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Kadhafi fête sa longévité politique dans une capitale divisée

Des partisans de Mouammar Kadhafi manifestent dans le centre de Tripoli. Le "guide" libyen dont le régime est contesté a transformé dimanche la capitale en un lieu de célébration de ses 41 ans de règne sur le pays, même si Tripoli elle-même se montre divi

Des partisans de Mouammar Kadhafi manifestent dans le centre de Tripoli. Le "guide" libyen dont le régime est contesté a transformé dimanche la capitale en un lieu de célébration de ses 41 ans de règne sur le pays, même si Tripoli elle-même se montre divi - -

Mouammar Kadhafi a transformé Tripoli dimanche en lieu de célébration de ses 41 ans de règne sur la Libye, mais les habitants d'un des quartiers les plus troublés de la ville se jurent de continuer à lui résister.

La capitale s'est réveillée au son de tirs de mitrailleuse qui fêtaient ce que le gouvernement a présenté comme sa victoire sur les rebelles dans des villes clés du pays. A l'aube, des milliers de fidèles de Kadhafi se sont répandus dans les rues en brandissant des drapeaux et en tirant des coups de feu en l'air.

Dans le quartier populaire de Tadjoura, point de cristallisation de l'hostilité à Kadhafi dans la capitale, des habitants inquiets ont vu passer des camions remplis de partisans du "guide libyen" qui hurlaient "Dieu, Mouammar, la Libye, rien d'autre".

Ils ont néanmoins assuré que leur volonté de changement était inentamée après avoir appris que des rebelles avaient démenti des allégations faisant état de victoires gouvernementales dans des villes comme Zaouïah et Benghazi.

"Il (Kadhafi) sera fini dans les deux semaines", a estimé un commerçant, Fauzzi. Montrant huit impacts de balles récents sur la porte de sa maison, il parle d'une attaque de miliciens pro-Kadhafi venus réprimer une manifestation.

"Je ne sais pas ce qu'ils peuvent fêter, c'est terrifiant."

TENSIONS ET PRUDENCE

Le contraste entre Tadjoura et le centre de Tripoli témoigne des tensions qui parcourent une ville de plus de plus divisée depuis que le soulèvement inspiré des exemples tunisien et égyptien a dégénéré en guerre ouverte en d'autres points du pays.

Le quartier bruissait de rumeurs, certains habitants ayant pris les tirs d'avant l'aube pour des combats. Le gouvernement a assuré qu'aucun combat n'avait eu lieu dimanche à Tripoli.

"Ce qui se passe aujourd'hui vise à étouffer les choses. Nous ne savons plus que croire", a dit un homme, Ibrahim. "Il nous faut de l'aide."

Voici deux jours, Tadjoura était le théâtre d'accrochages armés entre les gouvernementaux et des manifestants qui scandaient devant une mosquée "Kadhafi est l'ennemi de Dieu".

Les autorités nient recourir à la force contre les civils et affirment que la Libye est la proie d'un complot d'Al Qaïda visant à évincer Kadhafi pour installer une dictature islamiste.

Un bâtiment incendié se dressait en face de la mosquée et des enfants montraient aux journalistes des douilles de cartouche ramassées après les combats. Des panneaux d'affichage où s'étalaient naguère des images de Kadhafi étaient démontés.

Mais certains rappelaient que Kadhafi pouvait encore mobiliser d'énormes foules à son profit à Tripoli, ce qui incite beaucoup d'habitants à rester discrets en attendant un nouveau rassemblement de protestation prévu dans la semaine.

"Les gens ont peur. Les policiers tirent n'importe où. Ils veulent qu'on ait peur", a dit un habitant, Omar. Un autre, Ibrahim, a déclaré : "Ils ont arrêté beaucoup de gens. Ils les frappent. Quand ils les relâchent, ils leur arrachent des aveux et leur font signer un document disant qu'ils se repentent de leurs crimes."

Après avoir quitté Tadjoura et parcouru une faible distance sur une route côtière, on découvrait un centre-ville livré à une cacophonie de klaxons et de musiques diffusées à plein volume.

La foule massée sur la place Verte grossissait avec l'arrivée de groupes de partisans conduits par des hommes en treillis militaires. "Kadhafi ne peut pas être vaincu", a dit Salah Bilkhail, mécanicien. "Al Qaïda et l'Amérique complotent pour s'emparer du pétrole libyen. Ils ne réussiront jamais."