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En Thaïlande, des canards en caoutchouc géants deviennent les symboles des manifestations pro-démocratie

Les canards portés par la foule.

Les canards portés par la foule. - Jack Taylor

Mardi, lors d'une manifestation organisée aux abords du Parlement thaïlandais, les partisans d'une démocratisation de la monarchie ont transporté avec eux de grands canards en caoutchouc. Le but: railler le régime mais aussi se protéger lors des affrontements.

A l'origine, il n'était qu'un signe de ralliement sarcastique un peu accidentel. Mais il est en passe de devenir la bannière du mouvement pro-démocratie thaïlandais. Ainsi, à Bangkok mardi, les partisans réclamant la démocratisation de la monarchie, mais non son abolition, ont brandi de grands canards jaunes en caoutchouc, servant habituellement de bouées, au moment de défiler près du Parlement.

Nombreux manifestants

Il s'agit là d'une étape de plus dans cette contestation née en juillet et menée essentiellement par des jeunes dont les principaux objectifs sont les suivants: le départ du Premier ministre Prayuth Chan-ocha (ancien militaire et ancien putschiste), la suppression de la loi de lèse-majesté, l'encadrement des prérogatives de la famille royale et du monarque dans la politique, un contrôle des finances de la dynastie, et plus largement une modification profonde de la Constitution dans une direction plus démocratique et pluraliste.

A l'intérieur de l'Assemblée nationale, qui regroupe la Chambre des Représentants et le Sénat, les parlementaires débutaient alors l'examen de sept textes visant justement à rénover la Constitution. L'un des projets de loi a même porté sur la possibilité de limiter le rôle de la monarchie.

Dans le même temps, les manifestants ont afflué en nombre près de l'édifice, protégé par des blocs en béton et des fils barbelés, comme l'a remarqué France 24. C'est alors que les canards en caoutchouc géants ont fait leur entrée sur la scène politique. L'un des militants a expliqué au média la raison première de l'arrivée de l'accessoire dans la foule.

"Vu que le Parlement est situé près de la rivière Chao Phraya (et rendu inaccessible par la voie terrestre par les dispositifs de protection, NDLR), les manifestants se sont dit qu'ils se rassembleraient et chevaucheraient leurs canards en caoutchouc jusqu'à la jetée en guise d'insulte au gouvernement - mais sans avoir vraiment l'intention d'y aller à dos de canards".

Canards jaunes contre chemises jaunes

La raillerie n'a pas tardé à se convertir en solution fort pratique. Comme l'ont montré les images prises lors de la manifestation, les canards ont été utilisés comme remparts contre les canons à eau et gaz lacrymogènes de la police.

Ils ont aussi essuyé les jets de projectiles des contre-manifestants royalistes, en faveur d'un statu quo. Conformément à une certaine tradition politique thaïlandaise, ceux-ci s'identifiaient d'ailleurs par leurs chemises choisies dans une même couleur: en l'occurrence le jaune.

En étendard

Le caoutchouc pouvant difficilement faire office d'irréprochable bouclier, 55 personnes ont tout de même été blessées durant ces faces-à-faces mardi, dont six par balles. Mais dès le lendemain, au cours de nouveaux cortèges, les canards jaunes ont été célébrés et promenés comme un porte-étendard.

Des photos les ont montrés alignés auprès des militants, soulevés par une marée de bras, salués par des pancartes à leur effigie.

Le même jour cependant, les sénateurs ont écarté le texte de loi ouvrant sur une éventuelle réforme de la place de la royauté dans la politique thaïlandaise. Les canards en caoutchouc ont à l'évidence d'autres sorties devant eux.

Robin Verner
Robin Verner Journaliste BFMTV