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Torture: 141 pays mis en cause sur les 5 dernières années

Amnesty lance une nouvelle campagne de deux ans contre la torture.

Amnesty lance une nouvelle campagne de deux ans contre la torture. - -

La torture "a été presque normalisée, c'est devenue la routine", a regretté le secrétaire général d'Amnesty pointant notamment le rôle des séries télévisées. Pour 36% des personnes interrogées, la torture est parfois nécessaire et acceptable.

Faire cesser la torture. Amnesty international a dénoncé mardi la pratique "en plein essor" de ces sévices, "normalisés" par la guerre contre le terrorisme et "glorifiés" par des séries télévisées telles 24 Heures.

L'organisation non-gouvernementale de défense des droits de l'homme, dont le siège est à Londres, lance une nouvelle campagne de deux ans. Sur les cinq dernières années, Amnesty affirme avoir enregistré des incidents impliquant des actes de torture dans 141 pays dont 79 qui ont ratifié la convention des Nations unies de décembre 1984.

> Une banalisation de la torture

Une enquête mondiale auprès de 21.000 personnes dans 21 pays a également révélé une crainte très répandue de la torture, 44% des sondés affirmant craindre d'être torturés dans le cas où ils seraient placés en garde à vue.

Peut-être encore plus inquiétant, 36% des personnes interrogées ont dit qu'elles considéraient la torture comme quelque chose de parfois nécessaire et acceptable afin d'obtenir des informations pour protéger la population. La torture "a été presque normalisée, c'est devenue la routine", a regretté le secrétaire général d'Amnesty, Salil Shetty, au cours de la conférence de presse de lancement de la campagne "Arrêtons la torture".

Le soutien à la torture est diversement populaire selon les pays, réunissant 74% de partisans en Chine ou en Inde contre seulement 12% en Grèce ou 15% en Argentine, selon l'enquête de GlobeScan. Au Royaume-Uni, où la peur de la torture est la plus faible de tous les pays, 29% des personnes interrogées soutiennent le recours à la torture.

> La guerre contre le terrorisme et les séries en cause

"Depuis la soi-disant guerre contre le terrorisme, l'usage de la torture particulièrement aux Etats-Unis et dans leurs sphères d'influence (...) a été complètement normalisé", a-t-il ajouté, expliquant ce phénomène par "les attentes en terme de sécurité nationale".

Pour Kate Allen, directrice pour le Royaume-Uni d'Amnesty, le soutien populaire est aussi lié à la popularité des séries télévisées d'espionnage, particulièrement violentes. "Des séries comme '24 Heures' et 'Homeland' ont glorifié la torture pour toute une génération, mais il y a une énorme différence entre la représentation dramatique créée par les scénaristes et son utilisation réelle par des agents du gouvernement dans des salles de torture", a-t-elle affirmé.

> Cinq pays visés en priorité

Amnesty se concentre avec cette nouvelle campagne sur cinq pays dans lesquels l'ONG estime que cette pratique a le plus d'impact: le Mexique, les Philippines, le Maroc et le Sahara occidental, le Nigeria et l'Ouzbékistan.

L'ONG affirme néanmoins que la torture "fait partie de la vie" dans l'ensemble de l'Asie et qu'elle est également pratiquée "à une échelle industrielle" en Syrie depuis le déclenchement de la guerre civile. En Afrique, cette question n'a pas été traitée correctement par les législations locales, estime-t-elle.

Salil Shetty a également évoqué "la cruauté à l'égard des prisonniers aux Etats-Unis qui sont placés en isolement, sans lumière", l'usage de la lapidation et de la flagellation au Moyen-Orient, et "l'échec persistant" des pays européens à enquêter sur les allégations de complicité de torture.

A. D. avec AFP