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L'ONU adopte une résolution condamnant le racisme systémique, sans citer les États-Unis

Philonise Floyd s'exprime dans une vidéo diffusée au Conseil des droits de l'Homme de l'ONU à Genève le 17 juin 2020

Philonise Floyd s'exprime dans une vidéo diffusée au Conseil des droits de l'Homme de l'ONU à Genève le 17 juin 2020 - Fabrice COFFRINI © 2019 AFP

Dans sa version initiale, la résolution réclamait l'établissement d'une commission d'enquête internationale indépendante pour faire la lumière sur le "racisme systémique" aux Etats-Unis. Mais le texte a été progressivement édulcoré.

Une résolution condamnant le racisme systémique et les violences policières a été unanimement adoptée vendredi par le Conseil des droits de l'Homme de l'ONU à l'issue d'un débat historique et après le retrait d'une mention ciblant spécifiquement les Etats-Unis.

Le Conseil des droits de l'Homme, instance onusienne basée à Genève et dont Washington s'est retiré en 2018, a adopté par consensus cette résolution présentée par des pays africains dans le cadre d'une réunion d'urgence convoquée après la mort de George Floyd, un quadragénaire afro-américain asphyxié par un policier blanc lors de son interpellation le 25 mai à Minneapolis.

Une première version ciblait les États-Unis

Pour obtenir des réformes, le frère de la victime s'est adressé mercredi à l'ONU dans un vibrant message vidéo. "Vous avez le pouvoir de nous aider à obtenir justice", a lancé Philonise Floyd.

Dans sa version initiale, la résolution réclamait l'établissement d'une commission d'enquête internationale indépendante pour faire la lumière sur le "racisme systémique" aux Etats-Unis. Ce type de commission est une structure de haut niveau généralement réservée aux grandes crises comme le conflit syrien. Mais le texte a été progressivement édulcoré et ne cible plus nommément les Etats-Unis, déclenchant l'ire de plusieurs ONG.

"En harcelant d'autres pays pour édulcorer ce qui aurait été une résolution historique, et s'exonérer ainsi de toute enquête internationale, les Etats-Unis tournent le dos encore une fois aux victimes des violences policières et aux personnes noires", a ainsi déploré la puissante American Civil Liberties Union (ACLU).

Il se contente de demander à la Haut-Commissaire aux droits de l'Homme Michelle Bachelet "de préparer un rapport sur le racisme systémique, les violations du droit international en matière de droits de l'Homme et les mauvais traitements contre les Africains et les personnes d'origine africaine par les forces de l'ordre".

Sans mentionner les Etats-Unis, Michelle Bachelet avait dénoncé mercredi devant le Conseil "le racisme systémique" et appelé à "faire amende honorable" pour des siècles d'oppression des populations noires, avec "des excuses officielles" et des "réparations".

Après une minute de silence observée pour toutes les victimes du racisme, la secrétaire générale adjointe de l'ONU, Amina Mohammed, avait elle relevé dans un message vidéo qu'il était de la "responsabilité" des Nations unies de répondre aux victimes de racisme.

Les "condamnations" ne suffisent pas

Avant l'ouverture de la réunion mercredi, une vingtaine de hauts fonctionnaires de l'ONU d'origine ou d'ascendance africaine, parmi lesquels le chef de l'OMS, Tedros Adhanom Ghebreyesus, avaient signé à titre personnel une déclaration estimant que "la simple condamnation des expressions et des actes de racisme ne suffit pas".

Le groupe des pays africains au sein du CDH a fait des "nombreuses concessions" pour "garantir le consensus" autour du texte, a reconnu le représentant du Burkina-Faso au nom de ces Etats avant son adoption. Il faut mettre en place une "commission d'enquête indépendante sur les personnes noires tuées par la police aux Etats-Unis et sur la violence déployée contre des manifestants pacifiques", a-t-il souhaité. À Genève, l'ambassadeur américain auprès des Nations unies, Andrew Bremberg, a souligné cette semaine la "transparence" dont fait preuve son pays en matière de lutte contre la discrimination et l'injustice raciales.

Après un timide décret du président Donald Trump, les sénateurs républicains ont présenté mercredi un projet de loi qui s'attaque aux "clés d'étranglement" et à la formation des agents de police, sans toutefois s'attaquer à la large immunité dont ils bénéficient depuis des années.

R.B. avec AFP