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Gbagbo met la main sur le cacao, avancée des rebelles à l'Ouest

Laurent Gbagbo a décrété un contrôle de l'Etat sur l'industrie du cacao dont la Côte d'Ivoire est le premier producteur mondial. /Photo d'archives/REUTERS/Luc Gnago

Laurent Gbagbo a décrété un contrôle de l'Etat sur l'industrie du cacao dont la Côte d'Ivoire est le premier producteur mondial. /Photo d'archives/REUTERS/Luc Gnago - -

par Ange Aboa ABIDJAN (Reuters) - Une troisième localité est tombée lundi aux mains des rebelles ivoiriens dans l'ouest du pays, ont annoncé des...

par Ange Aboa

ABIDJAN (Reuters) - Une troisième localité est tombée lundi aux mains des rebelles ivoiriens dans l'ouest du pays, ont annoncé des forces loyales au président sortant Laurent Gbagbo qui a décrété un contrôle de l'Etat sur l'industrie du cacao dont la Côte d'Ivoire est le premier producteur mondial.

Le bras de fer qui s'éternise depuis l'élection présidentielle contestée du 28 novembre a donné lieu ces derniers jours à une nouvelle flambée de violence à Abidjan.

Cette situation de blocage a également incité les rebelles du Nord soutenant désormais Alassane Ouattara, le rival de Laurent Gbagbo, à passer à l'offensive vers le Sud.

Les forces loyalistes ont annoncé l'envoi de renforts pour tenter de reprendre l'agglomération de Toulépleu, proche de la frontière libérienne et passée sous le contrôle des rebelles.

"Les rebelles ont pris Toulépleu hier après des combats qui ont duré toute la journée. Nous nous sommes repliés à Bloléquin, où nous préparons une contre-offensive. Les renforts militaires sont arrivés hier et nous travaillons à reprendre nos villes rapidement", a déclaré Yao Yao, chef des opérations du Front de libération du Grand-Ouest (FLGO).

"Nous n'étions pas assez nombreux pour contenir les rebelles qui, cette fois, ont lancé une attaque avec beaucoup plus d'hommes que nous", a-t-il précisé.

Des affrontements ont éclaté dans l'Ouest ivoirien entre les forces fidèles à Laurent Gbagbo et des rebelles soutenant Alassane Ouattara, reconnu par la communauté internationale comme le chef de l'Etat librement élu.

La progression des rebelles du Nord vers le Sud a entraîné les combats les plus violents observés dans le pays depuis la guerre civile de 2002-2003, qui visait à renverser Laurent Gbagbo.

La semaine dernière, les insurgés ont pris le contrôle de deux localités plus modestes non loin de la frontière libérienne, Zouan-Hounien et Bin-Houin.

GUERRE ÉCONOMIQUE

Aucun bilan des victimes des affrontements de dimanche n'est disponible mais les habitants des villages libériens, de l'autre côté de la frontière, ont dit à Reuters que des combattants blessés affluaient pour se faire soigner. Des civils passent également la frontière pour se réfugier au Liberia, disent-ils.

Le ministère de l'Intérieur a, par ailleurs, annoncé qu'un village situé dans le nord d'Abidjan et considéré comme fidèle à Laurent Gbagbo a été attaqué dans la nuit par des rebelles armés, qui ont fait au moins trois mort et 30 blessés.

L'attaque s'est produite, selon le communiqué officiel, à Anokoua-Kouté, une enclave réputée favorable au président sortant située dans le quartier d'Abobo, lui-même peuplé majoritairement de partisans de son rival nordiste.

D'après les Nations unies, les violences post-électorales ont fait au moins 365 morts en Côte d'Ivoire - un chiffre qui serait en réalité beaucoup plus élevé, pensent des diplomates.

Selon le Haut-Commissariat de l'Onu pour les réfugiés (HCR), les violences ont déplacé quelque 300.000 Ivoiriens dans le pays et obligé 72.000 autres à se réfugier au Liberia.

Alors que le pays s'enfonce dans la guerre civile, le président sortant a poursuivi son offensive sur le terrain économique en signant lundi un décret qui fait passer sous le contrôle du gouvernement l'achat et l'exportation du cacao.

"Les exportations de produits issus du secteur du café et du cacao seront du ressort de l'Etat, de ceux mandatés par l'Etat, ou de titulaire d'un permis d'exporter conforme aux dispositions déterminées par le décret", affirme un texte lu à la télévision publique.

L'industrie du cacao qui représente 20% du PIB du pays est paralysée depuis l'appel lancé en janvier par Ouattara pour un arrêt temporaire des fournitures.

Face à cette situation qui se traduit par une grave crise sociale avec une flambée des prix des denrées alimentaires, les Etats-Unis ont annoncé lundi soir le déblocage d'une aide de 12,6 millions de dollars pour les réfugiés.

Avec Tim Cocks, Jean-Stéphane Brosse, Jean-Loup Fiévet et Pierre Sérisier pour le service français