du 10 Downing Street héritera d'un déficit public record, supérieur à 11% du Produit intérieur brut, et devra satisfaire, un an après le scandale des notes de frais des députés, aux appels à réformer le système politique et électoral.

L'émergence des libéraux démocrates durant la campagne avait compliqué l'équation, leur chef de file Nick Clegg se montrant très à son avantage lors des trois débats télévisés organisés pour la première fois dans l'histoire politique du pays.

Clegg pourrait être l'homme clé pour former une majorité, bien que les projections ne soient pas à la hauteur de ses attentes. "Les grands perdants, si ces sondages sont corrects, ce sont les Lib Dem. On a tellement parlé de la Cleggmania. Tout se passe comme s'ils avaient été étouffés par la bataille engagée entre les conservateurs et le Labour", souligne Jonathan Tonge.

Compte tenu de son caractère particulièrement indécis, on s'attendait à ce que ce scrutin attire les foules. Certains bureaux de vote ont été pris de court par la participation massive et la police a dû intervenir par endroits pour calmer les esprits.

La commission électorale a ouvert une enquête qui pourrait remettre en cause certains résultats.

Jean-Philippe Lefief, Henri-Pierre André et Eric Faye pour le service français