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Le pape sera fêté en Espagne mais le coût des JMJ est critiqué

Au premier jour des 26es Journées mondiales de la Jeunesse à Madrid, des pèlerins (au centre) passent devant des manifestants protestant contre les réductions de tarif accordées aux pèlerins étrangers dans les transports publics de la ville. En période de

Au premier jour des 26es Journées mondiales de la Jeunesse à Madrid, des pèlerins (au centre) passent devant des manifestants protestant contre les réductions de tarif accordées aux pèlerins étrangers dans les transports publics de la ville. En période de - -

par Judy MacInnes MADRID (Reuters) - Le pape Benoît XVI est assuré de recevoir jeudi un accueil enthousiaste de centaines de milliers de jeunes...

par Judy MacInnes

MADRID (Reuters) - Le pape Benoît XVI est assuré de recevoir jeudi un accueil enthousiaste de centaines de milliers de jeunes rassemblés à Madrid pour les Journées mondiales de la Jeunesse (JMJ) 2011 mais le coût des célébrations soulève des objections en période de crise économique.

Les critiques viennent d'abord des "Indignados" (Indignés), mouvement dont les jeunes partisans ont occupé en mai la place madrilène de la Puerta del Sol pour dénoncer la réduction des dépenses publiques, les difficultés économiques et un taux de chômage atteignant 21%.

Certains prêtres espagnols évoquent aussi les coûts et contestent des parrainages d'entreprises qu'ils jugent déplacés.

"Nous n'organisons pas une manifestation contre le pape, mais pour nous plaindre d'un événement très coûteux en temps de crise et de chômage élevé", déclare Evaristo Villar, prêtre et membre du réseau des Redes Cristianos, qui prévoit une manifestation mercredi soir, la veille de l'arrivée du pape.

"Un événement de cette sorte n'a pas sa place dans un pays qui compte cinq millions de chômeurs", ajoute-t-il.

DEUX MILLIONS DE PERSONNES ATTENDUES DIMANCHE

Un grief porte sur les réductions de tarif accordées aux pèlerins étrangers dans les transports publics, les habitants payant jusqu'à 50% plus cher un ticket de métro ou d'autobus.

Les organisateurs des JMJ soulignent que les pèlerins paieront pour participer à un événement qui, selon eux, rapportera environ 100 millions d'euros à l'Etat.

"Les JMJ sont une occasion unique pour l'économie espagnole, à un coût nul pour le contribuable", dit Fernando Gimenez Barriocanal, responsable financier des JMJ.

Benoît XVI, qui a participé aux JMJ de 2005 en Allemagne et de 2008 en Australie, est attendu jeudi en Espagne pour un événement placé sous le signe du renforcement de la foi.

Le souverain pontife se rendra vendredi au palais historique de l'Escurial, à 45 km nord-ouest de Madrid mais les grands moments de sa visite seront une veillée prévue samedi soir et surtout la messe qui clôturera les JMJ dimanche à l'aérodrome de Cuatro Vientos, au sud-ouest de la capitale.

On s'attend à ce que la messe attire environ deux millions de personnes. Un immense autel a été mis en place et le pape sera protégé du soleil ibérique par un arbre artificiel aux branches faites de barres métalliques dorées.

Deux cents confessionnaux mobiles blancs s'alignent dans le parc du Retiro de Madrid, en vue des confessions qui auront lieu samedi lors d'une "cérémonie du pardon".

FRICTIONS ENTRE L'ÉGLISE ET L'ÉTAT

Les détracteurs de ces 26es JMJ en évaluent le coût à 100 millions d'euros environ mais le gouvernement se refuse à évaluer ce que la visite pontificale lui coûtera. Un porte-parole officiel a dit que la plupart des dépenses concernaient des mesures de sécurité supplémentaires, en particulier le déploiement de milliers de policiers à Madrid.

En juin, des prêtres espagnols ont dit regretter que la visite du pape soit parrainée par des entreprises en vue comme la banque de Santander, Telefonica et Coca-Cola, estimant que cela donnait un air d'institution privilégiée à l'Eglise.

Des groupes homosexuels et des militants pro-avortement devraient se joindre aux manifestations.

L'Eglise catholique espagnole, dont l'image a été ternie par ses liens avec le régime franquiste, s'est vivement opposée au gouvernement socialiste de José Luis Rodriguez Zapatero sur les droits des homosexuels et l'avortement.

En 2005, l'Espagne est devenue le troisième pays du monde à légaliser le mariage gay. Cette loi, soutenue par Zapatero envers et contre l'Eglise, autorise les couples homosexuels mariés à adopter des enfants, ce que condamne le Vatican.

Durant la dernière visite de Benoît XVI en Espagne, en novembre 2010, des centaines de manifestants homosexuels s'étaient embrassés publiquement lorsqu'il était venu consacrer la cathédrale de la Sagrada Familia, à Barcelone.

Badu Holguin Del Orbe, 40 ans, qui est venu de République dominicaine pour les JMJ, écarte pour sa part les critiques.

"Nous traversons aussi une grave crise économique en Amérique latine. Vous n'imaginez pas ce que cela représente pour nous de devoir économiser deux ou trois ans pour un billet qui nous permet de venir témoigner de notre foi ici", dit-il.

Avec José Elias Rodriguez Canas, Philippe Bas-Rabérin pour le service français