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Le représentant des juifs de Rome enfermé par erreur à Auschwitz

Une délégation juive s'est retrouvée enfermée dans le camp d'Auschwitz le soir de la journée de commémoration des 70 ans de sa libération.

Une délégation juive s'est retrouvée enfermée dans le camp d'Auschwitz le soir de la journée de commémoration des 70 ans de sa libération. - Joël Saget - AFP

Riccardo Pacifici, le représentant de la communauté juive de Rome, est resté enfermé dans l'enceinte du camp d'Auschwitz après une interview tardive. Interrogé par la police dans les locaux du camp jusqu'à 5 heures du matin: "une honte", dénonce-t-il.

Une délégation juive enfermée à Auschwitz le soir même du Jour de la mémoire: ce n'est pas une mauvaise blague, et d'ailleurs, ça n'a pas du tout fait rire les intéressés. En marge de la commémoration des 70 ans de la libération du camp d'Auschwitz, la délégation juive de Rome s'est retrouvée enfermée dans l'ancien camp de la mort. Restée tard pour tourner une interview, elle aurait été tout simplement oubliée sur place.

Au soir des cérémonies d'hommage, le 27 janvier, le représentant de la communauté juive romaine Riccardo Pacifici est interviewé dans le camp par des journalistes de la chaîne italienne Canale 5 pour une émission, "Matrix". Ils ne sont alors pas installés dans un bâtiment mais à l'extérieur, entre des miradors et des clôtures barbelées. Vers 23 heures, le travail terminé, ils se rendent compte qu'ils sont enfermés dans l'enceinte du camp, par des températures bien en-dessous de zéro.

Ils déclenchent l'alarme

Le journal israélien Haaretz rapporte qu'après un long moment, passé à chercher une sortie et à appeler d'éventuels agents de sécurité, Riccardo Pacifici a tenté de pousser les fenêtres de la billetterie. L'une d'elles s'est ouverte et les prisonniers ont pu entrer. Leur intrusion ayant déclenché une alarme, les représentants italiens et les journalistes ont pensé être sortis d'affaire: au moins, un policier viendrait les délivrer.

Des agents de sécurité sont bien arrivés peu de temps après, mais les choses n'ont fait qu'empirer. "Au lieu de nous libérer, ils nous ont gardés ici pendant des heures. Ils ont commencé à nous interroger et nous ont traités comme de véritables criminels", témoigne Fabio Perugia, qui appartenait à la délégation juive, à la correspondante italienne de CNN. "Ils n'ont pas su distinguer de vrais criminels de ceux qui sont simplement venus ici pour faire une interview et rendre honorer le Jour de mémoire". Les policiers, inflexibles, les ont interrogés jusqu'à 5 heures du matin au commissariat.

Toute l'aventure a été racontée en direct sur Twitter par Riccardo Pacifici en une dizaine de messages. Son premier message, la colère est palpable: "Nous sommes séquestrés depuis une heure par la police polonaise à Auschwitz après la transmission de Matrix. Une honte."

Le dernier a été posté à 5h06: "On est sortis du commissariat. Une folie."

Pas coopératifs

L'administration du camp présente une version légèrement différente. Pawel Sawicki, porte-parole du musée, explique que les visiteurs avaient l'autorisation de filmer jusqu'à 23h30, l'heure à laquelle des agents de sécurité devaient les récupérer pour les faire sortir. Cependant, les journalistes auraient terminé leur reportage plus tôt que prévu, et se seraient présentés trop tôt au rendez-vous à la porte de sortie. Ne voyant pas arriver les agents, ils auraient donc trouvé refuge dans un bâtiment.

Selon le musée, ils n'auraient pas été coopératifs avec les agents de sécurité et auraient refusé de leur présenter leurs papiers d'identité. C'est alors que la police est arrivée pour reprendre les choses en main. Par ailleurs, Pawel Sawicki précise qu'ils auraient de toute façon pu utiliser une sortie de secours située à 150 mètres du bâtiment dans lequel ils se sont introduits. La diplomatie italienne serait intervenue pour sortir le groupe de cette situation. Mais pour Riccardo Pacifici, cette histoire de délégation juive enfermée à Auschwhitz reste "une honte".