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Le pasteur américain qui veut brûler le coran tergiverse

Le pasteur Terry Jones, qui menace de brûler samedi des exemplaires du Coran à l'occasion du neuvième anniversaire des attentats du 11 septembre, dit vouloir se donner le temps de la réflexion avant de mettre son projet à exécution. /Photo prise le 8 sept

Le pasteur Terry Jones, qui menace de brûler samedi des exemplaires du Coran à l'occasion du neuvième anniversaire des attentats du 11 septembre, dit vouloir se donner le temps de la réflexion avant de mettre son projet à exécution. /Photo prise le 8 sept - -

WASHINGTON (Reuters) - Le pasteur américain qui menaçait de brûler des exemplaires du Coran à l'occasion du neuvième anniversaire des attentats du...

WASHINGTON (Reuters) - Le pasteur américain qui menaçait de brûler des exemplaires du Coran à l'occasion du neuvième anniversaire des attentats du 11-Septembre, samedi, dit vouloir se donner le temps de la réflexion avant de mettre son projet à exécution.

Chef d'une obscure congrégation protestante de Gainesville en Floride, Terry Jones a reporté cet autodafé après, a-t-il dit, la conclusion d'un accord sur la construction d'un centre musulman à proximité du site de Ground Zero à New York.

Selon le révérend, les promoteurs du projet immobilier ont accepté de déplacer le lieu d'édification de la mosquée après une médiation de l'imam Muhammad Musri, président de la Société islamique de Floride centrale.

Mais à New York, l'imam Feisal Abdul Rauf, à l'origine du projet de construction, a nié tout accord, provoquant une nouvelle intervention du pasteur dont l'église compte une trentaine de fidèles.

"Compte tenu de ce que nous entendons, nous sommes obligés de repenser notre décision", a déclaré Terry Jones sur CNN. "Pour le moment, nous ne renonçons pas à notre projet, nous le suspendons", a-t-il dit, estimant que l'imam Musri lui a menti.

Pour tenter de trouver une issue à cette affaire, le pasteur Jones a indiqué qu'il se rendrait samedi à New York en compagnie de l'imam Musri pour rencontrer l'imam Rauf. Mais dans un communiqué, ce dernier s'étonne des déclarations du pasteur Jones et de l'imam Musri et dit ne rien savoir d'une entrevue.

L'imbroglio a pris la tournure d'une affaire d'Etat avec des implications internationales.

Le secrétaire à la Défense, Robert Gates, a téléphoné à Terry Jones pour lui demander de renoncer à son initiative. Dans une brève conversation téléphonique, il a fait part de "sa grave inquiétude" et a expliqué qu'un autodafé "risquait de mettre en péril la vie de (nos) soldats, en particulier en Irak et en Afghanistan", a dit un porte-parole du Pentagone.

UNE "AUBAINE" POUR AL QAÏDA

Relayant les propos du ministre américain de la Défense, le président afghan Hamid Karzaï a lui aussi émis l'espoir que le pasteur Jones renonce à ses menaces.

"Le Coran est cher au coeur de tous les musulmans et un affront contre le livre saint serait une humiliation pour tout un peuple", a-t-il dit à la presse lors d'une intervention dans son palais après la prière du vendredi.

Plusieurs milliers d'Afghans se sont rassemblés devant des mosquées à Faizabad, dans le nord du pays, après les prières de l'Aïd el Fitr qui marque la fin du jeûne du ramadan. Le porte-parole du gouverneur de la province du Badakhshan a parlé d'une foule d'environ 10.000 personnes.

A l'issue du rassemblement, un homme a été abattu lors d'une attaque d'une base de l'Otan tenue par des soldats allemands. Des manifestants ont jeté des pierres contre l'enceinte militaire et un d'entre eux a été mortellement touché par balle, selon le porte-parole du gouverneur.

De son côté, le président indonésien, Susilo Bambang Yudhoyono, a appelé les autorités américaines à empêcher le révérend Jones de procéder à l'autodafé. L'Indonésie abrite la plus importante communauté musulmane du monde.

Des associations musulmanes et chrétiennes du Pakistan ont également dénoncé le projet du pasteur de Gainesville.

Jeudi, Barack Obama avait estimé que la décision de Jones risquait de provoquer des attentats suicides islamistes tout en reconnaissant ne pas avoir vraiment les moyens d'intervenir.

Interrogé sur ABC News, il a qualifié l'initiative du pasteur d'"aubaine" pour le recrutement de militants par Al Qaïda, qui a revendiqué les attaques du 11 septembre 2001.

"Il pourrait y avoir de graves violences dans des endroits tels que le Pakistan ou l'Afghanistan. Cela pourrait augmenter le recrutement d'individus prêts à se faire sauter dans des villes américaines ou européennes", a averti Barack Obama.

Interpol a lancé une alerte à ses 188 pays membres en prévision de possibles "violentes attaques visant des victimes innocentes". Le département d'Etat a mis en garde les Américains en déplacement à l'étranger contre les risques de manifestations anti-américaines.

Avec Ben Gruber à Gainesville et les rédactions de Washington, Miami, Kaboul et Djakarta, Henri-Pierre André, Jean-Stéphane Brosse et Pierre Sérisier pour le service français, édité par Gilles Trequesser