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Le Kosovo se dote d'une armée pour affirmer sa souveraineté

Le président du Kosovo, Hashim Thaçi.

Le président du Kosovo, Hashim Thaçi. - Armend NIMANI / AFP

Vendredi le Kosovo s'est doté d'une armée, au risque d'envenimer ses relations avec la Serbie.

Le Kosovo s'est dotée vendredi d'une armée pour affirmer sa souveraineté, avec le soutien des Américains et au risque d'envenimer ses relations avec la Serbie, qui ne reconnaît pas l'indépendance de son ancienne province.

"Assurer l'intégrité territoriale du pays"

"Le Parlement du Kosovo a adopté la loi sur la force de sécurité du Kosovo! Félicitations!", a lancé le président du parlement devant des députés unanimes puisque les dix élus de la minorité serbe avaient boycotté la session.

Ces forces seront désormais chargées d'"assurer l'intégrité territoriale du pays, ainsi que de protéger la propriété et les intérêts de la République du Kosovo, d'apporter un soutien militaire aux autorités civiles en cas de catastrophe, et de participer à des opérations internationales", selon le texte.

Depuis la guerre entre forces serbes et rebelles kosovars albanais (1998-99, plus de 13.000 morts), la sécurité et l'intégrité territoriale du Kosovo sont garanties par la Kfor, une force internationale menée par l'Otan.

Au service de tous les citoyens

"Soldats! Félicitations! Nouvelles missions!": le président Hashim Thaçi avait revêtu jeudi son treillis pour s'adresser aux membres de la KSF. 

Il a assuré que la nouvelle armée serait au service de tous les citoyens, quelles que soient leurs appartenances ethniques, une décennie après la proclamation d'une indépendance reconnue selon Pristina par quelque 115 pays.

Celle-ci est rejetée par Belgrade, mais aussi notamment par la Russie et la Chine qui ferment au Kosovo la porte de l'Onu.

A Belgrade comme parmi les 120.000 Serbes qui vivent toujours au Kosovo, cette armée est accueillie par un mélange d'inquiétude et de colère. 

Contexte tendu

Cette nouvelle crise intervient dans un contexte tendu, avec un dialogue au point mort depuis des mois, et la mise en place par Pristina en novembre d'une barrière douanière sur les produits serbes. 

Le Kosovo "est mon pire cauchemar, je vais me coucher avec, je me réveille avec, et je ne dors pas beaucoup", a commenté le président serbe Aleksandar Vucic. 

Son cabinet a répété jeudi son "énorme inquiétude pour l'avenir" de la minorité serbe et prévenu que la création d'une armée "empirera significativement la situation".

"Eviter l'escalade"

Aujourd'hui forts de 2.500 membres, ses effectifs doivent passer à 5.000, plus environ 3.000 réservistes, loin des quelque 30.000 soldats que compterait l'armée serbe selon les estimations.

Sous couvert d'anonymat, une source diplomatique à l'Otan ne dissimule pas son inquiétude: si le souhait de se doter d'une armée est "légitime", cela aurait dû se faire "de façon progressive afin d'éviter l'escalade".

Tout en assurant que la Kfor continuerait d'assurer la sécurité du Kosovo, le secrétaire-général de l'Otan, Jens Stoltenberg a émis des réserves. 

Les responsables kosovars sont toutefois confortés par le soutien public de la Grande-Bretagne mais surtout des Etats-Unis, leur plus proche allié. 

B.L. avec AFP