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Costa Concordia: Schettino, l’expert des "situations d’urgence"

L'ex commandant de bord du Costa Concordia, Francesco Schettino, a donné un cours de "gestion de la panique".

L'ex commandant de bord du Costa Concordia, Francesco Schettino, a donné un cours de "gestion de la panique". - -

L’ex-capitaine du paquebot naufragé, actuellement jugé "pour homicide involontaire multiple" et "abandon de navire", a été invité à donner un cours de "gestion de la panique" par l’université de Rome. Et n'a pas hésité à évoquer le 11-Septembre 2001. L’Italie est indignée.

L’Italie pensait avoir tourné la page du Costa Concordia. C’était sans compter sur Francesco Schettino, l’homme le plus détesté du pays. L’ex-capitaine du paquebot de croisière, échoué en 2012 au large de l’île du Giglio, vient de susciter une nouvelle vague d’indignation chez les transalpins. En cause: une intervention du controversé personnage à l’université de Rome, où il a dispensé, pendant deux heures, un cours en tant qu’expert… des "situations d’urgence".

Vous avez bien lu: le commandant de bord, actuellement jugé et suspecté d’être le principal responsable de la catastrophe ayant coûté la vie à 32 personnes, à qui il a notamment été reproché d’avoir quitté le navire précipitamment, a donné une leçon de "gestion de la panique", avant de se voir décerner un diplôme.

Mais, comme le rapporte le journal florentin La Nazione qui révèle cette information, ce n’est pas tout: Schettino a osé comparer le naufrage du Concordia avec le 11-Septembre 2001.

Le naufrage du Concordia? "Un accident"

Ce cours improbable et polémique s’est déroulé à la Faculté de Médecine de Rome, devant des étudiants inscrits en mastère de criminologie médico-légale. Lors de son intervention dans un amphithéâtre rempli, Francesco Schettino s'est appuyé dans son raisonnement sur une reconstitution en 3D du naufrage, mettant en avant son expérience de commandant au long cours, selon la Nazione.

"J'ai voyagé dans le monde entier et je sais donc comment réagir dans de telles situations et lorsque l'on est confronté à des équipages où se mêlent différentes ethnies" a assuré l'ancien commandant, n'hésitant pas à définir le naufrage du Concordia comme étant "seulement un accident". 

C’est ensuite que le marin s’est hasardé à comparer le drame du Concordia aux attentats du 11 septembre 2001, à New York. Il a ainsi invité les étudiants à s'interroger sur le fait que "personne ne se soit jeté du navire lors de son naufrage (celui du Concordia, ndlr) alors que nombreux furent ceux qui sautèrent depuis les fenêtres des tours jumelles".

Un choix "indigne, déplacé" et "déconcertant"

Appelé à commenter cette intervention, le recteur de La Sapienza, la plus grande université romaine et l'une des principales du pays, Luigi Frati a dénoncé "un choix indigne et déplacé". Quant au professeur Vincenzo Mastronardi, à l'origine de cette invitation douteuse, il a d'ores et déjà été renvoyé devant le comité éthique de l'université, a-t-il été précisé.

"L'intervention de M. Schettino est vraiment quelque chose de déconcertant", a regretté à son tour la ministre de l'Education italienne Stefania Giannini. "Je suis complètement indigné lorsque que je vois ce qui peut se produire dans ce pays", s'est emporté de son côté Francesco Verusio, le procureur de Grosseto, où Schettino est le seul accusé dans le procès du naufrage du Concordia. L'ex- capitaine y est jugé pour homicide involontaire multiple, naufrage et abandon de navire.

Une intervention "purement technique"

Face au tollé général provoqué par l'article de la Nazione, le principal intéressé s’est défendu un peu plus tard, vie l'un de ses avocats: "Mon intervention était purement technique sur la base de mes connaissances et de mon expertise acquises au fil de mes nombreuses années de service." 

L'avocat, Me Cataldo Calabretta, a par ailleurs ajouté que son client "s'était limité à commenter une vidéo du naufrage du Concordia et n'avait jamais tenu le moindre ‘lectio magistralis’ (cours magistral, ndlr.)".

Le naufrage devant l'île toscane de Giglio du Costa Concordia - aujourd'hui en cours de démantèlement dans le port de Gênes - avait fait 32 morts le 13 janvier 2012 lorsque le navire qui transportait plus de 4.000 personnes, avait heurté violemment un écueil avant de basculer sur son flanc droit.

Jé. M. avec AFP