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Coronavirus: pourquoi le gouvernement britannique est critiqué pour sa gestion de la crise

Le conseiller scientifique en chef du gouvernement Patrick Vallance et le conseiller médical en chef, Chris Whitty arrivent pour une réunion sur l'épidémie de coronavirus COVID-19, au numéro 10 Downing Street, le 12 mars 2020.

Le conseiller scientifique en chef du gouvernement Patrick Vallance et le conseiller médical en chef, Chris Whitty arrivent pour une réunion sur l'épidémie de coronavirus COVID-19, au numéro 10 Downing Street, le 12 mars 2020. - Isabel Infantes - AFP

La réponse du gouvernement de Boris Johnson face à la pandémie de coronavirus est jugée beaucoup trop lente et insuffisante face à la gravité de la situation. Contrairement à d'autres pays européens, aucune mesure significative n'a encore été mise en place.

Le Royaume-Uni a dépassé ce samedi le cap symbolique du millier de contaminations au Covid-19. Avec 1140 personnes testées positives et 21 décès, la pandémie gagne du terrain de l'autre côté de la Manche. 

Alors que l'Italie et la France ont annoncé la fermeture de tous les lieux publics jugés "non indispensables", comme les bars et les cinémas, et fermé toutes les écoles et universités du pays, la réponse du gouvernement britannique à la pandémie est jugée insuffisante. La stratégie du Premier ministre, Boris Johnson, a jusqu'à maintenant été de laisser le virus se répandre. Le but: qu'une partie importante de la population soit contaminée, afin que le pays construise une "immunité collective". Selon Patrick Vallance, le conseiller scientifique du gouvernement britannique, il faudrait qu'au moins 60% de la population soit atteinte du virus.

Une stratégie très critiquée

D'après la docteure Seema Yasmin, également journaliste santé, cette gestion de la crise sanitaire pourrait entraîner 277.000 morts au Royaume-Unis. A titre de comparaison, la Chine continentale, qui a mis en place des mesures très strictes face au virus, déplore à ce jour plus de 3000 morts suite à une contamination au Covid-19. 

Dans une lettre ouverte au gouvernement, 240 scientifiques demandent à ce que davantage de mesures soient prises pour lutter efficacement contre le coronavirus : 

"En mettant en place dès maintenant des mesures de distanciation sociale, la croissance du virus peut être considérablement ralentie et des milliers de vies peuvent être épargnées. Nous considérons que les mesures prises à ce jour sont insuffisantes, et nous pensons que des mesures supplémentaires et plus restrictives devraient être prises immédiatement, comme c'est déjà le cas dans d'autres pays du monde."

Une incompréhension des scientifiques qui trouve un écho dans la population. Carrie Morrison est professeure d'allemand en Ecosse, près d'Edinburgh. Elle s'est placée elle-même en confinement pour réduire le risque d'infection. 

"Je prends deux bus plein de monde pour me rendre au travail, je fais un changement à une gare routière très fréquentée", explique-t-elle. "Si j'attrape le virus, tout ira bien pour moi mais je pourrais contaminer des enfants qui ont peut-être des grand-parents vulnérables."

"Il y a des affiches ridicules pour nous dire d'éteindre le robinet avec notre coude mais aucune mesure préventive n'a été prise et il y a déjà trois cas confirmés dans la zone", ajoute la jeune femme.

Une législation d'urgence pourrait être adoptée

Face aux critiques grandissantes, le gouvernement a finalement tenté de faire marche arrière. "L'immunité collective est un principe scientifique, pas notre objectif ou notre stratégie", a répliqué le ministre de la Santé, Matt Hancock

Selon les médias britanniques, une législation d’urgence doit être adoptée la semaine prochaine au Parlement et l’interdiction des grands rassemblements entrerait en vigueur à partir du week-end prochain. Des événements comme le tournoi de tennis de Wimbledon, le festival de musique de Glastonbury ou la course hippique Royal Ascot, tous prévus en juin, pourraient ainsi être annulés, selon le Daily Telegraph, journal proche de Boris Johnson. Les élections locales du mois de mai ainsi que les matchs de la Premier League de football ont déjà été reportés. 

Camille Sarazin avec AFP