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Les manifestations pour la "liberté" font tache d'huile en Syrie

LES MANIFESTATIONS FONT TACHE D'HUILE EN SYRIE

LES MANIFESTATIONS FONT TACHE D'HUILE EN SYRIE - -

DAMAS (Reuters) - Au cri de "Liberté!" des milliers d'opposants ont manifesté vendredi à Damas, à Hama, plus au nord, et une nouvelle fois à Deraa, au sud de la capitale, où la répression de la contestation du régime du président Bachar al Assad a fait une quarantaine de morts depuis une semaine.

par Khaled Yacoub Oweïs et Souleïman al Khalidi

DAMAS (Reuters) - Au cri de "Liberté!" des milliers d'opposants ont manifesté vendredi à Damas, à Hama, plus au nord, et une nouvelle fois à Deraa, au sud de la capitale, où la répression de la contestation du régime du président Bachar al Assad a fait une quarantaine de morts depuis une semaine.

Selon la chaîne de télévision panarabe Al Djazira, qui cite un témoin, une vingtaine de protestataires ont été tués dans la journée par les forces de sécurité qui auraient tiré sur eux "aveuglément" à As Sanameïn, ville située à mi-chemin sur la route à quatre voies reliant Deraa et Damas.

A Hama, ville connue pour ses norias mais aussi pour la répression sanglante d'un soulèvement islamiste qui avait fait jusqu'à 20.000 morts sous le régime de Hafez al Assad, en 1982, il s'agit de la première manifestation de soutien avec les milliers de jeunes contestataires de Deraa.

Une manifestation d'un millier de personnes avait été signalée peu auparavant à At Tal, quelques kilomètres seulement au nord de Damas en signe de solidarité avec les "chabaab" de Deraa, qui ont lancé le signal de la révolte contre le régime.

A Damas même, la police secrète a dispersé vendredi une manifestation de solidarité analogue, qui avait rassemblé quelque 200 personnes dans la vieille ville de la capitale, procédant à des dizaines d'arrestations.

Chose inimaginable, quelques jours auparavant, des cris de "Liberté" avaient brièvement fusé vendredi dernier à la grande mosquée de Omeyades, un des hauts lieux du tourisme damascène, illustrant la vulnérabilité d'un des régimes les plus "verrouillés" de la région au vent de révolte qui souffle sur le reste du monde arabe.

"L'HEURE DE VÉRITÉ A SONNÉ"

Au huitième jour des manifestations à Deraa, non loin de la frontière jordanienne, les manifestants ont scandé des slogans hostiles à Maher al Assad, chef de la garde présidentielle et frère du président Bachar Assad, qui à l'âge de 34 ans avait succédé au pied levé à son père à sa mort, il y a 11 ans.

Les protestataires ont brûlé une statut de ce dernier, traduisant le rejet du régime baassiste du clan Assad, membre de la secte minoritaire chiite alaouite, qui domine depuis des décennies la majorité sunnite du pays.

Des tirs nourris ont été entendus par des correspondants de Reuters sur la place principale de la ville, où les manifestants scandaient "l'heure de vérité a sonné!" lors des obsèques de 37 personnes tuées durant la seule journée de mercredi.

Confronté à cette révolte populaire sans précédent depuis le soulèvement islamiste de Hama, Assad a assuré jeudi qu'il n'avait pas donné l'ordre de tirer sur la foule à Deraa et annoncé qu'il étudiait la levée de l'état d'urgence en vigueur depuis la prise de pouvoir du Baas, en 1963.

Le président syrien a promis une législation sur la liberté de la presse ainsi que sur les partis politiques. Mais, quelques instants plus tard, on apprenait que le militant des droits de l'homme et défenseur de la liberté d'expression Mazen Darouiche avait été arrêté par la redoutée sécurité d'Etat.

"UN VENDREDI DE DIGNITÉ"

Il avait participé la semaine dernière à une manifestation en faveur de la libération des prisonniers politiques, une des principales revendications des opposants syriens. Ceux-ci ont d'ailleurs rejeté comme trop timides et trop tardives les mesures d'Assad.

Ils exigent la libération des milliers de détenus politiques et la levée de l'état d'urgence, avec effet immédiat, ainsi que l'établissement des libertés d'expression et de réunion et la fin de l'arbitraire de la toute puissante sécurité d'Etat.

Le vent de révolte qui souffle sur le monde arabe et a emporté ces dernières semaines les régimes autocratiques de Zine Ben Ali en Tunisie et de Hosni Moubarak en Egypte ne s'est pas arrêté manifestement aux portes de la Syrie, un des régimes les mieux "tenus" de la région.

À Damas, comme en province, le mur de la peur qui empêchait toute contestation semble se fissurer. Des affiches autres que celles, omniprésentes, à la gloire des présidents Assad père et fils et des "réalisations historiques" du parti Baas, ont fait leur apparition.

Elles réclament toutes la "Liberté", comme des pays comme des puissances comme les Etats-Unis, la France, la Grande-Bretagne et l'Allemagne incitent Assad à accepter.

Une page FaceBook dédiée à "la Révolution syrienne" avait invité les Syriens à observer "un vendredi de dignité" à la sortie des grandes prières hebdomadaires "dans toutes les mosquées, dans toutes le provinces, sur toutes les grandes places".

Marc Delteil pour le service français, édité par Gilles Trequesser