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Bulgarie: comment le chef du parti de centre-droit a réussi à se maintenir

Boïko Borrisov

Boïko Borrisov - -

Les conservateurs bulgares, complètement isolés, ont peu de chances de former un gouvernement après leur courte victoire aux élections législatives anticipées qui laissent le pays le plus pauvre de l'Union européenne dans le flou politique.

En Bulgarie, le parti GERB de l'ancien Premier ministre Boïko Borissov, renversé par la colère de la rue en février, arrive en tête du scrutin anticipé de dimanche, avec 30,71% des suffrages, selon des résultats de la Commission électorale.

Si les Bulgares ont reconduit le parti conservateur Gerb, c'est sans doute le résultat d'une mauvaise blague du destin. Car le scrutin de dimanche avait eu lieu justement parce que l'hiver des indignés était passé par la Bulgarie, des milliers et des milliers de Bulgares avaient alors campé devant la présidence et divers lieux de pouvoir, avaient défilé dans les rues, dénoncé les corrompus, blâmé l'Union européenne, vomi la classe politique à commencer par le GERB. Certains s'étaient même immolés par le feu.

Une blague du destin?

Le Premier ministre sortant, Boïko Borissov avait donc démissionné soudainement le 13 mars, "sous la pression de la rue" comme disent les commentateurs.

Mais si en fait Borissov avait démissionné pour se préserver d'une pire dégringolade dans les sondages? Ou pour éviter d'avoir à sévir avec la police? En fait, sa démission n'aurait pas été imposée, mais choisie.

Borissov s'est maintenu malgré les manifestations qui elles ont clairement accouché d'une souris. Mieux encore: en allant vers des élections-surprise avec une campagne de deux mois seulement, Borissov a ravi aux manifestants le temps de se constituer une liste commune. Et comme 36 partis se sont présentés, et que la Constitution prévoit que les listes réunissant moins de 4 % de l'électorat n'auraient pas de député, les manifestants ont gaspillé leurs voix. La seule liste novatrice, celle de l'ex-commissaire européenne Meglena Kunéva, a fait 3,8 %.

La contestation demeure

Borissov a prouvé sa maîtrise du système, et a déjoué les effets électoraux des manifestations de rue. Le malaise, cependant, demeure. Les manifestants, leurs motivations, restent. Si aucune majorité de gouvernement n'émerge, ou si une coalition s'avérait trop faible, alors, dans quelques mois, le retour aux urnes s'imposera.

Et tôt ou tard, un courant de contestation prendra le dessus. Et alors, on saura si la contestation de tout conduit au populisme raciste, ou à un nouveau civisme. Ce serait une première mondiale si cette dernière issue se réalisait!

Harold Hyman et journaliste spécialiste de géopolitique