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La route d'Ajdabiah en partie rouverte par les alliés

Bombardements des véhicules des forces kadhafistes par les aviations de la coalition, sur la route stratégique reliant Benghazi et d'Ajdabiah, dans l'est de la Libye. La route a été en partie rouverte par les alliés. /Photo prise le 20 mars 2011/REUTERS/G

Bombardements des véhicules des forces kadhafistes par les aviations de la coalition, sur la route stratégique reliant Benghazi et d'Ajdabiah, dans l'est de la Libye. La route a été en partie rouverte par les alliés. /Photo prise le 20 mars 2011/REUTERS/G - -

par Mohamed Abbas SUR LA ROUTE ENTRE BENGHAZI ET AJDABIAH, Libye, 20 mars (Reuters) - Les blindés et les véhicules des forces kadhafistes semblaient...

par Mohamed Abbas

SUR LA ROUTE ENTRE BENGHAZI ET AJDABIAH, Libye, 20 mars (Reuters) - Les blindés et les véhicules des forces kadhafistes semblaient avoir essuyé des pertes dimanche sur une route stratégique reliant les villes de Benghazi et d'Ajdabiah dans l'est de la Libye.

La zone d'exclusion aérienne autorisée par les Nations unies était effective dimanche, moins de 24 heures après le début des frappes des aviations engagées dans la force internationale, a indiqué l'amiral Mike Mullen, chef d'état major interarmes de l'armée américaine.

Cette intervention a été accueillie par des scènes de joie de la part des rebelles qui avaient été contraints de battre en retraite face à l'offensive terrestre et maritime de l'armée régulière appuyée par un soutien aérien.

Les insurgés embarqués à bord de 4x4 ont repris le chemin de la ville d'Ajdabiah, l'une des portes ouvrant sur l'est du pays, qui fut le théâtre de combats acharnés.

La route était une scène de désolation, dimanche. Un journaliste de Reuters a compté 14 cadavres bien que l'intensité des bombardements menés par la force internationale rende difficile l'identification des corps.

"C'est grâce à la France. Nous sommes sortis aujourd'hui et nous avons vu la route ouverte", a déclaré l'un des combattants, Tahir Sassi, surveillant la zone jonchée de véhicules calcinés et de poteaux électriques tordus ou coupés en deux.

Quatorze chars, 20 véhicules blindés de transport de troupes, deux camions équipés de lance-roquettes et des dizaines de pick-up étaient éparpillés le long de la bande de bitume témoignant de la puissance de feu déployée.

L'un des chars était réduit à un amas de tôle noircie et avait perdu sa tourelle. Un peu plus loin, à une centaine de mètres, des munitions continuaient d'exploser et des flammes léchaient les véhicules et les matériels détruits.

Les insurgés avaient imploré cette intervention militaire de la communauté internationale alors qu'ils étaient contraints de battre en retraite devant les troupes de Kadhafi qui, progressant vers Benghazi, promettaient de ne faire preuve d'"aucune pitié".

En pointe depuis le début du conflit, la France a été la première puissance à s'engager dans l'intervention aérienne avant que les Etats-Unis et la Grande-Bretagne tirent 110 missiles Tomahawk à partir de leurs bâtiments de guerre et leurs sous-marins croisant en Méditerranée.

"PLUMER KADHAFI COMME UN POULET"

"Kadhafi est comme poulet et la coalition est en train de lui arracher toutes ses plumes, de sorte qu'il ne puisse plus voler. Les révolutionnaires vont lui trancher la tête", dit Fathi Bin Saud, un rebelle de 52 ans armé d'un lance-roquettes.

"C'est fini de battre en retraite. A partir de maintenant, nous allons aller de l'avant", affirme-t-il. "La coalition n'a pas tout fait. Nous avons aussi contribué. Ils nous encouragent. Nous combattions avant qu'ils n'arrivent. Ils nous remontent le moral", ajoute-t-il.

Les insurgés étaient parvenus à atteindre la ville de Bin Djaouad à 525 km à l'est de Tripoli avant que les troupes loyalistes, mieux armées et mieux équipées, les contraignent à se replier sur Ajdabiah à plus de 700 km de la capitale.

A mesure de leur repli, les rebelles durent abandonner plusieurs villes côtières telles que Es Sider, Ras Lanouf et Brega.

A Benghazi, ville abritant le conseil national libyen, l'hôpital a recensé dimanche 32 morts et 66 blessés, dont des femmes et des enfants, victimes d'un assaut de l'armée régulière la veille.

Disposant principalement de véhicules tout terrain sur lesquels ils avaient monté des mitrailleuses, les opposants ne pouvaient pas faire face aux pilonnages de l'aviation et de l'artillerie libyennes.

Sur la route, certains corps sont calcinés. D'autres ont été recouverts par des couvertures. D'autres encore gisent le long de véhicules tandis qu'un est allongé dans une ambulance détruite. Des lambeaux de chairs et des flaques de sang tâchent le sol à côté de bandages déchirés.

Il semble que les forces de Kadhafi ont été prises au dépourvu lorsqu'une attaque a visé l'un de leurs camps à une vingtaine de kilomètres au sud de Benghazi.

Sur place, des vêtements et des couchages pour des centaines d'hommes sont dispersés sur une distance de 200 mètres de part et d'autre de la route, avec des bottes, des cigarettes et des cassettes audio.

De la viande a été abandonnée sur une broche. Les peaux de chèvres tuées récemment jonchent le sol.

"Dites aux Occidentaux de détruire Kadhafi doucement, par petits morceaux, comme il nous l'a fait pendant 40 ans", dit Djamal al Madjbouri, propriétaire d'une ferme voisine.

Pierre Sérisier pour le service français