BFMTV
International

Espagne: l'avenir politique du chef de Podemos se joue ce week-end

Pablo Iglesias, le 26 juin 2016 à Madrid

Pablo Iglesias, le 26 juin 2016 à Madrid - JORGE GUERRERO, AFP/Archives

Podemos, le parti espagnol fondé en janvier 2014, va décider de son avenir samedi à dimanche lors du deuxième congrès de l'histoire du parti.

L'issue d'une guerre fratricide au sommet de Podemos, le parti espagnol qui avait redonné espoir à la gauche radicale en Europe, se joue ce week-end, avec à la clef le maintien au pouvoir de son chef Pablo Iglesias.

Ce qui avait commencé comme un débat sur la stratégie entre Pablo Iglesias et le numéro deux Inigo Errejon, co-fondateurs de ce mouvement anti-austérité proche du grec Syriza, a tourné à la foire d'empoigne.

A l'issue du deuxième congrès du parti, "l'assemblée citoyenne" de samedi et dimanche à Madrid, à laquelle assisteront 10.000 personnes, les militants trancheront: ils définiront le programme et décideront s'ils reconduisent ou pas le secrétaire général de ce parti fondé en janvier 2014.

Résultats médiocres aux législatives de juin

En moins de deux ans, Podemos ("Nous pouvons") avait su canaliser les aspirations des milliers d'Espagnols qui avaient participé au mouvement des "indignés" contre l'austérité et la corruption, devenant la troisième force politique du pays. Les sondages placent la formation politique régulièrement devant le Parti socialiste espagnol, en pleine déconfiture. Mais depuis l'été, rien ne va plus.

Fin juin, la formation tenue par Pablo Iglesias a été ébranlée par des résultats en dessous des attentes aux législatives, échouant à dépasser les socialistes comme elle l'escomptait en s'alliant avec les écolo-communistes de Izquierda Unida.

Dès lors, les divergences se sont accrues entre Pablo Iglesias, 38 ans, favorable à cette alliance, et Inigo Errejon, 33 ans, ami et camarade de la faculté de sciences politiques, critique de cette alliance.

Errejon a toujours défendu la création d'un mouvement transversal opposant le "peuple à la caste", gommant la logique gauche-droite et capable de tendre la main au Parti socialiste.

La plupart des membres fondateurs ont claqué la porte

L'affrontement ouvert rappelle "les pires traditions de la gauche", a écrit dans une tribune Luis Alegre, professeur de philosophie fondateur du mouvement qui en a claqué la porte, en accusant de cette atmosphère délétère l'entourage immédiat de Pablo Iglesias.

Pablo Iglesias, a-t-il encore souligné, n'a plus à ses côtés aucun des membres fondateurs de Podemos.

D'autres ont dénoncé "une logique de persécution", des "purges" dans les cercles de quartier, visant les opposants à l'équipe de Pablo Iglesias, un professeur de sciences politiques à la longue queue de cheval dont les harangues ont électrisé des millions d'électeurs.

Pablo Iglesias et Inigo Errejon, co-fondateurs du mouvement anti-austérité Podemos proche du grec Syriza, le 11 mai 2016 à Madrid
Pablo Iglesias et Inigo Errejon, co-fondateurs du mouvement anti-austérité Podemos proche du grec Syriza, le 11 mai 2016 à Madrid © CURTO DE LA TORRE, AFP/Archives

"Dynamique Toxique"

Podemos a "trop grandi", sans mettre en place des "règles" pour la prise de décisions qui auraient évité d'en arriver là, explique à l'AFP Carolina Bescansa, ex-numéro trois du parti qui a démissionné début février.

"Nous n'avons fait que traduire une clameur au sein de Podemos, qui nous dit que cette dynamique ne peut pas continuer, une dynamique toxique. Il fallait que quelqu'un le dise, autrement on aurait pensé que la direction politique n'entend pas et n'écoute pas", explique-t-elle pour justifier son retrait.

Sur le fond, Inigo Errejon souhaite que Podemos évite de "faire peur" aux électeurs. Il souhaite que le jeune parti s'investisse au parlement, où il dispose de 71 élus au sein de la coalition Unidos Podemos, et qu'il soit davantage décentralisé.

Avenir totalement incertain

Pablo Iglesias veut lui que Podemos mène davantage le combat dans la rue, en agitant la société pour qu'elle force le gouvernement conservateur de Mariano Rajoy à amender sa politique. Il craint qu'autrement Podemos ne finisse par s'endormir dans les fauteuils moelleux de l'assemblée.

Un troisième courant, celui des "anticapitalistes", pourrait les départager: ses membres veulent davantage de partage du pouvoir et défendent la stratégie de l'agitation sociale.

En principe, Inigo Errejon n'est pas candidat à la tête de Podemos, mais Pablo Iglesias a prévenu que si sa stratégie ne l'emportait pas, il démissionnerait.

Si cela arrivait, personne n'est à ce stade capable de prédire la suite.

Marianne BARRIAUX, Michaela CANCELA-KIEFFER, Madrid (AFP), © 2017 AFP