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L'armée libyenne avance dans l'Est, mutinerie à Misrata

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Les forces gouvernementales libyennes ont pris dimanche le contrôle de la ville pétrolière stratégique de Brega, sur la route de Benghazi dans l'est du pays, que les insurgés ont évacuée après un violent bombardement.

Après l'appel de la Ligue arabe samedi à l'Onu en faveur de l'instauration d'une zone d'exclusion aérienne dans le ciel libyen, les contacts se poursuivent au niveau international sur cette option qui permettrait de clouer au sol l'aviation du "Guide" libyen, au pouvoir depuis 1969.

Pour Tripoli, cette résolution de la Ligue arabe enfreint de manière "inacceptable" la charte de l'organisation panarabe. Le gouvernement libyen s'est dit par ailleurs prêt à recevoir une délégation de l'Union africaine, qui tentera de résoudre la crise.

La perte de Brega par les rebelles, au lendemain de celle de Ras Lanouf, autre terminal pétrolier du golfe de Syrte à cent kilomètres plus à l'ouest, fait sauter un nouveau verrou sur la route de Benghazi, capitale de la rétive Cyrénaïque et fief des rebelles, à 220 km plus au nord.

Elle réduit aussi considérablement les fournitures énergétiques dont peuvent bénéficier les insurgés dans l'est du pays.

"Brega a été nettoyée des bandes armées" a claironné la télévision publique libyenne.

Les ports pétroliers ont été sécurisés après la fin des "actes de sabotages", a-t-elle ajouté en appelant à la reprise du travail.

REBELLES DÉMORALISÉS

Dans la ville d'Ajdabiah, voisine de Brega, les insurgés semblaient démoralisés. "Dans une demi-heure, peut-être, leurs roquettes peuvent nous tomber dessus", se lamentait un combattant rebelle, Massoud Bouissir, à l'entrée ouest de la ville.

"Le soulèvement, c'est fini...", disait un autre, Nabil Tidjouri. "Hier ils étaient à Ras Lanouf, aujourd'hui ils sont à Brega, après-demain ils seront à Benghazi."

"Obama, envoie-nous tes 'marines' pour nous débarrasser de Kadhafi et tu auras tout le pétrole que tu veux", lançait un autre insurgé, Younis.

Plus à l'ouest, l'attaque des troupes kadhafistes lancée la veille contre Misrata, troisième ville de Libye à 200 km à l'est de Tripoli, semblait marquer le pas à la suite de mutineries au sein de l'armée, ont déclaré les rebelles.

Les insurgés affirment qu'une trentaine de gouvernementaux, dont un général, les ont rejoints et que des affrontements opposaient dimanche devant la ville assiégée loyalistes et soldats mutinés.

Tripoli a démenti ces informations. "C'est n'importe quoi, cela ne repose sur rien", a dit le porte-parole du gouvernement, Moussa Ibrahim. "L'armée encercle le centre de Misrata, elle est dans la ville. Les chefs de tribus discutent avec les rebelles pour qu'ils acceptent de se rendre", a-t-il ajouté.

Misrata reste la dernière ville de l'ouest du pays à tenir tête aux forces loyalistes, après la chute en fin de semaine de Zaouïah, à 50 km à l'ouest de Tripoli.

Les journalistes n'ont pas accès à la ville et les informations qui en proviennent ne peuvent être vérifiées de source indépendante.

"Depuis le début de la matinée, les forces de sécurité (kadhafistes) s'affrontent, nous entendons les combats", a dit par téléphone à Reuters un combattant rebelle de la ville, Mohammed.

"LA DISCORDE CHEZ NOS ENNEMIS, UN SIGNE DE DIEU"

"La discorde chez nos ennemis, c'est un signe de Dieu. C'est arrivé alors que nous pensions que c'était la fin pour nous. Maintenant nous attendons de voir ce qui va se passer."

"La situation dans le centre-ville est très calme. Il n'y a pas de combats en ce moment. Les gens sortent pour faire leurs courses", a dit un porte-parole des rebelles.

Selon plusieurs témoignages, le fer de lance de l'assaut contre Misrata devait être la 32e brigade de l'armée, une unité d'élite commandée par l'un des fils Kadhafi, Khamis.

L'appel de la Ligue arabe samedi à décrété une zone d'exclusion aérienne dans le ciel libyen a été saluée par les Occidentaux.

La Maison blanche a parlé d'un "pas important" qui va accroître la pression internationale sur le régime Kadhafi. A Londres, le secrétaire au Foreign Office, William Hague, a estimé lui aussi que la prise de position de la Ligue arabe était "très importante". "Nous avons tout le temps dit que l'une des conditions à une zone d'exclusion aérienne devait être un large soutien de la part de la région", a-t-il déclaré.

Paris s'est aussi félicité de cet appel. "Cette résolution importante démontre la volonté de la communauté internationale d'assurer la protection de la population civile en Libye et le respect du droit international humanitaire face aux terribles violences subies par la population libyenne", a dit le ministère des Affaires étrangères.

La France précise qu'elle "va accélérer, au cours des prochaines heures, ses efforts, en concertation avec ses partenaires de l'UE, de la Ligue des Etats arabes, du Conseil de sécurité des Nations Unies et du Conseil national libyen de transition".

Lundi s'ouvre à Paris la réunion ministérielle du G8, à l'occasion de laquelle la situation en Libye sera évoquée.

Les Nations unies ont demandé aux autorités libyennes de leur permettre d'accéder aux zones de combat, dans les deux camps, afin d'évaluer l'impact des affrontements sur les populations civiles.

Selon l'organisation de défense des droits de l'homme Human Rights Watch (HRW), basée à New York, les forces de sécurité libyennes opèrent des arrestations arbitraires à Tripoli pour prévenir les manifestations contre le régime.