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En Grèce, une nation de propriétaires piégés par la crise

Avec la crise, il est de plus en plus difficile de devenir propriétaire en Grèce. Et nombreux sont les projets immobiliers à l'arrêt.

Avec la crise, il est de plus en plus difficile de devenir propriétaire en Grèce. Et nombreux sont les projets immobiliers à l'arrêt. - Carlotta Morteo - Celsa

Plus de 70% des Grecs sont propriétaires. Question de culture, mais aussi de survie: dans un pays où l’assurance sociale, les retraites et les aides publiques sont très limitées, posséder son logement garantit une certaine sécurité. Mais avec la crise, la proprieté est devenue un piège.

Des douze dieux de l’Olympe, la plus vénérée était Hestia, déesse du domicile. Une flamme symbolise sa présence dans les foyers grecs et aujourd’hui encore, à Pâques, les Grecs participent à une série de rituels pour protéger leur demeure. "L’accès à la propriété, c’est presque un besoin religieux, note Michel Moussou, directeur d’une grande agence immobilière. C’est passé dans le subconscient collectif et national".

D’autant que jusque dans les années 80, une jeune mariée devait posséder un logement avant de se marier. Une dot de brique et de ciment qui représente tout l’héritage familial des Grecs. Cette tradition a surtout servi à palier la quasi inexistence de l’Etat providence. "Vu qu’il y a peu de crèches, peu de maisons de retraite et pas de politique de logements sociaux, les familles font construire des étages supplémentaires à leur petites maisons pour accueillir leurs parents âgés. Depuis toujours, vivre en famille permet de s’entraider et de sécuriser ses économies", explique Maria Marcou, professeur en urbanisme à l’Université Technique d’Athènes.

De la bulle des années 2000 à la crise

Puis il y a eu “la bulle”. Durant la décennie 2000, pour la première fois de leur histoire, les Grecs ont pu bénéficier de prêts à des taux proches de zéro. "C’était nouveau! On a fait des emprunts pour rénover nos logements, souvent mal-construits ou de mauvaise qualité. Et les gens ont hypothéqué les biens familiaux pour investir dans leurs entreprises", raconte Maria Marcou qui avait fait ses calculs: avec son salaire de prof de 1.700 euros par mois et les contrats de son cabinet d’architecture, elle était en pleine capacité de rembourser ses dettes sur 15 ans. "C’était une époque de prospérité pour les classes moyennes, on n’avait pas prévu la crise."

"Ce sera plus simple quand tout le monde sera ruiné"

Elle paraît si loin, cette "époque facile." Avec le plan d’ajustement structurel imposé à la Grèce, les salaires ont baissé, le chômage a explosé et la spirale infernale s’est enclenchée: "Non seulement beaucoup de locataires se sont évaporés dans la nature avec deux ans de loyers impayés, mais les impôts sur la TVA, l’impôt sur le revenu et les taxes foncières ont énormément augmenté". Le taux d’imposition des propriétés peut atteindre 16% le mètre carré.

Les biens immobiliers ont perdu 60% de leur valeur

Résultat, les petits propriétaires grecs sont criblés de dettes et cherchent maintenant à vendre leurs appartements sur un marché atone. "Un appartement qui se vendait 100.000 euros en 2007 en coûte 40.000 aujourd’hui", estime la chercheuse. Un chiffre qui correspond à une baisse de près de 60% de la valeur des biens immobiliers selon les spécialistes du secteur. Sauf que plus personne ne peut acheter… ou presque.

Des banques, des fonds de pension étrangers ou des multinationales commencent à s’intéresser à ces terrains aux prix cassés. Le seul obstacle pour eux reste la fragmentation de la propriété en Grèce. "Un immeuble peut appartenir à quinze propriétaires. Pour acheter le terrain, raser et reconstruire, il faut donc négocier quinze contrats. C’est long et fastidieux", remarque Michel Moussou, avant de souffler, amer: "Ce sera plus simple, quand tout le monde sera ruiné."

Article publié sur Newsgreek.fr, le projet des étudiants en journalisme du Celsa en reportage à Athènes, en partenariat avec BFMTV.com.

Carlotta Morteo, à Athènes