BFMTV

Effondrement d'un pont à Gênes: des problèmes d'entretien déjà soulevés?

Le pont s'est effondré dans une rivière à l'ouest de Gênes.

Le pont s'est effondré dans une rivière à l'ouest de Gênes. - Capture Twitter

Un tronçon de plusieurs dizaines de mètres du pont qui traverse cette métropole du nord de l'Italie s'est effondré sur un quartier d'industrie composé d'usines et d'habitations. Alors que les causes de cet accident rarissime restent inconnues, des politiques dénoncent déjà le manque d'investissements dans les infrastructures italiennes.

Le drame était-il évitable? La question est déjà posée, quelques heures seulement après l'effondrement meurtrier d'un pont autoroutier à Gênes, dans le nord de l'Italie. Vers midi ce mardi, un tronçon de plusieurs dizaines de mètres s'est littéralement écroulé sur un secteur de la ville où se mélangent zone industrielle et habitations. Plusieurs véhicules ont été emportés dans le vide. D'importants moyens de secours sont déployés à l'ouest de la ville pour tenter de retrouver d'éventuels rescapés.

"Le cauchemar des Génois"

Long d'un peu plus d'un kilomètre, le ponte Morandi, emprunté par un axe autoroutier de quatre voies, s'élève à 45 mètres de hauteur. Il est soutenu par trois piliers en béton de 90 mètres de haut. Caractéristique de Gênes, cette métropole économique du nord de l'Italie, la route traverse la ville, en particulier les quartiers de Sampierdarena et de Cornigliano. Cet axe est aussi celui qui relie la ville à Vintimille et à la France.

"Aujourd’hui, ce qui était un peu le cauchemar des Génois et des Italiens qui connaissent ce périphérique fou de Gênes est devenu réalité", déplore Paolo Levi, journaliste italien. "Cette autoroute, qui est perchée à presque 100 mètres de haut entre la mer et la montagne, qui a été construite dans les années 50-60 pendant l’équivalent italien des Trente Glorieuses, qui était une prouesse de l’ingénierie de l’époque, montre des failles très graves."

Pour l'heure, les causes de cet accident ne sont pas connues. La presse italienne parle de problèmes structurels alors que d'importants travaux avaient été réalisés en 2016 sur ce pont. La dalle était encore en train d'être consolidée. En cette période du Ferragosto, une fête très suivie en Italie, avec de nombreux départs en vacances, la circulation était dense sur cet axe routier emprunté par de nombreux véhicules. A cela s'est ajoutée une météo chaotique avec de violents orages qui sévissent dans la région depuis plusieurs heures qui aurait pu avoir fragilisé la structure.

"Ce n’est pas le seul pont Morandi en Italie. Il y en a un autre à Agrigente (en Sicile, NDLR) qui a été fermé depuis plusieurs années pour des raisons de sécurité", rappelle Anthony Bellanger, consultant pour BFMTV. "On se demande même si les travaux allaient être effectués dans les temps pour qu’il rouvre en 2021".

"Cette tragédie avait déjà été annoncée"

Ce pont, qui a permis de désenclaver la ville de Gênes, était pourtant très surveillé depuis plusieurs années. Insuffisant aux yeux du ministre des Transports et des Infrastructures italien, en poste depuis le 1er juin. "En ces 60 jours de gouvernement, nous avons donné immédiatement ordre de travailler sur l'entretien et la mise en sécurité des viaducs et leur surveillance via des capteurs", rappelle Danilo Toninelli. "Presque tous les ponts, construits entre les années 50 et 70, nécessitent un entretien ordinaire. Ce gouvernement mettra l'argent là-bas pour empêcher que ce genre de tragédie ne se reproduise. En tant que citoyen italien, je regrette de noter qu’aucun entretien de ce type n’a été effectué sur ces infrastructures, et ces faits le rappellent."

Alors que le bilan sur le nombre de victimes reste provisoire et que l'enquête sur les causes de cet accident n'a pas encore débuté, la polémique a déjà pris un tournant politique, visant à accuser le manque d'investissements dans l'entretien des infrastructures italiennes. "Cette tragédie avait déjà été annoncée", tacle ainsi le vice-ministre des Transports et des Infrastructures, membre de La Ligue, parti d'extrême droite. "Il s’agissait certainement d’un pont qui nécessitait beaucoup d’entretien ces dernières années. La région de la Ligurie est maintenant divisée en deux." Edoardo Rixi ajoute à la télévision italienne: "Il est clair que nous devons comprendre pleinement les défaillance, mais quelqu'un a commis des erreurs."

"La tragédie de Gênes nous rappelle que les investissements publics dont nous avons absolument besoin sont sous nos yeux: ponts, routes, aqueducs, des années de maintenance possible reportées et mises de côté" parce qu'il n'y avait pas d'argent. Priorité à la sécurité des Italiens", a tweeté le député de la Ligue, Claudio Borghi.

Justine Chevalier