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Hong Kong: comment expliquer le nouveau regain de tensions entre manifestants et police?

Depuis maintenant plusieurs jours, la radicalisation des manifestants et de la police locale font craindre une escalade des violences, alors que le régime chinois tente de reprendre la main.

Depuis juin dernier, Hong Kong traverse sa crise politique la plus importante depuis sa rétrocession à la Chine en 1997. De fait, de nombreuses manifestations, regroupant à plusieurs reprises des dizaines de milliers de personnes dans les rues de l'ex-colonie britannique, ont eu lieu avec en filigrane la crainte de la mainmise grandissante de Pékin et d'un recul des libertés.

Radicalisation des deux camps

En fin de semaine passée, la contestation a atteint de nouveaux sommets de violence. Un véhicule blindé de la police a été incendié par un barrage de cocktails Molotov samedi en fin de journée et, dimanche, un policier hongkongais a été blessé par une flèche tirée par un manifestant autour d'un campus de la péninsule de Kowloon, devenu ces dernières heures la principale base arrière de la contestation pro-démocratie.

Contacté par BFMTV, Olivier Guillard, spécialiste des thématiques asiatiques, assure que la situation ne s'est jamais assainie. "La radicalisation progresse des deux côtés. Le pouvoir est pieds et poings liés avec Pékin, et de l'autre côté, il y a plus de destructions matérielles. C'est un phénomène qui s'étire, en juin, les manifestations n'avaient lieu que les week-ends, plus maintenant", analyse-t-il. 

Une analyse confirmée par Marc Julienne, chercheur associé à la Fondation pour la recherche stratégique qui travaille sur les questions de sécurité et de défense de la Chine. "Un étudiant a été blessé par balle lundi 11 novembre et les manifestants comme la police ont continué de radicaliser leur action les jours suivants", nous souligne-t-il.

Affrontements et état de siège autour d'un campus universitaire

Cette idée d'étirement est d'ailleurs illustrée par la situation autour du campus de l'Université polytechnique de Hong Kong (PolyU), désormais devenu le bastion de la contestation.

"Le retranchement des étudiants dans l'université Polytechnique de Hong Kong en fin de semaine a été l'opportunité pour la police de mettre en place une stratégie de siège", explique encore Marc Julienne.

Ce lundi, il semble que la police ait tenté une intervention sur le campus situé sur la péninsule de Kowloon, mais que celle-ci ait été repoussée par les manifestants déterminés à tenir leurs positions. Les forces de l'ordre ont dit avoir tiré trois balles au petit matin près de l'université, précisant que personne n'avait été blessé.

Le campus et l'entrée toute proche du Cross Harbour Tunnel ont été le théâtre d'affrontements toute la nuit de dimanche à lundi, alors qu'un appel à "défendre la PolyU" avait été lancé. Un blindé de la police a notamment été incendié par des cocktails Molotov alors que les forces de l'ordre tentaient de reprendre le contrôle d'un pont-passerelle.

Quelle intervention de Pékin? 

Ce lundi depuis Bangkok, un porte-parole du ministère chinois de la Défense a souligné la volonté du régime chinois de "restaurer l'ordre", une menace à peine voilée qui fait écho au week-end passé, au cours duquel "la police a demandé et obtenu l'autorisation de faire usage de leurs armes, laissant craindre un massacre, qui n'a heureusement pas eu lieu", assure Marc Julienne.

"Jusqu'à maintenant, c'est la police de Hong Kong qui s'est chargée du maintien de l'ordre et non les militaires. Le fait que le ministre de la Défense recommande de "restaurer l'ordre" c'est une manière de menacer à nouveau de faire intervenir l'armée. On a vu ce genre de menaces émaner de Pékin à de nombreuses reprises cet été, faisant craindre une intervention de la garnison de l'APL (Armée populaire de libération, NDLR) à Hong Kong, voire des forces de la Police armée du peuple venues du continent. Il n'en a rien été cependant", ajoute-t-il. 

Reste que, la situation actuelle pourrait favoriser le régime chinois. "Pékin bénéficie aujourd'hui du chaos à Hong Kong car les étudiants vont se trouver à terme dans une impasse. Pékin voit son intérêt à laisser la crise perdurer et se dégrader, plutôt qu'à y mettre un terme dans un bain de sang, devant les caméras du monde entier."

Si les revendications des manifestants ne semblent pas avoir évolué depuis le début du mouvement, les étudiants doivent désormais "survivre à cette crise et de ne pas devenir des prisonniers politiques en Chine populaire", conclut Marc Julienne.

Hugo Septier