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Vers une intervention russe en Ukraine?

Un homme secoue le drapeau de la Marine russe aux côtés de pro-Russes armés

Un homme secoue le drapeau de la Marine russe aux côtés de pro-Russes armés - -

Vladimir Poutine a obtenu samedi du Parlement russe le feu vert pour un "recours aux forces armées" en Ukraine. En réaction, les 15 pays membres du Conseil de sécurité de l'ONU se réunissaient dans la soirée à New York.

A la demande du président Vladimir Poutine, le sénat russe a voté samedi en faveur de l'envoi de troupes en Ukraine. Une décision qui préoccupe fortement la communauté internationale.

Ainsi, le Conseil de sécurité de l'ONU s'est réuni en urgence à New York, tandis qu'une rencontre entre ministres européens des Affaires étrangères doit avoir lieu lundi. Mais en Crimée cet appui russe est perçu de manière positive...Retour sur les évenements de la journée de samedi.

> Des hommes armés et des tirs nourris en Crimée

La crise ukrainienne a atteint ce 1er mars un nouveau pallier. Alors que Kiev avait accusé la veille Moscou "d'invasion armée et d'occupation", la Russie a augmenté de 6.000 hommes son contingent en Crimée et déployé 30 blindés supplémentaires, selon le ministre ukrainien de la Défense.

Dans la matinée, des dizaines d'hommes armés de kalachnikovs et cagoulés ont patrouillé dans le centre de Simféropol, en Crimée, et pris position aux abords du Parlement. Ces hommes portaient des uniformes, mais sans signe permettant de les identifier. Deux mitrailleuses ont aussi été installées de manière à pouvoir défendre le bâtiment.

Puis, plus tard dans la journée, des tirs nourris ont éclaté devant le palais du gouvernement, a constaté sur place notre envoyé spécial, Patrick Sauce. "Des hommes cagoulés tirent sur le palais du gouvernement puis repartent en bus. Les soldats russes ne bougent pas", a-t-il publié sur son compte Twitter. La vidéo de la scène est visible ci-dessous.

> Multiples points pro-Russes

A Donetsk, fief du président déchu Viktor Ianoukovitch, plus de 10.000 personnes ont manifesté contre les nouvelles autorités de Kiev en brandissant des drapeaux russes. "Russie, Russie!",ont scandé les manifestants alors que sur un podium improvisé, des intervenants déclaraient soutenir "l"aspiration de la Crimée de rejoindre la Russie".

Toujours dans l'Est russophone, une centaine de personnes ont été blessés à Kharkiv en marge d'un rassemblement de 20.000 pro-Russes dans le centre de la ville qui a dégénéré en prise d'assaut de l'imeuble de l'administration régionale.

Face à cette violence, le nouveau Premier ministre de Crimée, que Kiev considère comme illégitime, a sollicité l'aide du président russe Vladimir Poutine pour restaurer "la paix et le calme" dans la péninsule ukrainienne.

> Le Sénat russe vote l'envoi de troupes en Ukraine

Un appel entendu puisque Vladimir Poutine a obtenu du Parlement russe le feu vert pour un "recours aux forces armées" en Ukraine. Le Sénat, réuni en session extraordinaire, ayant approuvé à l'unanimité la demande.

"En raison de la situation extraordinaire en Ukraine et de la menace pesant sur la vie des citoyens russes, de nos compatriotes, des forces armées russes déployées en Ukraine", Poutine a demandé d'autoriser "le recours sur le territoire de l'Ukraine aux forces armées russes jusqu'à la normalisation de la situation politique dans ce pays", selon le Kremlin.

Cette formule laisse entendre que la Russie peut aussi bien utiliser les forces de la Flotte russe de la mer Noire, qui se trouvent déjà en Crimée aux termes d'un accord bilatéral signé entre Moscou et Kiev et comptent environ 20.000 hommes basés à Sébastopol, qu'envoyer d'autres troupes venant, elles, de Russie.

Mais le Kremlin a précisé que Poutine n'avait pas encore pris de décision. "C'est le président qui prend la décision. Pour le moment, il n'y a pas de décision en ce sens", a affirmé son porte-parole Dmitri Peskov.

> Réactions internationales

Pris de court par la tournure des événements, le Conseil de sécurité de l'ONU a decidé de se réunir en urgence pour discuter de la situation en Ukraine. Les ambassadeurs des 15 pays membres ont ainsi entamé dans la soirée des consultations à huis clos à la demande du Royaume-Uni.

Le Premier ministre britannique, David Cameron, a déclaré qu'une telle action n'aurait aucune "justification" tandis que la chef de la diplomatie européenne, Catherine Ashton, a "déploré" une éventuelle utilisation des "forces armées en Ukraine".

François Hollande a estimé, dans un commuiqué, que "tout devait être fait pour éviter une intervention extérieure" en Ukraine, ajoutant qu'un recours à la force par la Russie ferait peser "des menaces réelles sur l'intégrité territoriale et la souveraineté" du pays.

De son côté, Barack Obama a réuni son équipe de sécurité nationale après avoir averti du "coût" sur la scène mondiale d'une éventuelle intervention russe en Ukraine.

> L'armée ukrainienne en état d'alerte

A Kiev, les nouvelles autorités pro-européennes ont mis plusieurs heures à réagir à ce nouveau tournant. "J'ai donné l'ordre de mettre l'armée en état d'alerte, de renforcer la protection des centrales nucléaires, des aéroports et des sites stratégiques", a déclaré le président par intérim Olexandre Tourtchinov à l'issue d'une réunion du conseil de sécurité nationale et de défense. L'armée ukrainienne est considérée comme mal équipée et mal financée.

"Nous sommes persuadés que la Russie ne lancera pas d'intervention car cela signifierait la guerre et la fin de toute relation entre les deux pays", a pour sa part affirmé le Premier ministre Arseni Iatseniouk.

D'autres, comme l'ancien champion du monde de boxe Vitali Klitschko, le parti nationaliste ukrainien Svoboda et le groupe d'extrême droite Pravy Sector, en première ligne de la contestation en Ukraine, ont appelé samedi à la "mobilisation générale". L'ex-Premier ministre Ioulia Timochenko a appelé au calme et à ne pas entrer dans le jeu de Moscou.

M.G. avec AFP