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L'islamiste Mohamed Morsi élu président en Egypte

Des partisans de Mohamed Morsi brandissent son portrait place Tahrir, au Caire.

Des partisans de Mohamed Morsi brandissent son portrait place Tahrir, au Caire. - -

C'est le candidat des Frères musulmans, Mohamed Morsi, qui a été élu président de l’Égypte dimanche en battant au second tour de l'élection l'ancien général Ahmed Chafik. Une victoire immédiatement célébrée dans la liesse place Tahrir au Caire, et partout ailleurs en Égypte.

Mohamed Morsi, candidat des Frères musulmans, a été élu président de l'Egypte dimanche avec 51,7% des suffrages, en battant au second tour de l'élection présidentielle l'ancien général Ahmed Chafik. C’est le premier président depuis soixante ans à ne pas être issu des rangs de l'armée. Après la proclamation officielle de sa victoire par la commission électorale, Mohamed Morsi a salué « un moment historique » pour l'Egypte, en promettant d'être « le président de tous les Egyptiens ».
Sa victoire a été accueillie dans la liesse par la population. Dès l’annonce des résultats, des dizaines de milliers d'Égyptiens se sont rassemblés sur la place Tahrir, au Caire, pour célébrer la victoire de Mohamed Morsi. « Dieu est grand ! », ont crié les partisans du candidat des Frères musulmans.

« Le monde ne doit pas avoir peur des islamistes »

« La révolution est un succès ! », s'est exclamé Ahmed Mostafa, un analyste de données de 23 ans, venu sur la place où est née la révolution qui a chassé du pouvoir Hosni Moubarak en février 2011. « Le monde ne doit pas avoir peur des islamistes, a-t-il ajouté. Ils feront de l'Egypte un endroit où on vivra mieux ». « L'armée doit partir », a scandé la foule, faisant allusion au Conseil suprême des forces armées (CSFA) qui gouverne l'Egypte depuis la chute de l'ancien "raïs", Hosni Moubarak.
A l'autre bout de la ville, quelques centaines de partisans d'Ahmed Chafik, dernier chef de gouvernement d'Hosni Moubarak et adversaire malheureux de Mohamed Morsi, disaient leur déception. « Il n'y a plus aucune sécurité dans le pays. Nous avons peur et on ne peut pas faire confiance aux Frères », a déclaré Mohamed Nagi, âgé de 25 ans. Certains partisans d'Ahmed Chafik ont abordé des femmes dont les cheveux étaient découverts pour leur dire qu'elles seraient bientôt obligées de porter le voile islamique, bien que Mohamed Morsi se soit engagé à ne pas imposer de telles mesures.

Vers une instauration de la charia ?

C’est une des craintes d’une partie de la population égyptienne et de la communauté internationale : que les Frères musulmans instaurent dans le pays la charia, la Loi islamique, comme en Iran. Robert Solé, journaliste au Monde et écrivain d’origine égyptienne se veut rassurant : « Les Egyptiens sont habitués à avoir un président tout puissant qui décide de tout, un pharaon. Là ce ne sera pas le cas. Mohamed Morsi est un président au pouvoir limité qui ne pourra pas imposer la charia. Car la constitution n'est pas écrite et il ne pourra pas compter sur le parlement qui vient d'être dissous. Il devra compter avec l'armée. Chaque décision qu'il prendra fera l'objet d'une négociation, sinon d'un bras de fer avec l'armée ».
Pour Benjamin Stora, historien et professeur d’histoire du Maghreb contemporain, « le problème pour les Frères musulmans qui arrivent au pouvoir aujourd'hui, c'est que l'Egypte est dans une situation économique et sociale de plus en plus dramatique. En particulier avec la crise de l'industrie touristique, la fuite des touristes effrayés par la nouvelle situation du pays. Donc il est évident que quel que soit la nature du pouvoir qui va se mettre en place, il existe un très fort mécontentement social. Donc c'est un pouvoir qui ne pourra pas prendre n'importe quelle mesure indépendamment des mouvements sociaux qui traversent aujourd’hui la société égyptienne, forte de 80 millions d'habitants ».

La Rédaction avec Amélie Rosique