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L'AfD, le parti d'extrême droite qui bouscule la politique allemande

Frauke Petry, leader de l'AfD, embrasse son représentant de Mecklenburg-Vorpommern, après son score de 21% à la régionale de dimanche.

Frauke Petry, leader de l'AfD, embrasse son représentant de Mecklenburg-Vorpommern, après son score de 21% à la régionale de dimanche. - Odd Andersen - AFP

Fondé en 2013, ce parti d'abord eurosceptique est devenu une formation anti-migrants qui inquiète Angela Merkel... et réjouit le Front national en France.

L'AfD – Alternative für Deutschland (l'Alternative pour l'Allemagne) ne compte plus ses bons résultats en Allemagne. Dernier en date, celui de l'élection régionale du Mecklenburg-Vorpommern, qui l'a vu dépasser de deux points la CDU d'Angela Merkel, avec un score de 21% contre 19% pour le parti de la chancelière. L'AfD devient la deuxième force politique de la région. Un succès qui intervient après des scores très remarqués en Saxe-Anhalt (24%) et en Bade-Wurtemberg (15%). Même à Berlin, le parti est crédité de 10 à 15% en vue de l'élection du 18 septembre.

Fondé en 2013 par Bernd Lucke, un économiste enseignant à l'université de Hambourg, l'AfD a pour premier combat la lutte contre l'euro. Il se lance au moment de la crise contre la monnaie européenne, et surfe sur le mécontentement des Allemands, notamment dans la gestion de la crise grecque. Le parti se fait remarquer dès 2014, en envoyant sept élus au Parlement européen. Il entre également dans tous les Parlements régionaux où il présente des candidats.

Mais en juillet 2015, les tensions internes prennent de l'ampleur. Frauke Petry, porteuse d'une ligne nationaliste et conservatrice, reproche à Bernd Lucke de ne pas être assez à droite et de se contenter de l'euroscepticisme: à 40 ans, elle prend le contrôle du parti après un putsch interne.

Des "armes à feu" contre les migrants

Deux mois plus tard, l'arrivée massive de réfugiés en Allemagne (un million en 2015) coïncide avec le virage à droite pris par le parti. Frauke Petry capitalise sur une ligne anti-islam et anti-migrants. Elle fait polémique en affirmant que les policiers devraient pouvoir "faire usage de leur arme à feu" en cas de besoin sur les migrants, pour protéger la frontière entre l'Autriche et l'Allemagne.

Malgré son rétropédalage, la phrase marque les esprits. En août, elle propose d'envoyer les migrants sur des îles "à l'extérieur de l'Europe". La dirigeante amorce le rapprochement de l'AfD avec le groupuscule islamophobe Pegida dans l'est de l'Allemagne, où se déroulent les plus importantes manifestations islamophobes du pays.

Pourtant, ne dites surtout pas à Frauke Petry qu'elle dirige un parti "populiste" ou "d'extrême droite" – elle préfère "conservateur" ou "libéral de droite". Marine Le Pen elle aussi rejette l'expression pour qualifier le Front national. Sur Twitter et dans les médias, la présidente du FN se réjouit de chaque succès de l'AfD, et a même déjà invité Frauke Petry à une rencontre préalable à une collaboration entre les deux partis.

Une rencontre avec Marine Le Pen?

Une proposition pas encore honorée, racontait die Zeit en mai 2016: en interne du parti allemand, certains refusent l'idée. La vice-présidente Beatrix von Storch est notamment en désaccord avec la ligne économique du FN, qu'elle qualifie de "socialiste". 

Le député européen Marcus Pretzell, compagnon de Frauke Petry, a lui rejoint le groupe "Europe des Nations et des Libertés (ENL) du FN, quand la vice-présidente de l'AfD lui a préféré le groupe emmené par l'Ukip de Nigel Farage. Malgré la volonté de s'agrandir, les conflits internes n'ont donc pas fini de déchirer l'Alternative für Deutschland. A moins que les succès électoraux ne lui mettent définitivement le pied à l'étrier.

https://twitter.com/ariane_k Ariane Kujawski Journaliste BFMTV