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David Cameron propose une alliance aux libéraux démocrates

David Cameron, chef de file des conservateurs britanniques, a annoncé vendredi qu'il allait entamer des discussions avec les libéraux démocrates pour étudier la possibilité de conclure une alliance gouvernementale. /Photo prise le 7 mai 2010/REUTERS/Paul

David Cameron, chef de file des conservateurs britanniques, a annoncé vendredi qu'il allait entamer des discussions avec les libéraux démocrates pour étudier la possibilité de conclure une alliance gouvernementale. /Photo prise le 7 mai 2010/REUTERS/Paul - -

LONDRES - David Cameron, chef de file des conservateurs britanniques, annonce qu'il va entamer des discussions avec les libéraux démocrates pour...

par Tim Castle

LONDRES (Reuters) - Conservateurs et libéraux-démocrates ont entamé vendredi soir des négociations en vue d'une alliance pour former un gouvernement, au lendemain d'élections législatives qui n'ont pas permis de dégager une majorité claire, une première en Grande-Bretagne depuis 1974.

Le leader des LibDem, Nick Clegg, s'est entretenu par téléphone avec son homologue conservateur David Cameron, qui espère pouvoir diriger un gouvernement de coalition après que son parti a terminé en tête du scrutin, mais sans obtenir la majorité absolue des sièges.

Les deux hommes ont "convenu d'explorer plusieurs pistes pour un programme de réformes politiques et économiques", a déclaré un porte-parole de Clegg.

Les deux dirigeants ont ensuite passé le relais à leurs adjoints qui devaient poursuivre les négociations.

La possibilité d'une alliance entre les deux partis fait d'ores et déjà grincer des dents chez de nombreux militants LibDem, pour la plupart classés plus à gauche que leurs dirigeants.

"Je ne voterai plus jamais LibDem si cette élection débouche sur un pacte LibDem/Conservateurs", écrit ainsi un supporter des libéraux-démocrates sur un site internet du parti.

"Une coalition Lib-Con ne signifie rien et n'aboutira à rien", renchérit un autre.

Après proclamation des résultats des législatives de jeudi dans 649 des 650 circonscriptions, les conservateurs disposent de 306 sièges, les travaillistes du Premier ministre sortant, Gordon Brown, de 258 sièges et les libéraux démocrates de 57 sièges. Les autres formations se partagent 28 sièges, le Parti national écossais obtenant six élus.

CODE DE PROCÉDURE TRÈS STRICT

C'est la première fois depuis 1974 que la Grande-Bretagne se trouve dans la configuration particulière d'un "hung parliament", un parlement sans majorité claire. Il faut au moins 326 sièges à un parti pour disposer de la majorité absolue à la chambre basse à Westminster.

Il est beaucoup plus facile à David Cameron de proposer une alliance à Nick Clegg que l'inverse. En effet, échaudés par une tentative secrète de rapprochement avec le Labour en 1998, les militants LibDem ont imposé un code de procédure très strict pour ratifier toute alliance post-électorale.

Le leader du parti doit notamment obtenir l'aval des trois-quarts des députés et des trois-quarts des membres du comité exécutif de la formation.

Nick Clegg doit rencontrer samedi les élus de son parti.

S'exprimant devant le 10, Downing Street, les bureaux du Premier ministre, Gordon Brown a déclaré qu'il fallait laisser du temps aux conservateurs et aux libéraux-démocrates pour mener leurs discussions. Il a ajouté qu'il négocierait avec les centristes de Nick Clegg si ceux-ci ne parvenaient pas à un accord de gouvernement avec les Tories.

Nombre d'observateurs parient plutôt sur un gouvernement minoritaire dirigé par David Cameron qui pourrait tenter de négocier l'appui ponctuel des petits partis nationalistes d'Irlande du Nord, d'Ecosse et du Pays de Galles, quitte à organiser plus tard de nouvelles élections.

"Cameron va obtenir la mise en oeuvre de son programme, faire la preuve de ses compétences et convoquer de nouvelles élections cet automne ou au printemps", prédit Mark Wickham-Jones, professeur de sciences politiques de l'université de Bristol.

APPEL DU PIED

Le Labour n'a pas l'intention de céder sans résistance. "Les règles sont qu'en cas de 'hung parliament', la priorité ne revient pas au parti ayant le plus de sièges, mais au gouvernement en place", a souligné Peter Mandelson, ministre des Entreprises.

Et il a fait un appel du pied aux LibDem: "Ce que les libéraux-démocrates vont comprendre, c'est que le seul moyen qu'ils ont de faire avancer les choses sur leur priorité numéro un, la réforme du code électoral, c'est de travailler avec le Labour et non pas avec les Tories."

Pour Jonathan Tonge, directeur du département de sciences politiques à l'université de Liverpool, il est toutefois "pratiquement inconcevable que Gordon Brown puisse essayer de se maintenir au pouvoir". "Mais constitutionnellement, il ne fait aucun doute qu'il est habilité à tenter de former un gouvernement", ajoute-t-il.

Quel qu'il soit, le prochain locataire du 10 Downing Street héritera d'un déficit public record, supérieur à 11% du produit intérieur brut, et devra satisfaire, un an après le scandale des notes de frais des députés, aux appels à réformer le système politique et électoral.

Avec la rédaction de Londres, Eric Faye et Jean-Stéphane Brosse pour le service français, édité par Gilles Trequesser