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La France indemnise les victimes de la Shoah aux Etats-Unis

Entre 1942 et 1944, la SNCF avait déporté 76.000 juifs de France vers les camps de la mort.

Entre 1942 et 1944, la SNCF avait déporté 76.000 juifs de France vers les camps de la mort. - Gérard Julien - AFP

La France va verser 60 millions de dollars aux Etats-Unis pour indemniser les victimes de l'Holocauste transportées par la SNCF vers les camps de la mort. Derrière l'accord, signé ce lundi, un enjeu financier pour la SNCF.

Soixante-dix ans après la fin de la Seconde guerre mondiale, Paris débloque 60 millions de dollars, soit 49 millions d'euros, pour indemniser des victimes américaines de la Shoah.

Un accord entre la France et les Etats-Unis signé ce lundi va permettre à un fonds d'indemnisation de voir le jour. Des centaines de personnes seraient concernées par cette indemnisation. Chaque déporté survivant devrait ainsi recevoir environ 100.000 dollars, soit 81.500 euros. Les membres de la famille, conjoint ou descendants qui en font la demande, percevront quant à eux plusieurs dizaines de milliers de dollars. 

Il s'agit ici de victimes non-Françaises qui ne remplissaient pas les critères d'indemnisation. Les victimes qui ont émigré ou qui étaient arrivées en France après le début de la guerre n'avaient pas pu être indemnisées jusqu'ici par la France.

La SNCF écartée des marchés américains

L'accord est symbolique mais surtout financier pour la SNCF, qui cherche à gagner du terrain aux Etats-Unis. Depuis plusieurs années, des élus américains écartaient la compagnie française d'appels d'offres aux Etats-Unis, au motif que la SNCF n'y avait pas indemnisé les victimes de la déportation. En février dernier, des élus du Maryland, un Etat de la côte est, avaient brandi cette menace.

En 2011, le président de la SNCF Guillaume Pépy avait reconnu que l'entreprise publique avait été un "rouage de la machine nazie d'extermination". La SNCF a déporté 76.000 juifs entre 1942 et 1944. Mais la responsabilité de la SNCF n'a jamais été retenue devant les tribunaux. En 2007, la cour administrative d'appel de Bordeaux avait estimé que pendant l'Occupation, la SNCF n'avait eu aucune autonomie de décision pour les déportations: l'entreprise était alors réquisitionnée par les Allemands. 

Immunité grâce au monopole d'Etat

Des actions ont également été menées devant les tribunaux américains pour faire condamner la SNCF. Mais la justice américaine avait estimé qu'en raison du monopole d'Etat dont bénéficie la SNCF, elle bénéficiait d'une immunité réservée aux Etats étrangers.

Cet accord avec les Etats-Unis ouvre la voie à l'obtention de nouveaux contrats pour la SNCF. Les associations qui avaient plaidé pour que l'entreprise indemnise elle-même les victimes, et non pas l'Etat, saluent malgré tout l'accord. Pour l'association Coalition for Holocaust rail justice, le fonds d'indemnisation mis en place est "un important aveu par la SNCF et le gouvernement français qu'ils ont été complices des atrocités de l'Holocauste". L'accord entrera en vigueur après avoir été validé par le Parlement sous forme d'amendement à la loi de 1948.

Carole Blanchard