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Inculpation pour complot: quelles conséquences pour Donald Trump?

Paul Manafort, Richard Gates, et George Papadopoulos, qui ont tous trois travaillé pour la campagne de Donald Trump, sont inquiétés par l'enquête de Robert Mueller, procureur spécial. Paul Manafort, ancien directeur de campagne, est même inculpé pour complot contre les Etats-Unis. L'affaire est très grave pour le président américain et ses suites politiques incertaines.

Un ex-directeur de campagne de l'actuel président des Etats-Unis inculpé entre autres, avec son associé, pour complot contre les Etats-Unis et assigné à résidence, un ancien conseiller chargé des questions de politique étrangère au sein de l'équipe de campagne de Donald Trump qui reconnaît avoir menti au FBI. Les annonces faites ce lundi par le procureur spécial Robert Mueller, saisi de l'enquête sur l'ingérence russe dans la présidentielle américaine, ont quelque chose de vertigineux. 

De lourdes accusations

L'ancien directeur de la campagne de Donald Trump, Paul Manafort, et son associé, Richard Gates, font notamment face à douze chefs d'inculpation. Ils ont choisi de plaider non-coupables et de rejeter en bloc ces accusations. Si parmi celles-ci figurent donc la mention de complot contre les Etats-Unis, la plupart d'entre elles visent le domaine financier. Il est notamment reproché à Paul Manafort et Richard Gates d'avoir mené des activités non déclarées de lobbyistes et de consultants en faveur de l'ancien président ukrainien pro-russe, Viktor Ianoukovitch. 75 millions de dollars ont transité par des comptes off-shore établis aux noms de Manafort ou Gates. Cependant, aucune des accusations retenues à ce jour n'implique une collusion entre le staff présidentiel de Donald Trump et le Kremlin, objet principal de l'enquête.

Ce que n'a pas manqué de remarquer Donald Trump qui a tweeté en ce sens, avec virulence. "Il n'y a aucune collusion!" a lancé le président des Etats-Unis assurant que les faits reprochés à Paul Manafort étaient anciens, et antérieurs à leur collaboration. Il est à noter que les liens entre Paul Manafort et l'ancien pouvoir ukrainien lui avaient déjà coûté son poste au sein de l'équipe de Donald Trump en août 2016, après la parution d'une enquête du New York Times. Il n'empêche, même s'il n'est pas cité pour l'heure, la situation de Donald Trump est préoccupante, selon de nombreux observateurs. 

Trump dans la nasse

"C’est un coup dur pour le président. Il a face à lui un homme redoutable : Robert Mueller, ancien directeur du FBI, procureur spécial qui semble décidé à avancer avec méthode et sans état d’âme. (…) Comment va réagir Donald Trump? L’une des hypothèses serait pour lui de renvoyer le procureur spécial. Il peut le faire mais ça risquerait de passer pour un aveu de culpabilité", a expliqué notre correspondant aux Etats-Unis, Jean-Bernard Cadier. Selon la Maison blanche ce lundi soir, Donald Trump n'a "aucune intention" de parvenir à une telle extrémité. 

Cependant, la position cardinale qu'a occupé Paul Manafort au sein du dispositif électoral place son ancien patron dans une position plus qu'inconfortable. "Pour Donald Trump, ça veut dire qu’il aurait employé quelqu’un qui était déjà sous écoute du FBI et dans ces écoutes, la question qui se pose est de savoir s’il y a des écoutes avec Donald Trump? Pendant la période de 2016, Paul Manafort et Donald Trump sont sans cesse en relation directe et en relation téléphonique", a noté François Durpaire, spécialiste des Etats-Unis. 

Inédit à un tel niveau 

En droit américain, le concept juridique traduit en français par "conspiration contre les Etats-Unis" est: "Conspiracy against the U.S.". Et, selon Catherine Durandin, historienne spécialiste des Etats-Unis et auteure de Nixon - Le président maudit, l'utilisation de cette accusation dans ce contexte est inédit: "Sincèrement, de mémoire, je crois que c'est une première qu'un tel chef d'accusation soit retenu à ce niveau", a-t-elle expliqué à BFMTV.com. Etudiant Richard Nixon, l'historienne a bien sûr traité de l'affaire du Watergate qui avait amené ce président à quitter la Maison blanche de peur d'être la victime d'une procédure d'impeachment.

A l'époque, les condamnés de cette affaire qui a bouleversé les Etats-Unis n'avaient pas été confrontés à ce chef d'inculpation: "Il n'y avait pas de 'complot contre les Etats-Unis' mais un comportement inacceptable à l'intérieur. Ce chef d'inculpation pouvait avoir un sens au moment de la guerre froide, de la chasse aux sorcières anticommuniste...Aujourd'hui, c'est terrifiant", a commenté Catherine Durandin. 

La version américaine du site Slate assure cependant que si l'accusation est grave, elle n'équivaut pas à une présomption de trahison. La BBC s'est penchée sur le contenu du texte. Un individu seul ne peut être concerné par une accusation de complot contre les Etats-Unis. Sur le fond, sont accusés de ce type de complot, des individus soupçonnés d'avoir "porté atteinte aux Etats-Unis, de les avoir lésés, ou d'avoir commis ces actes contre une agence américaine". 

La menace Papadopoulos

Marie-Cécile Naves, auteur de Trump, l’onde de choc populiste, a également répondu à BFMTV.com. Ce nouveau rebondissement pourrait-il être le début de la fin pour Donald Trump? "Les tweets de Trump prouvent sa nervosité. Mais il est difficile de dire précisément ce qu'il va se passer." Et cette chercheuse associée à l'Institut de Relations Internationales et Stratégiques (IRIS) a souligné que le plus grand danger pesant sur Donald Trump ne venait pas de Paul Manafort mais du troisième inculpé:

"C'est potentiellement compliqué pour le président notamment parce que George Papadopoulos est en train de se mettre à parler. Très clairement, ce qui intéresse Robert Mueller, c'est la possible collusion avec la Russie. Or, avec Papadopoulos, il y a des liens qui commencent à s'établir. A l'évidence, Robert Mueller est en train de passer un deal avec les trois inculpés." 

Immunité contre collaboration 

Georges Papadopoulos, qui fut astreint aux questions internationales dans l'équipe de campagne de Donald Trump, a reconnu avoir menti au FBI au sujet de ses contacts avec des hommes liés au régime de Vladimir Poutine, et plaidé coupable pour faux-témoignage le 5 octobre dernier.

"Papadopoulos a effectivement une attitude différente de celle des deux autres. Et le risque pour Donald Trump, c’est que dans le fonctionnement de la justice américaine, il est possible de troquer l’immunité contre la collaboration avec l’enquête. C’est le cas de Papadopoulos qui commence à se mettre à table contre vraisemblablement l’immunité", a confirmé François Durpaire. 

Il est encore tôt, trop tôt, pour connaître les suites politiques et judiciaires de l'affaire. Mais, dans la tourmente, Donald Trump peut au moins compter sur un socle électoral non négligeable: "L'opinion est très divisée. Mais il a toujours plus de 30% de supporters, parmi les Américains, qui le soutiennent mordicus", a relevé Marie-Cécile Naves. 

Robin Verner