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La reine entame sa visite en Irlande, une bombe neutralisée

La reine Elisabeth II, accueillie par le Premier ministre irlandais Enda Kenny et la présidente irlandaise Mary McAleese, à Dublin. La reine a entamé mardi en Irlande une visite d'Etat historique mais entourée de mesures de sécurité exceptionnelles après

La reine Elisabeth II, accueillie par le Premier ministre irlandais Enda Kenny et la présidente irlandaise Mary McAleese, à Dublin. La reine a entamé mardi en Irlande une visite d'Etat historique mais entourée de mesures de sécurité exceptionnelles après - -

par Carmel Crimmins et Padraic Halpin DUBLIN (Reuters) - La reine Elisabeth II a entamé mardi en Irlande une visite d'Etat historique mais entourée...

par Carmel Crimmins et Padraic Halpin

DUBLIN (Reuters) - La reine Elisabeth II a entamé mardi en Irlande une visite d'Etat historique mais entourée de mesures de sécurité exceptionnelles après la découverte d'une bombe artisanale témoignant de la persistance d'une minorité hostile.

Cette visite, la première d'un monarque britannique depuis l'accession de l'Irlande à l'indépendance en 1921, a pour objet de mettre en lumière les relations de bon voisinage qui ont remplacé des siècles d'animosité. La reine et son époux, le duc d'Edimbourg, n'ont pas semblé perturbés par l'alerte à la bombe.

La reine, vêtue d'un manteau vert émeraude et d'un chapeau assorti, a été accueillie par le ministre irlandais des Affaires étrangères, Eamon Gilmore, à son arrivée à l'aérodrome militaire de Casement, qui porte le nom d'un diplomate britannique exécuté en 1916 pour soutien présumé à la cause nationaliste irlandaise.

Elle a rencontré la présidente Mary McAleese, catholique originaire d'Irlande du Nord et championne du rapprochement entre les deux pays, dans le cadre d'une cérémonie d'accueil suivie d'un déjeuner dont le menu comprenait turbot grillé et "boxty", plat irlandais traditionnel à base de pommes de terre.

Devant la résidence présidentielle, qui fut autrefois celle des vice-rois britanniques en Irlande, la reine a passé en revue une garde d'honneur et a été saluée par 21 coups de canon.

SÉCURITÉ SANS PRÉCÉDENT

Sous le ciel couvert de la capitale, des habitants ont réagi avec dégoût à la découverte d'un engin explosif dans le compartiment à bagages d'un autobus en route pour Dublin.

"C'est moche. Ils nous ramènent au Moyen Age", a dit Tom O'Neill, représentant de commerce de 34 ans. "Il y a encore en Irlande des gens qui ont à surmonter toute la question anglaise. Ce sont nos voisins."

On soupçonne des dissidents nationalistes opposés à la présence britannique en Ulster d'avoir posé la bombe, que l'armée a neutralisée dans la ville de Maynooth, à 25 km de Dublin, après un avertissement téléphonique adressé à la police.

L'Irlande a monté la plus grande opération de sécurité de son histoire pour la visite de quatre jours qu'accomplit la reine et pour la venue, deux jours plus tard, du président américain Barack Obama.

De nombreuses rues étaient barrées dans la capitale et des barricades érigées sur des kilomètres. Environ 4.000 policiers et près de 2.000 soldats patrouillaient dans le centre-ville. Des milliers de bouches d'égout ont été fermées et des dissidents présumés ont été interpellés et interrogés.

L'arrivée du couple royal coïncide avec le 37e anniversaire des attentats de Dublin et Monaghan le 17 mai 1974, le jour le plus meurtrier en trois décennies de conflit nord-irlandais.

Des parents de victimes ont déposé une gerbe sur le site d'une des explosions à Dublin peu avant l'arrivée de la reine.

Un groupe républicain hostile au processus de paix en Irlande du Nord, l'Ira-véritable, a récemment menacé de tuer des policiers britanniques et annoncé que la reine d'Angleterre n'était pas la bienvenue en territoire irlandais.

"L'AUTRE MOITIÉ"

Malgré l'accord de paix de 1998 qui a globalement mis fin au conflit qui durait depuis trente ans en Irlande du Nord, les actes de violence y sont en hausse. Pour la première fois depuis deux ans, un policier y a été tué en avril par une bombe.

Lundi, le Mall de Londres, large avenue menant au palais de Buckingham, avait été fermé à la suite d'une alerte à la bombe.

La visite royale est axée sur la réconciliation et vise à renouer les liens, fondés sur une longue émigration irlandaise, qui ont uni les deux pays malgré leurs antagonismes.

Près d'un Britannique sur dix passe pour avoir un grand-parent irlandais, ce qui donne droit à la nationalité du pays. Les Irlandais suivent de près l'évolution des clubs de football anglais et leur république de 4,5 millions d'habitants est le premier débouché de nombreux produits anglais. L'Irlande n'a rompu ses derniers liens avec la monarchie qu'en 1948.

En Ulster, les irréductibles prolongent le conflit entre protestants partisans du maintien de la province au sein du Royaume-Uni et catholiques souhaitant son rattachement à la République d'Irlande.

Les Irlandais n'auront que des visions fugaces du couple royal à bord d'une Land Rover blindée louée en Irlande du Nord.

Mais Kathleen Hannon et sa soeur Jean Caulderbanks, 60 et 64 ans, ne manqueront pas le spectacle. "Nous avons grandi en observant la famille", dit Hannon sous une statue de l'écrivain James Joyce à Dublin. "Nous sommes allées à Buckingham et là où est inhumée Lady Diana. Nous ne sommes pas protestantes, nous aimons simplement voir comment vit l'autre moitié."

Jean-Stéphane Brosse et Philippe Bas-Rabérin pour le service français