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Groenland: près d'une personne sur trois victime d'abus sexuel durant son enfance

Ce projet favorise les principaux centres de ce pays de 55.000 habitants aux dépens des communautés plus petites.

Ce projet favorise les principaux centres de ce pays de 55.000 habitants aux dépens des communautés plus petites. - Magnus kristensen- Ritzau Scanpix - AFP

Au Groenland, près d'une personne sur trois a été victime d'abus sexuel au cours de son enfance. Et si la situation s'améliore au sein des nouvelles générations, l'omerta, elle, peine à disparaître.

Au Groenland, territoire autonome danois de 56.000 habitants, près d'une personne sur trois a été victime d'abus sexuel pendant son enfance. Un fléau frappé d'omerta qui peine à disparaître.

Alors que l'île a connu un développement à marche forcée durant ces six dernières décennies, passant d'une société traditionnelle de pêcheurs et de chasseurs à une société de services et de tourisme, les inuits se trouvent happés par cette soudaine modernité. Désoeuvrement, addictions et troubles d'identité persistent au sein d'une population qui semblent peiner à s'adapter aux changements.

Près d'une personne sur trois victime d'abus sexuel

Si le nombre d'abus sexuels sur mineurs est si important, ce serait selon Sara Olsvvig directrice de l'Unicef au Groenland, dû à l'ignorance des droits de l'enfant, à la consommation d'alcool et de stupéfiants.

En conséquence, le taux de suicide au Groenland est l'un des plus élevé au monde, un pour mille habitant en moyenne. A Tasiilaq, un village isolé du Groenland, un habitant sur dix est sans emploi, près de la moité des adultes de moins de 60 ans ont été agressés sexuellement et un habitant sur cinq à recours au suicide.

"Énormément d'enfants sont victimes d'abus sexuels et font l'expérience de violences dans leurs foyers. S'ensuit chez beaucoup d'entre eux une vie pavée de problèmes et d'anxiétés ce qui fait que beaucoup de jeunes se suicident", explique la présidente de Save The Children, Jonna Ketwa.

La parole se libère

Néanmoins d'après de récentes enquêtes, la situation se serait améliorée ces dernières années. Une étude de santé publique publiée à la fin du mois d'avril indique que 20% des Groenlandais nés après 1995 ont subi des abus sexuels pendant leur enfance, soit deux fois moins que la génération précédente. Il sont 43% chez les personnes nées entre 1975 et 1979 à avoir été victimes d'abus sexuel.

En 2018, 436 plaintes pour délits à caractère sexuel, 50 de plus que l'année précédente, ont été déposées, dont 20% concernent des mineurs. Cela représente huit plaintes pour 1.000 habitants, contre 1,1 plainte pour 1.000 habitants dans le reste du Danemark. 

Mais si la parole semble se libère au sein de la population groenlandaise, 69% des plaintes sont néanmoins classées sans suite, faute de preuves. Ainsi, si la loi du silence commence à tomber, c'est à "pas comptés", indiquait le chef de la police locale, Bjørn Tegner Bay, dans son rapport annuel.

Le gouvernement veut en finir avec l'omerta

La récente diffusion d'un documentaire sur le sujet par la télévision publique danoise a provoqué l'émoi et ravivé l'engagement des autorités.

"Les changements doivent venir de l'intérieur, prévient Aaja Chemnitz Larsen, qui représente le Groenland au Parlement danois. Mais nous avons besoin de coopérer avec des personnes qualifiées pour rassembler plus de connaissances et que l'investissement s'inscrive dans la durée".

Elle a demandé à Copenhague une aide exceptionnelle pour lutter contre ce fléau.

A Nuuk, capitale du Groenland, le gouvernement, souverain en matière de politique économique et sociale, a mis en place une stratégie pour éradiquer les abus sexuels subis par les mineurs d'ici 2022.

Il entend multiplier les opérations d'information notamment sur les droits à l'intégrité corporelle des enfants et promet une prise en charge de tous. Notamment en encourageant les travailleurs sociaux à s'installer dans les zones les plus reculées, où les abus sexuels sont plus fréquents.

A l'heure actuelle, certes la situation s'améliore mais "il n'y a pas assez de psychologues, de travailleurs sociaux pour aider (...) les familles et leurs victimes. On est loin du compte en ce qui concerne l'aide aux prédateurs sexuels", déplore Jonna Ketwa.

Aude Solente avec AFP