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Le romancier Forsyth se documente à ses risques et périls

Frederick Forsyth, auteur de thrillers connu pour son sens minutieux de la documentation, s'est retrouvé en plein coup d'Etat en allant préparer son dernier roman, axé sur le trafic international de cocaïne. /Photo d'archives/REUTERS/Kieran Doherty

Frederick Forsyth, auteur de thrillers connu pour son sens minutieux de la documentation, s'est retrouvé en plein coup d'Etat en allant préparer son dernier roman, axé sur le trafic international de cocaïne. /Photo d'archives/REUTERS/Kieran Doherty - -

par Mike Collett-White LONDRES (Reuters) - Frederick Forsyth, auteur de thrillers connu pour son sens minutieux de la documentation, s'est retrouvé...

par Mike Collett-White

LONDRES (Reuters) - Frederick Forsyth, auteur de thrillers connu pour son sens minutieux de la documentation, s'est retrouvé en plein coup d'Etat en allant préparer son dernier roman, axé sur le trafic international de cocaïne.

L'ancien reporter, qui a connu le succès avec des livres comme "Chacal", "Le Dossier Odessa", "Les Chiens de guerre" ou "Le Quatrième Protocole", s'est rendu en 2009 en Guinée-Bissau pour étudier le rôle de ce pays dans l'acheminement de la cocaïne d'Amérique du Sud vers les marchés européens.

Le petit Etat ouest-africain s'est transformé en plaque tournante du trafic de drogue international et les pays vulnérables de la région voient transiter selon l'Onu des cargaisons de cocaïne évaluées à des milliards de dollars.

Soucieux d'en savoir plus pour son roman "Cobra", Forsyth a gagné l'ex-colonie portugaise en se faisant passer pour un ornithologue amateur. Mais un hic l'attendait.

"C'était bien ma veine d'atterrir pendant un coup d'Etat", a-t-il déclaré à Reuters lors d'une interview. "Quelqu'un avait fait sauter le chef de l'armée, les militaires venaient en ville pour le venger et j'ai atterri une heure avant qu'ils arrivent.

"Je me suis installé dans un hôtel et, ne parvenant pas à dormir, je lisais quand j'ai entendu une détonation de tous les diables dans la rue. Je savais que ce n'était pas le tonnerre mais une explosion", a ajouté le romancier britannique.

L'explosion et le tumulte qui a suivi étaient un attentat contre le président Joao Bernardo Vieira, qui fut apparemment tué pour venger l'assassinat, un peu plus tôt, du général Batista Tagme Na Wai, chef d'état-major des forces armées.

A son retour, Forsyth contractait une septicémie à la jambe gauche, vraisemblablement due à une piqûre ou à une écorchure en Afrique, et restait hospitalisé plusieurs semaines avant de reprendre ses recherches.

GUERRE AUX CARTELS

Dans "Cobra", qui paraît mardi aux Etats-Unis, il imagine ce qui se passerait si le président des Etats-Unis, personnage nettement inspiré ici de Barack Obama, déclarait une guerre tous azimuts aux cartels de trafiquants colombiens et aux intermédiaires impliqués dans les transferts de drogue.

En traitant les trafiquants et les membres des cartels en terroristes, il leur impose d'emblée une pression judiciaire plus forte - qui selon l'auteur faciliterait considérablement la traque des criminels.

"Dans toutes les interceptions, on relève un souci constant des droits humains des trafiquants de drogue", note Forsyth.

"Il faut les attraper vivants et les déférer devant un juge, ils peuvent engager des avocats aux tarifs élevés qui leur obtiennent la liberté sous caution (...) C'est ridicule, une vraie farce. Si on les requalifiait en tant que terroristes, on pourrait faire ce qu'on veut. Jusqu'ici, ce n'est pas le cas."

L'homme surnommé Cobra est Paul Devereaux, ex-directeur de la CIA dénué de scrupules qui dirige l'attaque clandestine dont le milieu des trafiquants est la cible dans le roman.

Il s'allie à un ancien héros militaire, Calvin Dexter, pour frapper au coeur du trafic - le transport de la cocaïne par mer. Il dispose d'un budget de 2 milliards de dollars pour attaquer des navires et corrompre des responsables dans le cadre d'une opération mondiale.

D'un pays à un autre, les opérations clandestines menées par des forces spéciales alternent avec le chantage. En supprimant une grande partie de l'approvisionnement des marchés en cocaïne, Devereaux déclenche une guerre ouverte entre gangs, mais quand la violence monte en spirale, le soutien du gouvernement américain se met à fléchir.

"Il semble que si l'on réduisait de moitié le volume (de cocaïne livré), (...) ces gens se retourneraient les uns contre les autres comme des loups qui manquent de chair fraîche", dit Forsyth. "(Ils) élimineraient un avion de ligne pour réduire un homme au silence."

Le lecteur peut se demander si les idées du romancier se révéleraient efficaces dans la réalité, mais il reconnaît qu'elles ont peu de chances d'être mises à l'épreuve.

Philippe Bas-Rabérin pour le service français