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La justice italienne fait le lien entre portable et tumeur cérébrale

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L'Italie est devenu mercredi le premier pays à reconnaître comme maladie professionnelle la tumeur au cerveau d’un homme de 60 ans, Innocente Marcolini, à cause de son utilisation du portable.

"C’est très important pour beaucoup de personnes. Je voulais que ce problème soit public car beaucoup de gens ne connaissent pas les risques. Les parents doivent connaître les risques pour leurs enfants."

Innocente Marcolini a conscience de la décision historique des juges. Cet ancien homme d’affaire, qui a téléphoné six heures par jour pendant douze ans, était convaincu du "lien entre sa tumeur et son mobile". Ce fut aussi le cas des juges de la Cour de Cassation qui ont confirmé le jugement de la Cour d’appel de Breccia.

Opéré d’urgence, il garde une paralysie faciale et des douleurs qui l’empêchent de travailler. Le plaignant recevra donc une pension d’invalidité de l'organisme d’assurance-maladie dont il dépend.

Une décision qui ouvre "une autoroute"

La Cour s’est fondée notamment sur les conclusions du Groupe Lennart Hardell de l'Université Örebro en Suède, jugées plus fiables et indépendantes que les autres études concluant à l’absence de lien de causalité.

Les juges ont confirmé la validité de ces références scientifiques citées par le consultant technique de Brescia et par le professeur Levis, oncologue à l’Université de Padoue et co-fondateur de l’Association italienne pour la prévention contre les nuisances des ondes électromagnétiques A.P.P.L.E.

En revanche, ils ont dénigré les arguments d’autres scientifiques au motif qu’ils étaient liés par des intérêts aux acteurs de la téléphonie mobile. Le professeur Levis a déclaré au journal The Sun "que la décision de la Cour était extrêmement importante. Elle officialise et reconnaît un lien. Elle ne va pas seulement ouvrir une route mais plutôt une autoroute aux différentes actions de justice".

Etat des lieux

En mai 2011, l’OMS avait estimé que l'usage des téléphones portables devait être considéré comme "peut-être cancérogène pour l'homme". L’Italie est le premier pays à reconnaître un lien. En Angleterre, le porte-parole de la protection de la santé a déclaré que "les scientifiques sont unis derrière l’idée que le mobile ne cause pas de cancer". Même position pour la France, à la différence près que l’Afsset, se pose "des interrogations qui demeurent pour les effets à long terme, même si aucun mécanisme biologique analysé ne plaide actuellement en faveur de cette hypothèse".

En 2008 une étude menée au Danemark, en Finlande, en Norvège et en Suède entre 1974 et 2003 assurait qu'il n'y avait pas d'évolution notoire du nombre de tumeurs depuis l'introduction du portable. Constat contredit en 2010 par l'étude paneuropéeenne "Interphone". Globalement, les études se contredisent, la dernière en date, encore une étude danoise, nie les effets du portable sur une quelconque tumeur. L'étude épidémiologique la plus ambitieuse a été lancée en 2010, auprès de 250 000 utilisateurs. Mais visant à étudier les effets de long terme, elle ne rendra ses conclusions que dans 30 ans.

Reste que le premier mars dernier, le parlement israélien a voté une loi visant à sensibiliser aux risques de cancer liés à l'utilisation des téléphones sans fil suite à des études scientifiques. A l'image des paquets de cigarettes, tout portable vendu en Israël devra désormais porter un message d'avertissement: "Attention - le ministère de la Santé met en garde sur le fait que l'utilisation massive, ainsi que le port de cet appareil près du corps, peut augmenter le risque de cancer, surtout chez les enfants".

En France, Europe Ecologie Les Vers travaillent à un projet de loi parlementaire afin de régler les seuils d’émission. Sont aussi en étude des mesures pour protéger les populations à risque comme les enfants. En attendant, la 4G fait son entrée en France, déjà à Marseille et à Lyon, bientôt à Paris alors qu’aucune étude d’impact n’a été lancée sur les dangers sanitaires de la nouvelle technologie. Ce que déplore les Robins des Toits, la principale association française de protection des personnes contre l'excès des ondes électro-magnétiques.