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La Libye se prépare à une intervention étrangère

LA VILLE DE MISRATA BOMBARDÉE, LES FORCES DE KADHAFI AUX PORTES DE BENGHAZI

LA VILLE DE MISRATA BOMBARDÉE, LES FORCES DE KADHAFI AUX PORTES DE BENGHAZI - -

par Maria Golovnina et Patrick Worsnip TRIPOLI/NATIONS UNIES (Reuters) - Plusieurs pays, dont la France, s'apprêtent à intervenir militairement en...

par Maria Golovnina et Patrick Worsnip

TRIPOLI/NATIONS UNIES (Reuters) - Plusieurs pays, dont la France, s'apprêtent à intervenir militairement en Libye pour soutenir l'insurrection face aux forces de Mouammar Kadhafi, qui se trouveraient aux portes de Benghazi, dans l'Est, fief des rebelles et deuxième ville du pays.

Après d'âpres tractations diplomatiques, le Conseil de sécurité des Nations unies a adopté jeudi soir une résolution autorisant l'instauration d'une zone d'exclusion aérienne au-dessus de la Libye et le recours à tous les moyens nécessaires, c'est-à-dire militaires, pour protéger les populations civiles.

Plusieurs pays, dont l'Allemagne, la Russie et la Chine, qui a exprimé ses "sérieuses réserves", n'ont pas voté en faveur de cette résolution parrainée par la France, la Grande-Bretagne, le Liban et les Etats-Unis, et se sont abstenus.

La France participera aux opérations militaires qui seront menées contre la Libye "rapidement", voire "dans quelques heures", a dit vendredi matin le porte-parole du gouvernement français, François Baroin.

Des pays arabes devraient participer à cet effort militaire, a-t-on appris de sources diplomatiques.

Sur le terrain, Saïf al Islam, a annoncé que l'armée libyenne allait se déployer autour de Benghazi sans y pénétrer et que des unités antiterroristes y seraient envoyées pour désarmer les insurgés. Les forces gouvernementales vont en outre aider les habitants à quitter la ville, selon ce fils du dirigeant libyen, cité par la chaîne de télévision Al Djazira.

MISRATA BOMBARDÉE

Par ailleurs, les forces fidèles au régime de Mouammar Kadhafi bombardent à l'arme lourde Misrata, dernier grand bastion rebelle de l'Ouest libyen. Selon la chaîne de télévision Al Arabia, ces bombardements ont fait quatre morts et 70 blessés.

Après le vote de l'Onu, le président américain Barack Obama, son homologue français Nicolas Sarkozy et le Premier ministre britannique, David Cameron, se sont entretenus par téléphone pour coordonner leurs prochaines initiatives.

La France et la Grande-Bretagne semblent déterminées à participer à une intervention militaire, qui consisterait notamment à clouer au sol l'aviation libyenne, détruire ses systèmes de défense anti-aérienne, couper les communications des forces de Kadhafi et entraver leurs déplacements.

Un responsable américain a en revanche déclaré qu'il ne fallait pas s'attendre à une action immédiate des Etats-Unis.

Réticente dans un premier temps, l'administration américaine a finalement apporté son soutien aux initiatives franco-britanniques en faveur d'une intervention militaire en Libye en raison de l'appel en ce sens formulé par la Ligue arabe, ont souligné des diplomates.

Le secrétaire général de la Ligue arabe, Amr Moussa, a déclaré à Reuters que "certains pays arabes" étaient prêts à évoquer leur participation à l'instauration d'une zone d'exclusion aérienne en Libye.

OTAN ET UE DIVISÉES

L'intervention militaire qui se profile suscite des divisions au sein de l'Otan mais aussi de l'Union européenne.

L'Otan doit débattre ce vendredi de la résolution de l'Onu. La Turquie, seul pays musulman membre de l'Alliance atlantique, s'est prononcée contre le recours à la force.

L'Allemagne s'est pour sa part démarquée de la France et de la Grande-Bretagne en soulignant les "dangers et les risques considérables" d'une intervention militaire en Libye.

Saïf al Islam a assuré que la décision du Conseil de sécurité de l'Onu n'effrayait pas la Libye.

Avant l'adoption de cette résolution n°1973, Mouammar Kadhafi a prévenu les habitants de Benghazi que seuls ceux qui déposeraient les armes éviteraient la vengeance promise aux "rats et aux chiens".

"C'est fini, le problème est réglé", a dit le dirigeant libyen. "Nous arrivons ce soir, nous vous trouverons jusque dans vos toilettes. Nous ne ferons preuve d'aucune miséricorde ni d'aucune pitié."

Cette menace n'a pas été mise à exécution dans l'immédiat.

Les forces terrestres de Mouammar Kadhafi ont repoussé les insurgés jusqu'aux abords de Benghazi, d'où est partie la rébellion à la mi-février. Les combats se concentrent sur la principale route longeant la Méditerranée.

Avec les journalistes de Reuters à Benghazi, Tripoli et Tunis et la rédaction française à Paris, Bertrand Boucey pour le service français, édité par Gilles Trequesser