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Lampedusa, porte d'entrée mortelle vers l'Europe

Des bateaux utilisés par des migrants dans le port de Lampedusa.

Des bateaux utilisés par des migrants dans le port de Lampedusa. - -

Jeudi, au moins 130 migrants venus d'Afrique subsaharienne ont péri dans le naufrage de leur embarcation, au large de l'île italienne de Lampedusa. De nombreux drames similaires se sont déjà produits dans cette zone située à proximité de la Sicile et devenue la principale porte d'entrée vers l'Europe en Méditerranée.

Le drame survenu jeudi matin en pleine Méditerranée est loin d'être un cas isolé. Selon un dernier bilan, toujours provisoire, plus de 130 migrants venus d'Erythrée et de Somalie ont péri, et 200 sont portés disparus, dans le naufrage du bateau dans lequel ils avaient embarqué à Misrata, en Libye, dans l'espoir de rejoindre les côtes de Lampedusa. Sur place, les recherches se poursuivent mais les chances de retrouver des survivants sont désormais quasi-nulles, plus de 24 heures après les faits.

Coincée entre l'Afrique du Nord et la Sicile, la micro-île italienne est devenue, ces dernières années, la principale porte d'entrée vers l'Europe en Méditerranée, devant le détroit de Gibraltar et les Canaries, entraînant une multiplication des traversées meurtrières.

> Une île minuscule mais convoitée

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Entre Afrique et Europe. Par sa situation géographique privilégiée, Lampedusa est devenue le principal carrefour de l'immigration africaine vers l'Europe. D'une superficie de 20 kilomètres carrés, l'île italienne aux 4.500 habitants, située au sud de la Sicile et à l'ouest de Malte, est plus proche du nord de l'Afrique que du Vieux Continent. Seuls 138 kilomètres la séparent des côtes tunisiennes. La Libye, elle, se trouve à quelque 350 kilomètres.

En l'espace de quinze ans, plus de 200.000 migrants ont transité par Lampedusa. Un pic a été atteint en 2011, avec 47.650 migrants arrivés sur l'île, en raison des "printemps arabes". Cette année-là, un total de 61.000 migrants a atteint l'Italie (contre 5.443 en Espagne), un record. Parmi eux, 56.000 venaient de Libye, selon les chiffres du Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR).

Attente. Lampedusa possédait, dans le passé, son propre Centre d'identification et d'expulsion. L'endroit, transformé en centre de réception d'une capacité de 250 lits, est aujourd'hui largement surpeuplé. Parallèlement, des campements se sont formés un peu partout sur l'île, où les migrants vivent dans des conditions plus que précaires.

Les immigrés y attendent leur transfert en ferry vers des centres de rétention situés en Sicile, en Calabre ou encore dans les Pouilles (sud-est de l'Italie), où l'on décide de leur expulsion et de leur rapatriement vers leur pays d'origine, ou bien de leur départ pour des centres de demandeurs d'asile.

> Traversée depuis la Libye

Transit. La Libye est depuis longtemps le pays de transit des migrants venus d'Afrique sahélienne et subsaharienne qui cherchent à emprunter le détroit de Sicile, ou à atteindre Malte et Lampedusa, rappelle le réseau Migreurop. Originaires de la corne de l'Afrique, principalement de Somalie et d'Erythrée, ces immigrés traversent le Soudan et le désert avant d'atteindre les frontières libyennes. Ce périple transsaharien peut durer plusieurs mois. "Pendant leur voyage, les migrants peuvent s'arrêter dans des camps de réfugiés", explique ainsi Fatoumata Lejeune-Kaba, porte-parole du HCR, contactée par BFMTV.com.

"Ils peuvent y passer des mois voire des années, le temps de réunir la somme à payer aux passeurs. Il arrive aussi qu'ils se perdent pendant la traversée du désert. Une fois en Libye, il faut se cacher, et là encore, plusieurs semaines peuvent s'écouler. Traverser la Libye peut s'avérer aussi compliqué et dangereux que la traversée en mer", poursuit-elle.

Développement des contrôles. Après avoir encouragé l'afflux de travailleurs africains, la Libye de Kadhafi entreprend, à partir de 2000, la mise en place de contrôles. Un processus motivé par les pressions de l'UE, face à l'explosion du nombre de migrants. Entre 2000 et 2008, plusieurs accords sont ainsi signés entre Rome et Tripoli en matière d'immigration: les garde-côtes libyens empêchent des départs de bateaux, ou bien les interceptent en pleine mer avant de refouler les migrants vers la Libye, où ils sont enfermés pendant plusieurs mois.

En février 2012, la Cour européenne des droits de l'Homme condamne ces pratiques et notamment les refoulements en pleine mer, qui ignorent le respect du droit international.

> Naufrages fréquents

Nombreux morts. Le drame survenu jeudi ne constitue en rien une première pour l'île de Lampedusa, déjà endeuillée à plusieurs reprises. Le 15 mars 2001, une embarcation de migrants partis de Tunisie avait chaviré, faisant 35 morts. Plus récemment, en juin 2011, 200 à 270 migrants originaires d'Afrique subsaharienne, qui avaient cherché à fuir la Libye, alors en plein chaos, s'étaient noyés en tentant de gagner les côtes de l'île.

Deuil. Pour son premier voyage hors de Rome, le Pape François avait choisi de se rendre à Lampedusa, le 8 juillet dernier. Il y avait notamment fustigé "l'indifférence" du monde face au sort des migrants "morts en mer, sur ces bateaux qui, au lieu d'être un chemin de l'espérance, ont été une route vers la mort". Ce vendredi, le souverain pontife a fait part de sa tristesse après ce nouveau drame évoquant une "journée de pleurs". L'Italie, elle, est en deuil national.

Adrienne Sigel