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La polémique monte aux Etats-Unis sur la répression des manifestants

Manifestation à New York contre les violences policières, le 4 juin 2020

Manifestation à New York contre les violences policières, le 4 juin 2020 - Angela Weiss, AFP

La polémique montait vendredi aux Etats-Unis face à la répression policière des manifestations contre les inégalités raciales, en quête d'un nouveau souffle après dix jours de rassemblements qui ont embrasé le pays et les hommages rendus la veille à George Floyd.

Plusieurs vidéos montrant des interventions policières musclées face à des manifestants pacifiques ont émergé ces derniers jours.

La dernière en date, diffusée jeudi soir, montre un manifestant fermement repoussé par un policier alors qu'il est seul face à des dizaines d'entre eux dans la ville de Buffalo, à l'extrême nord de l'Etat de New York.

On y voit l'homme, âgé de 75 ans, tomber en arrière, sa tête heurtant lourdement le sol, et personne pour lui porter immédiatement secours.

Un premier communiqué officiel affirmait que le manifestant, qui saignait abondamment et semblait avoir perdu connaissance, avait "trébuché et chuté".

Devant l'indignation provoquée par cette réaction, deux policiers impliqués dans l'incident ont été suspendus, et le gouverneur de l'Etat de New York Andrew Cuomo a appelé vendredi à ce qu'ils soient limogés.

Le maire de New York Bill de Blasio s'est aussi fait huer jeudi par des milliers de personnes lors d'une cérémonie pour George Floyd à Brooklyn pour n'avoir pas condamné une charge de la police intervenue la veille au soir contre des manifestants qui ne commettaient aucune violence.

Dans un éditorial, le New York Times appelle le maire, qui a imposé un couvre-feu d'une semaine mardi après des scènes de pillage au coeur de Manhattan, à "ouvrir les yeux" et à cesser d'affirmer que la police faisait preuve d'une grande "retenue", comme il l'a répété jeudi.

A l'autre bout du pays, dans l'Etat de Washington, la maire de Tacoma a demandé le limogeage de policiers impliqués dans la mort d'un homme noir le 3 mars, après la diffusion d'une nouvelle vidéo semblant les montrer en train de s'acharner sur l'homme, déjà plaqué au sol au bord de la route.

A Indianapolis, dans le Midwest, la police enquêtait après la publication d'une autre vidéo montrant des policiers sortant matraques et gaz poivré lors de l'arrestation d'une manifestante dimanche.

Le slogan "Black Lives Matter" peint en lettres capitales sur la chaussée d'une grande artère de Washington menant à la Maison Blanche, le 5 juin 2020
Le slogan "Black Lives Matter" peint en lettres capitales sur la chaussée d'une grande artère de Washington menant à la Maison Blanche, le 5 juin 2020 © Daniel SLIM, AFP

Dans la capitale Washington, où la police avait violemment dispersé lundi une manifestation pacifique près de la Maison Blanche, la maire Muriel Bowser a appelé vendredi Donald Trump à retirer les forces fédérales déployées dans sa fille et fait peindre en lettres capitales le slogan "Black Lives Matter" (Les vies noires comptent) sur une artère menant au siège de l'exécutif américain.

Le ministre de la Justice William Barr a reconnu jeudi qu'il y avait des problèmes "de longue date" dans la façon dont la police américaine traitait la minorité noire, mais il a aussi défendu vigoureusement l'action des forces de l'ordre après ce qu'il a qualifié de "crescendo" de violences à Washington le weekend dernier.

- "George nous regarde de là-haut" -

Ces récents exemples de violences policières ne peuvent qu'alimenter le mouvement d'ampleur qui secoue les Etats-Unis depuis la mort de George Floyd, un Afro-Américain de 46 ans, lors de son interpellation le 25 mai à Minneapolis.

Ce alors même que certaines revendications des manifestants ont fini par être entendues: le policier blanc qui a appuyé pendant près de neuf minutes son genou sur le cou de George Floyd a été inculpé mercredi d'homicide volontaire -- et non plus involontaire -- et les trois autres agents présents inculpés de complicité.

Carte des Etats-Unis localisant les manifestions contre le racisme le 4 juin, et les principaux points chauds depuis le 25 mai et la mort de George Floyd
Carte des Etats-Unis localisant les manifestions contre le racisme le 4 juin, et les principaux points chauds depuis le 25 mai et la mort de George Floyd © Sébastien CASTERAN, AFP

Après dix jours de manifestations dans quelque 150 villes américaines, qui ont rencontré un large écho à l'étranger, de nombreux rassemblements étaient encore attendus vendredi, notamment à New York, et beaucoup s'interrogeaient sur l'ampleur qu'ils prendraient ce weekend.

Les pillages survenus au début du mouvement dans plusieurs villes se sont arrêtés, et les manifestations des deux derniers jours se sont déroulés globalement dans le calme.

Plusieurs villes, dont Washington, Seattle et Los Angeles, ont désormais levé leur couvre-feu, mais pas New York, où il sera maintenu jusqu'à dimanche soir.

Donald Trump, qui ne cesse d'appeler à rétablir l'ordre public, a appelé à nouveau vendredi les Etats qui ne l'ont pas fait, comme New York, à appeler en renfort la Garde nationale.

Donald Trump lors d'une conférence de presse dans les jardins de la Maison Blanche, le 5 juin 2020
Donald Trump lors d'une conférence de presse dans les jardins de la Maison Blanche, le 5 juin 2020 © Mandel NGAN, AFP

Mais à cinq mois de l'élection présidentielle, il a lié de façon surprenante les manifestations à ses espoirs de reprise de l'économie, après une baisse surprise du chômage en mai.

"J'espère que George (Floyd) nous regarde de là-haut en pensant que ce qui arrive au pays est grandiose. C'est un grand jour pour lui, c'est un grand jour pour tout le monde", a dit le président américain.

Une grande manifestation se profile déjà pour la fin août à Washington: lors d'une cérémonie à la mémoire de George Floyd jeudi à Minneapolis, le révérend Al Sharpton a appelé à défiler dans la capitale le jour-anniversaire de la "marche sur Washington" emmenée par Martin Luther King le 28 août 1963.

Catherine TRIOMPHE, New York (AFP), © 2020 AFP