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Les combats continuent à Bangkok, le bilan s'alourdit

Barricades en flammes dans une rue de Bangkok. Les affrontements entre l'armée thaïlandaise et les manifestants antigouvernementaux se sont poursuivis samedi dans les rues de la capitale, transformant le quartier commerçant de la ville en véritable champ

Barricades en flammes dans une rue de Bangkok. Les affrontements entre l'armée thaïlandaise et les manifestants antigouvernementaux se sont poursuivis samedi dans les rues de la capitale, transformant le quartier commerçant de la ville en véritable champ - -

par Jason Szep et Ambika Ahuja BANGKOK - Les affrontements entre l'armée thaïlandaise et les manifestants antigouvernementaux se sont poursuivis...

par Jason Szep et Ambika Ahuja

BANGKOK (Reuters) - Au troisième jour d'affrontements qui ont transformé les rues de Bangkok en champ de bataille, l'armée thaïlandaise a ouvert le feu samedi sur les manifestants antigouvernementaux et annoncé l'envoi de renforts dans la capitale.

Le Premier ministre Abhisit Vejjajiva a affirmé que l'armée ne reculerait pas. "Le gouvernement doit aller de l'avant. Nous ne pouvons pas reculer. Nous agissons pour le bien du pays. Nous ne pouvons pas le laisser aux mains de bandes armées", a-t-il déclaré lors d'une allocution télévisée.

Selon un dernier bilan du ministère de la Santé, 24 personnes ont été tuées et 179 autres blessées depuis la reprise des troubles, jeudi soir, après la tentative d'assassinat du "conseiller" militaire des manifestants.

Les "chemises rouges", partisans de l'ancien Premier ministre Thaksin Shinawatra, renversé par un coup d'Etat en 2006, continuent de réclamer le départ d'Abhisit Vejjajiva et la tenue d'élections anticipées.

CHANGEMENT POSSIBLE DE LIEU D'OCCUPATION

Les autorités militaires ont annoncé l'envoi de renforts dans la zone d'affrontements.

"Je ne peux pas dire, pour des raisons de sécurité, le nombre de soldats qui y seront déployés, mais il y aura des renforts pour aider les soldats sur place à encercler la zone et accentuer la pression sur les manifestants", a déclaré aux journalistes un porte-parole de l'armée, Sansern Kaewkamnerd.

Tapis derrière des sacs de sable ou perchés sur des toits d'immeuble, des soldats ont tiré à balles réelles sur des manifestants qui ripostaient avec des cocktails Molotov et des roquettes artisanales dans deux secteurs de la ville.

Des contestataires ont incendié des véhicules, dont un camion militaire, et lancé des pierres sur les soldats. A une intersection, un panneau annonçait une "zone de tirs à balles réelles". Ailleurs, un autre signalait une "zone de tirs à balles de caoutchouc". Tous deux ont été démantelés ensuite.

A la tombée de la nuit, des milliers de chemises rouges s'étaient massés aux abords d'un carrefour du quartier ouvrier de Klong Toey, utilisant un camion en guise de podium pour leurs dirigeants, ce qui pourrait annoncer leur déplacement vers un autre lieu d'occupation.

Des militaires ont ouvert le feu sur quatre personnes, dont un secouriste que l'on croit mort, dans ce secteur situé à deux kilomètres environ du quartier d'affaires de la capitale. Les combats se sont poursuivis dans la nuit dans deux quartiers.

L'OPPOSITION RESTE DÉTERMINÉE

Le quartier d'affaires a été le théâtre d'explosions de grenades et d'échanges de coups de feu, l'armée tentant d'établir un périmètre de sécurité autour du camp occupé par les manifestants depuis près de six semaines.

"Nous continuerons à nous battre", a déclaré Kwanchai Praipana, un responsable des chemises rouges, appelant le Premier ministre à prendre ses responsabilités. Les réserves de vivres, d'eau et de carburant commencent à s'amenuiser, a-t-il ajouté, mais devraient permettre de tenir plusieurs jours.

"Les soldats font peut-être quelques progrès en ce qui concerne l'isolement de la zone, mais le prix à payer est élevé", a déclaré Thitinan Pongsudhirak, professeur de sciences politiques à l'université de Chulalongkorn.

"Est-ce que le gouvernement va réussir à disperser la foule et s'engager vers une sortie de crise? La réponse est non (...) il y a encore un long chemin à parcourir."

Les affrontements ont éclaté jeudi soir après un tir qui a coûté la vie à l'ex-général Khattiya Sawasdipol, dit le "commandant rouge". Trois journalistes, deux Thaïlandais et un Canadien correspondant à Bangkok de France 24, ont été blessés.

Vendredi, le gouvernement misait sur un retour à la normale "dans les prochains jours". Un porte-parole de l'armée déclarait qu'environ 500 "terroristes" étaient réfugiés parmi les milliers de manifestants retranchés dans un camp de trois kilomètres carrés entouré de barricades faites de pneus, de bambous aspergés d'essence et de fils barbelés.

"Il est peu probable que cela se termine rapidement. Il va y avoir des escarmouches dans les prochains jours, mais nous restons confiants quant à notre capacité à faire diminuer le nombre (des manifestants) et à reprendre la zone", a dit un membre de l'entourage du chef de l'armée Anupong Paochinda.

Le secrétaire général de l'Onu, Ban Ki-moon, a appelé vendredi à un arrêt des violences.

Cette escalade fait suite à l'échec d'un plan de réconciliation présenté par le Premier ministre. Ce dernier a retiré mercredi son offre d'organiser des élections législatives le 14 novembre, soit un an avant la date prévue.

L'ambassade des Etats-Unis à proposé d'évacuer familles et associés de son personnel s'ils le souhaitaient, et elle a recommandé aux ressortissants américains d'éviter tout voyage à Bangkok.

Avec Martin Petty, Clément Dossin, Marine Pennetier et Philippe Bas-Rabérin pour le service français