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Erdogan réplique sèchement à un journaliste en le tutoyant

Lors de la conférence de presse commune tenue à l'Elysée ce vendredi, un journaliste français a fait sortir de ses gonds le président turc, Recep Tayyip Erdogan, en remettant en cause sa sincérité dans la lutte contre le jihadisme et l'action de ses services de renseignement.

Le ton est monté durant la conférence de presse lors de laquelle les présidents turc et français se sont affichés côte-à-côte à l'Elysée ce vendredi. Mais les relations entre Emmanuel Macron et Recep Tayyip Erdogan ne sont pas en cause. C'est une série de questions du journaliste Laurent Richard du magazine Envoyé spécial qui a mis hors de lui le président turc. 

"Peut-on décemment vous faire confiance?"

"La France, l’Union européenne peuvent-elles décemment vous faire confiance en matière de lutte contre le terrorisme? Sept ans après le début du conflit en Syrie, regrettez-vous d’avoir fourni autant d’armes et de munitions aux groupes combattants islamistes et d’avoir laissé passer autant de jihadistes en route vers la Syrie par votre pays la Turquie?" a-t-il demandé au chef d'Etat. "Avez-vous fait libérer des membres de Daesh en échange de la libération du personnel turc du consulat turc de Mossoul dont des ressortissants européens? Savez-vous ce que ces jihadistes sont devenus?" a-t-il enchaîné. 

Se tournant alors vers Emmanuel Macron, le reporter a cherché à savoir s'il était possible de faire confiance à la Turquie, qu'il a accusée d'avoir joué un "double jeu en Syrie pendant de longues années", parlant de "son soutien à certains groupes salafistes armés en Syrie". 

"Tu parles comme un homme du FETÖ"

"Qui a envoyé des armes en Syrie?" a alors tonné Recep Tayyip Erdogan, qui n'a pris position que sur l'une des interrogations de son interlocuteur. Le journaliste lui a répondu: "Des membres de vos services de renseignement, les services du MIT qui ont été interceptés en décembre 2013 et janvier 2014 à un poste frontière. On a retrouvé des mortiers, ça a été filmé mais immédiatement censuré…" Le coupant alors, le président turc est, comme l'a indiqué la traduction, passé au tutoiement. "Toi, tu parles comme quelqu’un du FETÖ, avec leurs mêmes arguments", a-t-il lancé, utilisant le nom que le gouvernement turc donne au mouvement de Fethullah Güllen que l'Etat turc voit comme la cheville ouvrière de la tentative de coup d'Etat de 2016. "Je parle comme un journaliste français", a voulu rétablir Laurent Richard. 

"Non, pas comme un journaliste, exactement comme un membre du FETÖ. Ceux qui ont fait cette opération, c’était des procureurs liés au FETÖ, ils sont aujourd’hui en état d’arrestation et sont en prison", a maintenu le président turc. 

"Les renseignements ont le droit et le devoir de transporter des armes d’un côté ou de l’autre selon les lois. Tu me poses cette question mais les Etats-Unis ont envoyé 4.000 camions d’armes en Syrie, pourquoi tu ne poses pas cette question? Parlez de ça, écrivez ça. Ne parlez pas avec les arguments des autres. Personne n’avalera ces couleuvres facilement, il faut que vous le sachiez", a-t-il dit avant de clore le sujet. 

Robin Verner