BFMTV

Le pape François nomme trois cardinaux américains opposés aux Républicains

Blase Joseph Cupich pendant son office.

Blase Joseph Cupich pendant son office. - Goat_Girl via Wikimedia Creative Commons

Le pape François vient de nommer dix-sept nouveaux cardinaux. Parmi ceux-ci, on compte trois Américains, connus pour leurs engagements sur la question sociale et migratoire.

On le sait, le pape François aime envoyer des signaux politiques. Il le fait lors de ses interventions publiques comme lorsqu’en 2015, il décrivait le capitalisme comme "le fumier du diable". Parfois, c’est lors d’actes plus anodins de prime abord qu’il dessine la nouvelle orientation du Vatican.

Sa nomination de dix-sept nouveaux cardinaux ce dimanche en est un exemple éloquent. Pour commencer, la provenance de cette nouvelle promotion de cardinaux n’est pas anodine. Certains d’entre eux viennent ainsi de pays n’ayant jusqu’ici jamais eu de tels prélats: la Malaisie, le Lesotho, la République centrafricaine, le Bangladesh, la Papouasie-Nouvelle Guinée. Parmi le cortège, on note aussi la présence de Mario Zenari, représentant du pape en Syrie.

Dans le groupe des promus, trois noms retiennent particulièrement l’attention, ceux des trois hommes d’Eglise américains. Car si, comme le relève le New York Times, l’Eglise catholique est généralement associée à la droite de l’échiquier politique local du fait d’une opposition commune à l’avortement et au mariage entre personnes du même sexe, ces personnages sont bien connus pour leurs prises de positions peu compatibles avec l’actuel parti républicain.

"Cathos de gauche" aux Etats-Unis

Monseigneur Joseph William Tobin, du diocèse d’Indianapolis, s’est même frontalement opposé au ténor républicain de l’Indiana, Mike Pence, aujourd’hui colistier de Donald Trump dans la course à la Maison-Blanche. Il a ainsi milité pour que la ville accueille des réfugiés syriens en nombre alors que le gouverneur Mike Pence tentait, vainement, quant à lui d’empêcher cette installation.

L’archevêque Blase Joseph Cupich, archevêque de Chicago, a pour sa part demandé une refonte de la politique américaine dans le domaine de l’immigration qu’il espérait plus large. Enfin, Kevin Joseph Farrell, alors qu’il était évêque de Dallas, ville texane très conservatrice, a multiplié les appels en faveur du contrôle des armes sur le sol américain.

Des pasteurs "à l'odeur de brebis"

Mais ce qui lie ces trois prélats entre eux c’est leur parenté avec l’aile progressiste de l’Eglise et surtout un commun souci de la question sociale. A la tête du dicastère (mot désignant en quelque sorte un département au sein de la Curie) pour les laïcs, la famille et la vie depuis ce mois d’août, Kevin Joseph Farrell a ainsi reçu un surnom de la part du pape François. Comme pour illustrer cette fibre sociale, le pontife l'appelle ainsi "le pasteur à l’odeur de brebis". Oui, "l'odeur de brebis" fait bien partie du compliment. 

Certains engagement sont cependant plus explicites. Il y a un an, dans les colonnes du Chicago Tribune, Blase Joseph Cupich avait en effet signé la charge suivante:

"Nous ne devrions pas être moins horrifiés par l’indifférence envers les millions de gens qui meurent tous les jours à cause du manque de soins médicaux décents; qui voient leurs droits bafoués par un système d’immigration cassé et par le racisme; qui paient le prix de la violence dans des quartiers saturés d’armes; ou qui sont exécutés par l’Etat au nom de la justice."

Le calcul de François

Sur les questions de mœurs, enfin, les trois hommes sont sur la même ligne que le pape François et veulent une plus grande compréhension à l’égard des fidèles remariés ou des homosexuels.

Au-delà de ces profils, cette nouvelle vague de nominations de cardinaux, dont treize âgés de moins de quatre-vingts ans pourraient participer à un éventuel conclave, accroît une tendance déjà bien ancrée. A présent, le pape François a nommé 44 cardinaux sur les 120 pour le moment habilités à voter lors de sa succession. Succession que le pape François semble donc déjà préparer. Comme tout homme politique.

Robin Verner