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Le chef de la diplomatie allemande à Jérusalem, le projet d'annexion israélien au menu

Le ministre allemand des Affaires étrangères Heiko Maas (G) et son homologue israélien Gabi Ashkénazi (D), le 10 juin 2020 à Jérusalem

Le ministre allemand des Affaires étrangères Heiko Maas (G) et son homologue israélien Gabi Ashkénazi (D), le 10 juin 2020 à Jérusalem - Menahem KAHANA, AFP

Le chef de la diplomatie allemande Heiko Maas est arrivé mercredi à Jérusalem, où il va rencontrer le Premier ministre Benjamin Netanyahu, à l'approche d'une possible mise en oeuvre par Israël d'un projet controversé d'annexion de pans de la Cisjordanie occupée.

M. Maas doit tenir une conférence de presse avec son homologue israélien Gabi Ashkenazi à la mi-journée, avant de voir M. Netanyahu et le ministre de la Défense Benny Gantz. Il ira ensuite en Jordanie, sans passer par Ramallah (Cisjordanie), siège de l'Autorité palestinienne, en raison du "peu de temps" et des mesures anti-coronavirus, selon Berlin.

Cette visite, la première d'un dignitaire étranger depuis l'intronisation du nouveau gouvernement israélien, intervient en outre trois semaine avant le début de la présidence allemande de l'Union européenne, le 1er juillet.

C'est à partir de cette date également que le ce nouveau gouvernement d'union mené MM. Netanyahu et Gantz doit présenter sa stratégie pour traduire dans les faits le plan de l'administration américaine pour le Proche-Orient.

Annoncé fin janvier à Washington, ce projet, prévoit l'annexion par Israël de ses colonies et de la vallée du Jourdain en Cisjordanie --un territoire palestinien occupé par Israël depuis plus de 50 ans-- et la création d'un Etat palestinien sur un territoire amputé.

L'UE, qui s'oppose ouvertement au plan, a demandé au gouvernement israélien de renoncer à l'annexion, lui rappelant que la colonisation était contraire au droit international.

Israël redoute une réaction trop vive des Européens s'il annexe des parties de la Cisjordanie, où vivent 450.000 colons auprès de plus de 2,7 millions de Palestiniens.

- "Contre-proposition" -

Car si Washington est le premier allié diplomatique de l'Etat hébreu, Bruxelles est son premier partenaire commercial, avec des échanges ayant dépassé les 30 milliards d'euros l'an dernier, selon les données européennes.

"Pour la première fois, les alliés politiques européens discutent de sanctions contre Israël car nous le leur avons demandé", a assuré mardi le Premier ministre palestinien Mohammed Shtayyeh lors d'une conférence de presse, disant souhaiter qu'"Israël ressente la pression internationale".

"La reconnaissance (d'un Etat palestinien, NDLR) est une mesure préventive contre l'annexion et les sanctions en sont une autre, additionnelle", a ajouté M. Shtayyeh, en affirmant que les Palestiniens avaient soumis une "contre-proposition" au plan américain.

Le Premier ministre palestinien Mohammed Shtayyeh lors d'une conférence de presse à Ramallah, le 9 juin 2020
Le Premier ministre palestinien Mohammed Shtayyeh lors d'une conférence de presse à Ramallah, le 9 juin 2020 © ABBAS MOMANI, AFP

Ce texte, soumis "il y a quelques jours", prévoit la création d'un "Etat palestinien souverain, indépendant et démilitarisé", et propose d'apporter des "mineures modifications au tracé de frontières lorsque nécessaire", selon lui.

Heiko Maas s'entretiendra avec le Premier ministre palestinien par visioconférence, de Amman, où il rencontrera aussi son homologue Ayman Safadi.

Toujours sur le dossier palestinien, la Cour suprême israélienne a invalidé mardi une loi controversée permettant à Israël de s'approprier des centaines d'hectares en Cisjordanie occupée.

Cette loi, votée en 2017, permettait d'exproprier, contre compensation financière, les propriétaires palestiniens de terrains privés sur lesquels des colons juifs ont construit sans autorisation officielle.

Elle avait été suspendue en attendant que la Cour suprême statue sur sa validité au regard de la justice israélienne, qui fait une distinction entre les colonies reconnues par l'Etat hébreu et celles illégales au regard de la loi nationale.

- "Sanctions écrasantes" -

Par ailleurs, pour sa première visite hors d'Europe depuis le début de la pandémie de Covid-19, Heiko Maas abordera aussi avec ses interlocuteurs israéliens l'Iran et son allié le Hezbollah libanais, ennemis d'Israël.

Berlin fait partie des signataires européens, avec Paris et Londres, de l'accord sur le nucléaire iranien, dont les Etats-Unis ont claqué la porte en 2018 et dont Téhéran se désengage progressivement depuis mai 2019.

Le stock d'uranium enrichi iranien continue de grossir et Téhéran persiste à bloquer l'inspection de deux sites, a indiqué vendredi l'Agence internationale de l'énergie atomique.

Dans ce contexte, Israël appelle les Européens à suivre Washington en réimposant des "sanctions écrasantes" contre l'Iran.

Quant au Hezbollah, Berlin a annoncé fin avril l'interdiction sur son territoire des activités non seulement militaires mais aussi politiques du mouvement libanais pro-iranien.

Mais Israël souhaite que toute aide internationale accordée au Liban, qui connait une grave crise économique, soit assortie de réformes réduisant l'influence du Hezbollah dans le pays, ont indiqué à l'AFP des sources israéliennes.

Jérusalem (AFP), © 2020 AFP