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Catalogne: jour J pour le bras de fer autour du référendum interdit

Des Barcelonais attendent à l'aube l'ouverture d'un bureau de vote installé dans une école, le 1er octobre.

Des Barcelonais attendent à l'aube l'ouverture d'un bureau de vote installé dans une école, le 1er octobre. - Pierre-Philippe Marcou - AFP

Les Catalans sont déterminés à se rendre aux urnes, ce dimanche, pour un scrutin contesté et interdit par Madrid. Des tensions sont à craindre, alors que le gouvernement espagnol a promis de tout faire pour interdire le vote.

Une journée sous haute tension s'annonce en Catalogne. Des centaines de Catalans ont commencé à se masser ce dimanche dès l'aube devant des écoles, collèges ou centres de sports transformés en bureaux de vote pour participer au référendum d'autodétermination illégal que Madrid a promis d'empêcher.

A Barcelone, plus au nord à Gérone, bastion du président séparatiste catalan Carles Puigdemont ou à Figueras, ils assuraient être là pour "défendre" les centres de vote. "En Catalogne nous en sommes au stade où nous pensons qu'il est essentiel de décider si nous voulons continuer à rester dans l'Etat espagnol", a déclaré Pau Valls, âgé de 18 ans et étudiant en philosophie.

Lui a décidé de camper dès la veille devant le collège Jaume Balmes, l'un des 2.300 que l'exécutif catalan assure avoir mis en place pour permettre à 5,3 millions de Catalans de s'exprimer entre 9 heures et 20 heures.

Les indépendantistes déterminés

Le 6 septembre, les indépendantistes majoritaires en Catalogne depuis septembre 2015 avaient convoqué ce référendum, malgré l'interdiction de la Cour constitutionnelle et l'absence de consensus au sein de la société catalane. La région, où l'indépendantisme gagne du terrain depuis le début des années 2010, est en effet divisée presque à parts égales sur l'indépendance.

Mais les Catalans souhaitent majoritairement, à plus de 70%, un référendum d'autodétermination légal et accordé avec l'Etat. Depuis le 6 septembre ni les poursuites judiciaires ni les arrestations ou perquisitions n'ont donc dissuadé les indépendantistes de cette région où vivent 16% des habitants du pays d'organiser le scrutin interdit.

"Un moment grave"

Lors d'un entretien à l'AFP, samedi, Carles Puigdemont a expliqué ressentir "une grande responsabilité". "C'est un moment grave", a-t-il dit en confirmant qu'en cas de victoire du oui il y aurait des "décisions politiques" qui pourraient déboucher sur une déclaration d'indépendance entraînant une phase de "transition" où il négocierait le départ de la Catalogne.

Les conséquences d'une sécession de cette région, qui compte pour 19% du PIB du pays, au coeur de l'Europe, grande comme la Belgique, sont incalculables, comme celles du Brexit déclenché lui aussi par un référendum, en juin 2016.

Elles inquiètent beaucoup d'Espagnols qui sont pour la première fois descendus dans la rue par milliers samedi pour protester contre le référendum jugé non représentatif. "Catalonia is Spain" (La Catalogne, c'est l'Espagne), lisait-on sur certaines des pancartes qu'ils exhibaient.

Et dimanche la Une grave du quotidien El Pais assurait que la démocratie espagnole était "face à son plus grand défi" depuis la mort du dictateur Francisco Franco en 1975. Les séparatistes affirment avoir déclenché une "révolution des sourires", et se mobilisent jour après jour avec des slogans aimables ("love democracy") où armés d'oeillets rouges.

Le gouvernement de Mariano Rajoy leur répond que ce type de consultation n'est pas reconnu par la Constitution. 

Résistance pacifique

La police catalane devait en principe commencer à demander aux occupants de quitter les lieux à partir de 6 heures du matin dimanche. Mais selon une source policière elle ne devait entamer les pourparlers avec eux que vers 7 heures du matin. Les policiers ont reçu l'ordre d'agir avec une grande délicatesse, afin d'éviter des débordements.

Selon une source gouvernementale catalane, les indépendantistes disposent d'urnes en double. Ils ont prévu d'organiser le vote dans toutes sortes d'endroits plus ou moins accessibles: des établissements scolaires, couvent, centres de santé, maisons de retraites, musées.

Les autorités craignent l'arrivée de groupes d'extrême gauche ou d'extrême droite qui pourraient provoquer des troubles et Madrid a dépêché dans la région 10.000 policiers et gardes civils.

A.S. avec AFP